Chapitre 57 – Conservation exceptionnelle

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Je continuai les traductions.

Rien de difficile. Des notes techniques, des descriptions d’ouvrages disparus, des tentatives maladroites de classification. La plupart des documents étaient de nature similaire.

Je travaillais méthodiquement.

Et, presque malgré moi, je revenais toujours au même recueil.

L’annuaire — car c’est ainsi que je finis par le nommer, faute de mieux — n’était pas difficile à lire.

Ce qui était déroutant, en revanche, c’était son absence totale de contexte.

Aucune introduction.

Juste des listes, organisées selon une logique rigoureuse, presque froide.

Des suites de symboles, des regroupements, des liens, des correspondances.

Je ne comprenais pas encore ce que cela listait, mais je comprenais très bien comment.

Et cela me suffisait pour avancer.

C’est à ce moment-là que la sensation revint.

Une impression diffuse, comme une main posée sur mon épaule mentale, sans jamais appuyer.

Une insistance calme, obstinée, qui revenait chaque fois que mes yeux quittaient le document trop longtemps.

Elle ne formulait rien, suggérant plutôt des d’images.

Je soupirai, posai ma plume, et m’appuyai contre le dossier de ma chaise.

— Oui, j’ai compris, murmurai-je. C’est important.

La sensation ne se renforça pas.

Ce qui, d’une certaine manière, confirmait que j’avais vu juste.

Important pour elle.
Pas encore pour moi.

Je repris la lecture, notant les récurrences, les schémas. Certains points semblaient correspondre à des régions connues. D’autres, à rien de cartographié. Quelques notations évoquaient des conditions particulières : instabilité, dérive, voies sans issue, impossibilité de retour.

Je refermai le recueil.

C’était exactement le genre de document qui ne devait surtout pas quitter les archives de la guilde sans raison valable.

Et pourtant.

Il était techniquement issu de notre expédition. Un butin secondaire, sans valeur marchande, sans danger apparent.

Un ouvrage qui, sans mon regard, finirait probablement relégué sur une étagère poussiéreuse, consulté une fois tous les vingt ans par un érudit trop curieux.

Je savais ce que cela signifiait.

Il fallait demander.

Je me levai et me rendis au bureau de Dame Wynfred avec le recueil sous le bras. Elle m’écouta exposer les faits sans m’interrompre : origine du document, absence de valeur immédiate, intérêt purement archivistique, nécessité de poursuivre l’analyse dans un cadre stable.

Je parlai de temps.
De méthode.
De conservation.

— Vous voulez le garder, conclut-elle.

— Temporairement, précisai-je. Pour traduction complète et indexation.

Elle observa le recueil, le feuilleta brièvement.

— Il ne vaut rien ?
— Rien de revendable.
— Dangereux ?
— Pas à ma connaissance.

Elle hocha la tête.

— Très bien. Autorisation de conservation exceptionnelle. À titre personnel. Rapport mensuel requis.

Elle apposa sa signature.

Le bruit du sceau sur le papier me sembla étrangement définitif.

Je retournai à mon bureau avec le document, le déposai parmi mes affaires, et repris mon travail comme si de rien n’était.

La sensation se fit plus légère.

Satisfaite.

Finalement, peut-être n'avais-je pas été entraîné malgré moi. Pas cette fois.

J’avais choisi.

Pas une aventure, encore moins une quête.

J'avais décidé de garder un livre.

Et quelque part, dans un repli de conscience qui n’était pas le mien, quelqu’un avait pris cela comme une promesse.

Xoxo,
Isekai Gazette

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