Chapitre 73 – Retrouvailles
La ville était plus calme.
Pas joyeuse.
Mais apaisée, dans cette manière prudente qu’ont les lieux qui ont survécu à quelque chose de trop grand pour eux.
Les patrouilles avaient repris un rythme normal. Les quais étaient de nouveau fréquentés. Les cris n’étaient plus des alertes, seulement des voix.
Je travaillais ce jour-là sans urgence particulière. Des dossiers ordinaires. Des demandes de réaffectation. Des certificats de démobilisation.
Rien qui exige plus que de l’attention.
C’est à la fin de l’après-midi que je les vis.
Ils entraient dans la ville par la grande route, sans formation, sans hâte, comme un groupe qui n’avait plus besoin d’être un groupe. Bastien marchait en tête, reconnaissable de loin, toujours un peu trop sûr de lui, un peu trop vivant pour quelqu’un qui revenait de la guerre.
Derrière lui : Rheinn, Lysa et Mirel.
Et avec eux… des visages que je n’avais pas vus depuis bien trop longtemps.
Takumi.
Aoi.
Kaoru.
Je restai immobile un instant, convaincu que mon esprit me jouait un tour. Puis Bastien me vit.
Il sourit.
Et, sans ralentir, il ouvrit les bras.
— Putain… t’as survécu, gratte-papier.
Je me surpris à rire. Un rire simple. Spontané. Le genre qui n’a pas besoin d’ironie pour exister.
Ils parlaient tous en même temps. Des bribes de phrases. Des récits désordonnés. La démobilisation avait été rapide. Presque brutale.
La paix avait rendu les ordres caducs du jour au lendemain. On leur avait dit de rentrer. Juste comme ça.
La raison officielle de l’invocation avait été, sinon annulée, du moins mise en pause.
Temporairement, précisait toujours quelqu’un. Au cas où.
— On dit que le roi démon est déprimé, ajouta Lysa en haussant les épaules. Apparemment, il ne sort plus beaucoup.
— Il a rompu avec la guerre, compléta Bastien. C’est dur, les séparations.
Je ne commentai pas.
Nous finîmes à la taverne. Pas pour fêter quoi que ce soit. Juste pour être ensemble. Pour manger chaud. Pour parler de banalités. Pour se souvenir que tout cela avait été réel.
La nuit tomba sans drame.
Pour la première fois depuis longtemps, je n’eus pas l’impression de devoir surveiller l’horizon.
La paix n’était peut-être que provisoire.
Le monde avait une fâcheuse tendance à recommencer.
Mais ce soir-là, entouré de visages familiers, je me dis que c’était suffisant.
Pour l’instant.
Xoxo,
Isekai Gazette

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