Chapitre 68 – Proposition formelle
La lettre n’était pas longue.
Elle était, en revanche, d’une politesse presque agressive.
Chaque phrase semblait avoir été pesée, relue, validée par un nombre indécent de conseillers. Le ton était respectueux. Prudent. Et profondément dérangeant.
Les émissaires du roi démon, disait-elle, avaient pris contact avec la cour de Naerilwen. Non pas pour négocier une trêve. Ni pour exiger une reddition.
Mais pour transmettre une intention personnelle de Sa Majesté le Roi Démon.
Un souhait.
Un projet.
Un… engagement.
Je relus le passage plusieurs fois, convaincu d’avoir mal compris.
Le grand oracle du roi démon aurait désigné une personne précise. Unique. Non substituable. Essentielle à l’établissement d’un nouvel équilibre.
Mon nom figurait juste en dessous.
Je posai la lettre sur mon bureau et fixai le mur en face pendant un long moment. Assez longtemps pour que l’encre sèche sur les documents que je venais de corriger.
Le roi démon souhaitait contracter mariage.
Avec moi.
Je ne ris pas tout de suite.
Je crois que mon esprit refusa simplement l’information. Comme on refuse un bruit trop fort, ou une odeur trop absurde.
Puis, lentement, la réalité s’imposa. Et avec elle, une colère froide, méthodique, presque professionnelle.
La lettre précisait que l’acceptation ou le refus ne pouvait se faire que de vive voix.
Face à face.
Selon les usages démoniaques.
Toute réponse écrite serait considérée comme irrecevable.
Une rencontre discrète était proposée.
Lieu neutre.
Sécurité garantie.
Je me laissai retomber contre le dossier de ma chaise.
C’est à ce moment-là que Dame Wynfred s’approcha.
Elle n’avait pas fait de bruit. Elle ne souriait pas. Elle observa la lettre, puis mon visage, avec ce regard très particulier qu’elle réservait aux situations qu’elle n’aurait jamais voulu voir figurer dans un rapport.
— Ce n’est pas une plaisanterie, dit-elle.
Je la regardai.
— Je sais.
— Les elfes ont vérifié. Trois fois. Le sceau est authentique. Les émissaires aussi.
Je fermai les yeux.
— Bien sûr que oui.
Elle hésita, puis ajouta :
— Ils pensent que… vous pourriez être en mesure de résoudre cette guerre.
Je rouvris les yeux, lentement.
— Par le mariage.
— Apparemment.
Je ris enfin.
Un rire bref.
— Des villes tombent. Des gens meurent. Des armées s’effondrent. Et la solution serait… moi. En robe. Face à un roi démon.
Dame Wynfred ne réagit pas. Elle se contenta de hausser légèrement les épaules.
— Je n’ai jamais dit que le monde était raisonnable.
Je pris la lettre à nouveau. La relus une dernière fois.
Puis je soupirai.
— Très bien.
Elle se redressa.
— Vous acceptez ?
— Non, dis-je calmement. J’accepte d’y aller.
Elle fronça les sourcils.
— Ce n’est pas la même chose.
— Exactement.
Je me levai.
Après tout, s’il fallait mettre fin à une guerre absurde provoquée par une interprétation délirante d’un oracle trop zélé… autant le faire correctement.
En face à face.
Et avec les mots qui s’imposaient.
Xoxo,
Isekai Gazette

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