Chapitre 77 – Copies conformes

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Les jours qui suivirent s’écoulèrent dans le calme.

J’étais officiellement en congé. Une mesure administrative, plus que bienveillante, destinée à éviter toute exposition inutile après les événements récents.

La guilde tournait au ralenti.

Beaucoup de bureaux étaient encore vides.

Les priorités avaient changé, mais pas encore trouvé leur nouvelle forme.

Mes amis restèrent à Kiervin.

Après la démobilisation, personne n’était pressé de repartir. On dormait tard. On mangeait ensemble. On parlait de choses sans enjeu immédiat. La ville se prêtait à cette parenthèse.

Moi, je travaillais quand même.

L’annuaire occupait désormais la majeure partie de mes matinées. Je ne cherchais plus à le comprendre dans son ensemble. Je m’attachais aux régularités. Aux répétitions. À ce qui revenait trop souvent pour être accidentel.

À force de recopier, certaines séquences devenaient familières. Ma main ralentissait sur certaines combinaisons, sans que je sache toujours pourquoi. L’entité ne guidait pas directement.

Elle suggérait.

Un infime déplacement de l’attention. Une sensation de justesse quand je restais sur une page plutôt qu’une autre.

Je compris rapidement que je ne pouvais pas travailler sur du papier ordinaire.

Les encres se diluaient. Les tracés perdaient leur précision. Les symboles exigeaient une fidélité parfaite, presque irritante. Je dus me résoudre à me procurer du papier de reproduction — un support rare, coûteux, capable de dupliquer à l’identique ce qui y était inscrit.

Le prix me fit grimacer.

Je soupirai, puis regardai le collier de jais.

Je n’avais pas envie de m’en séparer. Mais il remplissait exactement son rôle : me protéger.

À long terme, je le cédai à un intermédiaire discret. Pas sans regret. Mais sans hésitation non plus.

Avec le papier adéquat, le travail prit une autre dimension.

Je terminai une première copie complète. Puis une seconde.

Pas davantage. Je n’avais aucune intention de disséminer ces coordonnées comme des prospectus. Elles n’étaient pas une solution universelle.

Juste une possibilité.

Quand Bastien passa, je lui remis un exemplaire.
Sans explication détaillée.

Il le prit, le pesa, hocha la tête. Il comprit que ce n’était ni une invitation, ni une attente. Juste un au cas où soigneusement préparé.

Je fis de même pour les autres. Pas tous. Seulement ceux pour qui la question pourrait, un jour, se poser autrement que par curiosité.

Le reste du temps, nous étions ensemble.

Des repas.

Des promenades.

Des silences confortables.

Kiervin offrait cette étrange normalité qu’on apprécie surtout après avoir frôlé le chaos.

La nuit, l’entité revenait parfois.

Toujours avec retenue.

Elle sentait que quelque chose avançait. Lentement. À mon rythme. Elle n’insistait plus. Elle se contentait d’être là, attentive, presque reconnaissante.

Les copies étaient prêtes.

Les options existaient.

Et pour l’instant, personne ne les réclamait.

Ce qui me convenait parfaitement.

Xoxo,
Isekai Gazette

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