Chapitre 67 – Plus d’abri

Une minute de lecture

Je compris ce jour-là que la guerre était réelle.

Pas au sens théorique. Pas comme une suite de rapports ou de cartes annotées.

Réelle parce qu’elle avait laissé des corps derrière elle. Parce qu’elle avait frappé ici.

Ce n’était plus une abstraction lointaine. Ni un front situé quelque part au sud, ou à l’est, ou sur une carte que l’on pouvait plier.

Kiervin avait été touchée. Et à partir de cet instant, plus aucun endroit ne pouvait prétendre être sûr.

La ville pleurait ses morts.

L’attaque, aussi brutale que rapide, avait tout de même neutralisé près d’un tiers des réservistes chargés de la garde cette nuit-là.

Certains étaient morts sur le coup. D’autres avaient succombé à leurs blessures. Quelques-uns étaient encore portés disparus, ce qui, en temps de guerre, revenait souvent au même.

Je continuai à travailler.

Par habitude.

Les dossiers s’empilaient sur mon bureau, mais j’avais du mal à me concentrer. Les mots glissaient sur la page sans s’ancrer. Je relisais des phrases déjà corrigées. J’oubliais ce que je venais d’écrire.

La guilde était presque vide.

Les aventuriers encore présents avaient été mobilisés ailleurs, ou affectés à la défense immédiate. Les allées et venues habituelles avaient disparu. Même les réceptionnistes — d’ordinaire joyeux, avenants, toujours prêts à plaisanter — peinaient à trouver le sourire. Ils parlaient bas. Évitaient les regards. Compulsaient les panneaux sans vraiment les lire.

Personne ne savait quoi dire.

C’est à ce moment-là qu’une missive interrompit mon travail.

Un pli officiel.

Le sceau royal du royaume elfique de Naerilwen y figurait clairement.

Je m’immobilisai.

Ce nom ne me disait rien qui vaille.

Les elfes n’écrivaient pas souvent. Et quand ils le faisaient, ce n’était jamais pour des banalités administratives. Le papier lui-même semblait différent. Plus fin.

Comme si le message qu’il portait avait été longuement pesé avant d’être confié à l’encre.

Je restai un instant à le regarder, sans l’ouvrir.

La guerre venait de me rappeler qu’aucun refuge n’était éternel.
Et cette lettre avait toutes les chances de m’expliquer pourquoi.

Xoxo,
Isekai Gazette

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