Chapitre 54 – Observateur désigné

2 minutes de lecture

La mission ne présentait rien d’exceptionnel.

C’est ce que je pensai en lisant l’ordre pour la première fois. Une exploration de ruines anciennes, récemment mises au jour par un glissement de terrain. Zone jugée stable. Menace faible à modérée. Aucun phénomène magique actif détecté.

En revanche, la configuration des lieux rendait toute cartographie hasardeuse sans relevés précis.

La mention était là, presque anodine :

Présence d’un observateur recommandé.

Je poursuivis ma lecture sans réagir immédiatement. Un observateur. Cela arrivait plus souvent qu’on ne le croyait. Trop de missions avaient été compromises par des rapports incomplets, des plans griffonnés de mémoire, ou des descriptions dictées par l’adrénaline.

Je consultai la ligne suivante.

Groupe assigné : rang A.

Je n’eus même pas besoin de lire les noms.

Ils entraient dans mon bureau quelques minutes plus tard, comme si le dossier les avait précédés.

Bastien ouvrait la marche.

Je n’eus pas à expliquer grand-chose.

Ils connaissaient les ruines. Enfin, de réputation. Un ancien complexe, trop structuré pour être naturel, trop fragmenté pour être récent.

Pas de symbole connu. Pas de culte associé. Juste des salles, des couloirs, des effondrements partiels.

Le genre d’endroit où l’on se perd plus par imprécision que par danger réel.

— Il leur faut quelqu’un pour noter, dit Bastien après avoir parcouru le document.

Il ne me regardait pas encore.

— Quelqu’un qui ne combat pas, ajouta Rheinn.

Le silence s’installa.

Je relevai enfin les yeux.

— Non.

Je fis glisser le dossier vers eux.

— Vous êtes rang A. Vous pouvez très bien vous débrouiller sans moi.

Bastien sourit.

— Justement, dit-il.

Il posa un doigt sur la ligne que je connaissais déjà par cœur.

Observateur : désignation interne recommandée.

Recommandée.
Pas obligatoire.

C’était toujours comme ça.

— Tu connais la guilde, reprit-il. Ils veulent quelqu’un qui saura quoi regarder. Qui saura ce qui mérite d’être consigné.
— Je peux former quelqu’un.
— Trop long.
— Envoyer un cartographe.
— Trop spécialisé.

Je me renfonçai dans mon siège.

Le dossier ne demandait pas un aventurier. Il demandait un témoin fiable.

Quelqu’un qui n’interpréterait pas. Quelqu’un comme moi.

La décision fut prise sans qu'on me laisse vraiment le choix. Comme un simple glissement administratif.

Je signai. Résigné.

Le lendemain, je préparai mes affaires.

Des carnets, des instruments de mesure, ma plume, du papier.

Techniquement, je n’allais pas explorer.

J’allais observer, consigner, cartographier et noter.

Rien de plus.

Et pourtant, en refermant la porte de mon appartement ce matin-là, une sensation familière me traversa.

Cette impression désagréable que ma vie pépère avait consenti, sans mon accord, à être de nouveau mise à l'épreuve.

Xoxo,
Isekai Gazette

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