Chapitre 72 – La paix

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Avant mon départ, le roi démon me fit remettre un présent.

Il ne le fit pas en personne. Sans doute avait-il compris que la solennité me mettait mal à l’aise.

Ce fut l’émissaire qui s’en chargea, avec un respect contenu, presque gêné.

Le coffret était simple.

À l’intérieur reposait un collier de jais, d’un noir profond, poli à la perfection. La pierre semblait absorber la lumière plutôt que la refléter.

C’était un objet magnifique. Trop, peut-être, pour quelqu’un comme moi.

Une note l’accompagnait.

Peu de mots. Mais choisis. Une « babiole » pour ma protection parait-il.

Le roi renonçait à l’amour.
t, par la même occasion, à la guerre.

Sur Terre, on dirait sans doute faites l’amour, pas la guerre.
Chez lui, la formule aurait plutôt été l’inverse : faites la guerre pour l’amour.

L’objectif était atteint.

Je ne ressentis pourtant aucune fierté particulière. Je n’avais pas cherché à établir la paix.

Je n’avais rien planifié. J’étais venu refuser, pas négocier.

Si la guerre s’arrêtait, c’était presque un effet secondaire.

Égoïste, peut-être.

En y repensant, cependant, je me surpris à nuancer mon jugement.

Malgré ses outrances, ses certitudes absurdes et sa lecture catastrophique des oracles, le roi démon n’était finalement pas si déraisonnable que cela.

Il avait déclenché une guerre pour une mauvaise raison… mais il avait su l’arrêter quand cette raison s’était révélée fausse.

Une semaine plus tard, l’annonce officielle tomba.
Cessation des hostilités.
Ouverture de négociations.

La paix fut proclamée aussi vite que la guerre était survenue.

Les armées commencèrent à se replier. Les convois reprirent la route inverse. Les mobilisés rentrèrent peu à peu chez eux. Pour ceux qui avaient encore un foyer. Pour les autres, il fallut improviser.

La vie reprit. Lentement.

Pas comme avant.
Pas tout à fait.

Les villes portaient encore les traces des combats. Les murs réparés trop vite. Les absences impossibles à combler. Les silences nouveaux, là où il y avait autrefois des voix.

Quand je revins à Kiervin, la ville semblait respirer à nouveau, mais avec prudence. Comme quelqu’un qui sort d’une longue maladie sans être certain d’être vraiment guéri.

Je repris ma place.

Le collier, je le rangeai soigneusement. Je ne savais pas encore si je le porterais un jour.

J’avais refusé un trône.
Et, sans l’avoir voulu, contribué à mettre fin à une guerre.

Tout ça pour pouvoir continuer à vivre tranquille.

Et, contre toute attente, le monde semblait prêt à me laisser essayer.

Xoxo,
Isekai Gazette

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