Chapitre 58 – Mobilisation

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L’ordre arriva sans grand tumulte.

Je m’attendais aux cloches qui sonnent, aux crieurs publics annonçant la nouvelle comme lorsqu’une catastrophe s’abat.

À ma grande surprise, aucune annonce solennelle.

Juste un avis officiel, affiché à l’entrée de la guilde, puis reproduit ailleurs, de plus en plus vite, comme une information qui se propage parce qu’elle doit l’être.

Les armées du roi démon avaient lancé leur invasion.

Officiellement.

Depuis la nation insulaire démoniaque au sud. Un débarquement massif, coordonné, visiblement anticipé.

Finies les escarmouches, les raids et les quelques incursions ici et là.

Le monde entrait dans l’affrontement redouté : la guerre.

Les nations réagirent comme elles savaient le faire.

Mobilisation générale.

Les royaumes, les cités libres, la république marchande. Tous. Sans exception. Les traités dormant depuis des décennies furent ressortis, relus, appliqués sans discussion.

Les armées régulières furent appelées.

Les réserves ouvertes.

Et, très vite, les guildes d’aventuriers intégrées au dispositif.

Réquisitionnées, pour être exact.

Mercenaires sous contrat d’État.

À la guilde, l’atmosphère changea en une journée.

Les missions ordinaires disparurent des panneaux. Remplacées par des affectations temporaires, des regroupements par rang, des convocations à horaires précis.

Les équipes de rang élevé furent appelées en priorité.

D’abord les rangs S, A, B, puis C.

Les autres en soutien, à l’arrière-garde.

Bastien et son groupe figuraient sur la première liste.

Je n’eus pas besoin de chercher leurs noms.

Je savais déjà.

La ville, elle aussi, se transforma.

On vit apparaître des files devant les bureaux de recensement.

Des hommes et des femmes. Les jeunes, et surtout les talentueux.

Ceux dont on savait déjà qu’ils tiendraient une arme ou une ligne. Ou qu’ils soutiendraient les régiments.

Puis vinrent les autres.

Jusqu’à cinquante ans.

Tous ceux jugés aptes à se battre.

Les plus âgés furent inscrits comme réservistes.

Les plus jeunes, trop jeunes pour partir, regardaient faire.

La population restante s’organisait autrement : logistique, soins, production, intendance.

Personne n’était inutile.

Tout le monde était concerné.

Dans les rues, on parlait moins fort.

La ville ne cédait pas à la panique. Pas encore.

Mais une tension nouvelle, palpable, comme si la cité avait retenu son souffle sans s’en rendre compte.

Les tavernes se remplirent différemment.

Moins de rires et davantage de regards prolongés.

Des adieux qui n’en portaient pas encore le nom.

À la guilde, je continuai à travailler.

Je classais des ordres de mobilisation. Je reformulais des affectations pour qu’elles soient juridiquement propres.

Je corrigeais des documents qui envoyaient des gens se battre sans jamais employer ce mot.

Et entre deux piles de papier, je pensais à mes amis.

À Bastien.

À son groupe.

Ils allaient partir.

Participer à une guerre.

Dans cette agitation, je me raccrochai à ce que je savais faire.

La seule chose utile, à mon modeste niveau, capable d’aider malgré tout.

Pas sur le front, évidemment.

Mais en amont : rendre le chaos lisible.

Le soir, en rentrant, je remarquai autre chose.

La sensation liée à l’annuaire avait changé.

Moins pressante.

Plus… attentive.

Comme si quelque chose observait le monde basculer, et prenait note.

Je posai le recueil sur ma table, sans l’ouvrir.

La vie relativement pépère du monde venait de basculer.

Xoxo,
Isekai Gazette

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