Chapitre 65 – Tenir

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Les rapports en provenance de la capitale de Laquila affluaient.
En masse, nombreux, beaucoup trop nombreux.

Ils racontaient tous la même chose, avec des nuances de plus en plus fines :
les assiégés tenaient bon.

Lorminian résistait.

Il faut dire que la garde royale de Laquila avait une réputation solidement établie. Une armée disciplinée, entraînée, méthodique.

Pas brillante au sens héroïque du terme, mais fiable.

Endurante. Préparée à durer.

J’avais lu, un jour, au détour d’un rapport ancien, que même la population recevait une formation militaire tout au long de la scolarité.

Entraînement au combat, initiation à la stratégie, compréhension du terrain, analyse des positions ennemies, savoir quand attaquer et quand se replier.

Cela se ressentait dans les comptes rendus.

Les lignes tenaient, les ravitaillements passaient encore et, bien que les pertes existent, elles restaient contenues.

Une partie des renforts alliés était arrivée à temps. Pas tous. Mais suffisamment pour stabiliser la situation. Les mots employés étaient prudents, presque optimistes. Situation sous contrôle. Résistance organisée. Capacité de maintien élevée.

Je savais ce que cela signifiait.

Puis une autre information apparut, glissée presque incidemment dans une annexe.

Des armées annexes démoniaques avaient été détachées. Direction le royaume elfique.

Une manœuvre de contournement ou une dispersion calculée, peut-être.

Je relus la ligne plusieurs fois.

Je pensai à Bastien et à son groupe.

À Takumi, Aoi et Kaoru.

Je n’avais aucune certitude quant à leur position exacte. Les affectations changeaient vite. Les noms disparaissaient des listes aussi rapidement qu’ils y apparaissaient. Je me surpris à espérer quelque chose d’aussi absurde que la chance.

Pourvu qu’ils soient saufs.

Le reste de la journée fut consacré à autre chose.

Des avis de recherche.

Hommes et femmes portés disparus. Civils, combattants, convoyeurs, volontaires. Des visages décrits par des mots imprécis. Cheveux sombres. Taille moyenne. Dernièrement vus sur la route de… Les familles demandaient des nouvelles. Parfois depuis des semaines. Parfois depuis quelques jours seulement.

Je dupliquai et corrigeai les formulations.

D’expérience, je savais que la plupart de ces avis resteraient sans réponse.

Le soir venu, je n’avais plus l’énergie de travailler sur l’annuaire.

Je rentrai plus tôt que d’habitude.

La ville était plus silencieuse que les jours précédents. Même les conversations semblaient marcher sur la pointe des pieds.

Je n’étais pas en danger, et pourtant le moral était en berne.

La guerre ne m’avait pas encore pris quoi que ce soit.

Elle se contentait, pour l’instant, de m’enlever doucement mes certitudes.

Xoxo,
Isekai Gazette

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