Chapitre 53 – Harcèlement
Ai-je accepté ?
C’est ce que vous voulez savoir, n’est-ce pas.
Vous me voyez vraiment partir à l’aventure pour consulter les archives disponibles du monde entier ?
Vous m’imaginez explorer un donjon enfoui ? Un labyrinthe contenant des savoirs antiques ?
Pas question.
Mais pas le choix.
Depuis ma promenade, notre petite timide se montre bien audacieuse — pour ne pas dire cavalière. Elle s’immisce dans mes rêves, me suggère des pensées, s’intéresse à mon travail.
Je ne pensais pas que ses capacités s’étendaient au-delà de la zone forestière.
À vrai dire, elle semble pouvoir agir dans un périmètre géographique bien plus vaste que je ne l’avais estimé. Cette petite peste a pris ses aises.
Timide au départ, presque effrayée, la voilà insistante. Pressante.
Je peux comprendre, dans une certaine mesure.
Visiblement, elle est bien plus attachée à son monde d’origine que nous au nôtre. Comme si le système d’ici échouait irrémédiablement à l’intégrer.
Je soupçonne qu’elle navigue dans des sphères de conscience qui nous sont totalement inconnues.
En attendant, ça vire au harcèlement.
Oui.
Parfaitement.
Je voudrais vous y voir, vous qui riez.
Imaginez des sensations, des images, des pensées qui ne sont pas les vôtres envahir votre esprit, votre corps, votre âme.
Et pour des broutilles, en plus.
Elle est très intéressée par les glaces locales.
Je ne plaisante pas.
J’ai parfois la sensation qu’elle parasite mes papilles pour obtenir le goût. Une curiosité purement sensorielle, apparemment. Une envie innocente.
Résultat : je me retrouve à manger des glaces sans en avoir envie, avec l’impression désagréable de partager l’expérience.
Elle m’insupporte.
Hors de question de quitter Kiervin.
Je suis bien ici.
J’ai reconstruit quelque chose. Une routine. Une stabilité. Une vie, aussi modeste soit-elle.
Et ce n’est pas une entité invoquée extra-terrestre — aussi pacifiste soit-elle — qui me fera plier.
Cette fois, je tiendrai bon.
Je ne suis pas Hikaru Sulu !
Xoxo,
Isekai Gazette

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