Chapitre 75 – Persistance

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La soirée s’acheva.

Les uns après les autres, la fatigue prit le pas sur les conversations. Les chambres de l’auberge furent attribuées sans discussion. Personne n’avait l’énergie de rentrer plus loin.

Les corps réclamaient une pause plus qu’un toit précis.

Bastien, lui, me suivit.

Ce n’était même pas une décision. Juste une trajectoire naturelle, légèrement bancale. Il parlait encore en marchant, à voix basse, des phrases inachevées, des remarques sans importance.

Ivre, oui. Un peu bruyant mais joyeux.

Il s’installa chez moi comme il l’avait déjà fait tant de fois.

Il s’affala sur la chaise, puis sur le lit, sans enlever ses bottes. Il marmonna quelque chose d’incompréhensible, puis plus rien.

En quelques minutes, il dormait profondément.

Je le regardai un instant.

Sa présence avait quelque chose d’étrangement rassurant. Comme un rappel constant que, quoi qu’il arrive, il existait encore des gens capables de traverser le chaos sans trop se poser de questions métaphysiques.

Bastien avançait. Toujours. Même quand il ne savait pas pourquoi.

Je le laissai dormir.

Je repris ma place à la table.

L’annuaire m’attendait.

Je l’ouvris avec précaution, comme toujours. Les pages étaient déjà couvertes de mes annotations. Des symboles recopiés. Des schémas partiels. Des tentatives de logique. Galaxie. Étoile. Planète.

Je recopiai encore.

À force, certaines régularités devenaient presque évidentes. Pas suffisamment pour être certaines. Mais trop cohérentes pour être ignorées. Ma plume s’attardait parfois sur une combinaison sans que je sache vraiment pourquoi. Comme si ma main reconnaissait quelque chose avant mon esprit.

Je notai, analysai et comparai.

Peu à peu, la fatigue s’installa.

Je m’endormis à mon bureau.

Les rêves revinrent.

Des sensations.

Un léger tiraillement, comme une attention posée sur moi sans urgence. Des images diffuses. Des alignements qui prenaient forme puis se dissolvaient.

L’entité ne forçait rien.

Je sentis sa présence comme on sent quelqu’un assis dans la même pièce, sans bruit, sans geste inutile.

Elle savait que je travaillais et que je n’étais pas encore prêt.

Au matin, Bastien ronflait toujours.

L’annuaire était resté ouvert à la même page.

Et moi, sans avoir pris de décision, je compris que rien n’était vraiment terminé.

Juste… en suspens.

Xoxo,
Isekai Gazette

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