Chapitre 49 – Rapport conforme

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Le retour se fit sans incident.

Personne ne parla vraiment sur le chemin. Bastien avait perdu son entrain tapageur, remplacé par ce silence concentré qu’il prenait quand quelque chose refusait de rentrer dans une case familière. Rheinn marchait comme toujours, efficace, déjà ailleurs. Lysa commentait la faim qui la gagnait. Mirel, elle, n’avait pas quitté la forêt des yeux jusqu’à ce qu’elle disparaisse derrière une courbe du sentier.

À Kiervin, la guilde nous accueillit comme si rien d’important ne s’était produit.
Le monde continuait de fonctionner.

Je m’installai à mon bureau sans attendre.

Bastien posa le dossier devant moi.

— Je te fais confiance, dit-il simplement.

C’était sans doute la phrase la plus lourde de conséquences qu’il m’ait jamais adressée.

Je rédigeai le rapport avec soin.

Pas un mensonge. Pas une vérité brute non plus.

Mission de reconnaissance – Zone forestière secondaire

Aucune trace physique de l’entité décrite dans les ordres initiaux n’a été observée.
Présence psychique confirmée, de nature non hostile.

Le phénomène observé manifeste une capacité constante de dissuasion mentale, sans agressivité ni effet durable sur les équipes envoyées.

Aucun comportement prédateur, territorial ou expansionniste n’a été constaté.

Recommendations :
Classer la zone comme non prioritaire.
Éviter toute intrusion répétée.

Conclusion :
L’absence d’intervention garantit la stabilité de la zone et la sécurité des populations avoisinantes.

Dame Wynfred parcourut le document, hocha la tête, apposa son sceau sans poser de question.

— Bien. Classement maintenu. On passe à autre chose.

Et c’était fini.

Le soir venu, Bastien insista pour manger ensemble. Une taverne simple, sans musique excessive. De la bière honnête. Un ragoût trop salé. Lysa parla beaucoup. Rheinn mangea vite. Mirel écouta.

— Finalement, dit Bastien en levant son verre, on aura aidé quelqu’un sans le tuer.
— Un exploit, répondis-je.
— Tu vois, ajouta-t-il avec un sourire en coin, le terrain ne t’a pas tué.
— Ne recommençons jamais.

Ils rirent. Moi aussi.

Quand ils repartirent, la ville était calme.

Je rentrai chez moi à pied, par habitude.

Mon logement m’accueillit avec son silence familier.

Je posai mes affaires et éteignis la lampe.

Et c’est là que la sensation revint.

Pas une peur.
Pas une menace.

Une compréhension tardive.

Cette entité…
Elle avait été invoquée.
Comme moi.

Mais pas de la Terre.
D’un autre monde encore. Plus lointain. Plus étranger.

Un monde qui n’avait rien à voir avec nos références.
Ni les miennes.
Ni celles d’ici.

Elle avait fui, s’était cachée et appris à s'éloigner sans frapper.

Et le système avait fait ce qu’il faisait toujours :
l’absorber, la contourner, la classer.

Une certitude désagréable, désormais impossible à ignorer, me traversa.

Quelque chose, quelque part, venait de me rappeler que les gens comme moi ne sont jamais laissés tranquilles très longtemps.

Xoxo,
Isekai Gazette

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