Chapitre 69 – Préavis de départ
La réponse fut envoyée le jour même.
Courte, polie, formelle, une réponse irréprochable administrativement parlant.
J’acceptais la rencontre.
Rien de plus.
Deux jours plus tard, une nouvelle missive arriva, cette fois bien plus logistique.
Un transport royal serait dépêché pour me récupérer.
Un appareil volant de grande taille — une raie aérienne, précisait le document, comme si cela allait de soi.
Elle transporterait l’émissaire des démons, ainsi qu’une garde elfique chargée d’assurer ma sécurité durant le trajet et l’entretien.
Je relus plusieurs fois le passage concernant la sécurité.
Il y avait quelque chose de profondément ironique à se savoir protégé contre le roi démon pour rencontrer le roi démon.
Dame Wynfred ne me laissa pas le temps de trop y réfléchir.
— Congé forcé, déclara-t-elle en apposant son sceau sur un formulaire déjà rempli. À effet immédiat.
Je levai les yeux.
— Je n’ai rien demandé.
— Justement. Considérez cela comme une mesure de bon sens.
Elle me fixa avec une expression que je ne lui connaissais pas encore tout à fait. Pas de l’inquiétude. Pas de la peur. Une forme de lassitude lucide.
— Vous ne serez d’aucune utilité ici dans cet état. Et si vous devez… faire ce que vous allez faire, autant le faire reposé.
Je rangeai mes affaires sans protester.
Mes préparatifs furent étonnamment simples.
Je n’avais pas d’armure à enfiler. Pas d’arme à choisir.
Je pris des vêtements propres. Confortables. Rien qui impressionne, mais diplomatiquement convenable.
J’emportai de quoi écrire. Réflexe de scribouillard.
Ce qui me troubla le plus, cependant, furent les rapports.
Les derniers, arrivés en fin de journée, faisaient état d’un changement notable.
Les assauts démoniaques s’étaient raréfiés. Moins d’escarmouches. Moins d’attaques coordonnées. Les lignes tenaient plus facilement. Certaines armées ennemies semblaient… attendre.
Comme si quelqu’un avait appuyé sur pause.
Je ne savais pas si cela avait un lien avec la proposition de rencontre. Je ne voulais pas y voir un signe.
Mais l’idée s’imposa malgré moi : le roi démon savait déjà.
Ou, à tout le moins, espérait quelque chose.
La nuit précédant mon départ fut calme.
Anormalement calme.
Je dormis peu, mais sans cauchemar.
L’entité resta silencieuse.
Comme si elle observait, elle aussi, ce moment suspendu.
Dans deux jours, une raie aérienne se poserait à Kiervin.
Un émissaire démoniaque descendrait à ma rencontre.
Une garde elfique m’escorterait.
Et moi, qui voulais simplement vivre tranquille, j’allais expliquer à un roi démon en quoi toute cette guerre était une idée stupide.
Xoxo,
Isekai Gazette

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