Chapitre 81 – Le départ
Comme prévu, aucun préparatif particulier.
Je dois avouer que j’espérais quand même quelque chose d’un peu plus spectaculaire.
Un truc de voyage entre les mondes. Des portails, des chants, des cercles tracés au sol.
Eh bien non.
La forêt était calme.
Le chemin m’était familier.
Je l’avais emprunté tant de fois sans jamais lui accorder d’importance particulière.
Ma petite peste, munie des coordonnées de la Terre, de son monde et de bien d’autres encore, me laissa choisir.
Sans pression.
Je savais déjà que je ne voulais pas retourner sur Terre.
Le Japon ? Trop stressant. Trop formalisé.
Et les autres pays n’étaient guère mieux, surtout en matière de travail.
Aucune vie pépère ne m’y attendait.
Seulement des obligations, des justifications, des absences à expliquer.
Son monde à elle ?
Bien trop chaotique pour un esprit humain.
Trop fragmenté. Trop instable.
Même à travers ses images, je sentais que je n’y tiendrais pas longtemps.
Elle me suggéra alors un autre monde.
La planète Anariel.
Les images furent simples.
Un monde sans conflit permanent.
Sans roi démon.
Sans satan.
Sans guerres entre royaumes.
De la magie fonctionnelle.
Pas incroyable, mais pratique.
Aucune menace extraterrestre à l’horizon.
Une étoile stable, appelée à briller encore longtemps.
Une seule langue commune.
Des humains comme moi.
Peu habitués aux invoqués, mais pas hostiles.
Une fois tous les mille ans, des gens venus d’ici ou d’ailleurs s’y égarent.
À la suite d’un rituel mal calibré, d’une erreur… ou d’un simple concours de circonstances.
Un véritable paradis, si l’on accepte qu’il n’existe pas de paradis parfait.
Je m’arrêtai au milieu de la clairière.
Je fermai les yeux.
Je pensai à ceux que je laissais derrière.
Sur Terre. Ici aussi. Bastien. Les autres. La guilde. Kiervin.
Ils se débrouilleraient très bien sans moi.
Je n’avais jamais été indispensable.
Et cela me convenait parfaitement.
Ma décision était prise.
Je lui indiquai par l’esprit que j’acceptais et la remerciai.
Puis il n’y eut plus rien.
Juste une suspension brève. Comme un souffle retenu.
Quand j’ouvris les yeux, des enfants étaient réunis autour de moi.
J’étais allongé dans l’herbe, à côté d’une structure de pierre ancienne, visiblement abandonnée.
Usée par le temps.
Les enfants semblaient y jouer souvent, sans s’interroger sur son origine.
Ils me demandèrent si j’allais bien.
Dirent que j’étais apparu comme ça.
Sans peur. Sans étonnement particulier.
Spontanément, ils me prirent par la main et m’emmenèrent vers un village tout proche.
Des maisons simples.
Des voix.
Une odeur de pain.
Rien d’extraordinaire.
Je me relevai.
Je marchai avec eux.
Ma vie pépère venait de commencer.
Xoxo,
Isekai Gazette

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