Chapitre 7 : Séparation
Samedi 26 juillet - 13h57
En arrivant auprès de mes compagnons, ces derniers voient un changement sur mon visage. Plus serein, détendu et résolu.
Je tourne doucement mon épaule en faisant des moulinets avec mon bras droit. Grimace de douleur, regard vers le sol. Réfléchissant à la marche à suivre.
Je regarde l'heure.
13h52... Je commence à avoir faim après tout ça. Je présume que la convention de fanzines amateurs est annulée.
Je mets mes mains dans les poches, regardant le portail au loin.
Un nouveau monde. Même si... ma décision est prise, je ne suis toujours pas sûr d'être à la hauteur. En tout cas, je ne dois pas faire les choses n'importe comment. Chaque chose en son temps.
Je récapitule :
En France, il est donc actuellement 6h52. Que ce soit mes proches ou mes gradés, ils ne sont peut être pas encre au courant. Ça ne devrait pas tarder.
Ramener Yuki chez elle. Sur le chemin, appeler mes proches. Appeler le gradé de permanence à Calais pour lui rendre compte de la situation .
Je souris, crispé :
Il va penser à une blague. Je ne suis pas à l'aise de le faire, mais je n'ai pas le choix. Surtout qu'il y a un diplomate parmi les personnes que j'ai sauvées. Ils finiront par le savoir. Et s'ils apprennent mon implication par une autre personne que par moi, je vais me faire taper sur les doigts.
Je soupire et dis en marmonnant :
« Haaa, les procédures et les comptes rendus à n'en plus finir. »
J'atteins enfin le groupe et dis en japonais à Yuki en souriant :
« Yuki-chan… ie? » — Yuki... maison ?
Yuki me fait un large sourire et hoche la tête sans dire un mot. Le gaijin tient sa promesse.
Takeshi me regarde avec une légère surprise avant de dire en français :
« C'est tout ? Tu as fait tout ce que tu voulais faire ? »
Je réplique à Takeshi d'une voix tranquille :
« Oui, j'ai fait ce que j'avais à faire. Et puis... j'ai promis à Yuki de la ramener chez elle. »
On s'observe en silence, se jaugeant mutuellement comme deux boxeurs dans un ring.
Le silence est rompu par Kirito :
« Fukusū no kega o sarete iru yō desunode, byōin e iku ka, kyūkyū iryō o ukete kudasai. » — Monsieur, vous avez l'air d'avoir beaucoup de blessures. Vous devriez aller à l'hôpital ou aller voir les secours.
Une fois les paroles traduites, Yuki ajoute :
« Sō da yo, onīchan. Oishasan ni mite moratta kata ga ī yo. Boku wa ato de kaereru yo. » — Il a raison, onīchan. Tu devrais aller voir un médecin. Je peux rentrer plus tard.
Je détourne mon regard de celui de Takeshi vers Yuki en entendant onīchan.
Surpris, j’élude la question d’aller à l’hôpital et je marmonne, incrédule :
« Onīchan ? »
Elle hoche de nouveau la tête avec un sourire. Ses cheveux noirs se balançant autour de son visage.
« Hai, onīchan!!! » — Oui, grand frère !!
Je sens mon cœur battre un peu plus fort et le rouge me monter aux joues. Mais je ne sais pas vraiment comment l'extérioriser. Je lui dis avec mon japonais approximatif, me détournant et en grommelant :
« Yamero yo baka. » — Arrête, idiote.
Gêné, non sans un léger sourire qui ne trompe pas, je reporte mon intention sur Takeshi :
« Je pense que l'on se reverra. Autant que je vous donne mon numéro de téléphone pour que vous puissiez me contacter. Non ? »
Takeshi garde un visage impassible, me regardant comme s'il essayait de percer mes pensées.
Je rajoute :
« Et... comme promis, je n'ai pas dépassé les limites. C'est moi-même qui mets fin à l'autorisation.»
Il hoche lentement la tête avant de dire :
« En effet... on se reverra. »
J'acquiesce avec un léger sourire. Je note mon numéro de téléphone sur un bout de papier que j’ai emprunté à Takeshi. Puis, avec une légère hésitation, je tends ma main.
« Eh bien, Takeshi, je vous dis à la prochaine. »
Il tend sa main de manière solennelle et me dit :
« À la prochaine, Julien, et... je suis persuadé que l'on se reverra bien plus vite que tu ne le crois. »
Je rajoute avant de lâcher sa main :
« Je n'en doute pas. »
Je fais de même avec Tanaka. Je tends ma main qu'il serre prestement :
« Mata aō ne. Tomoyo. » — À bientôt. Ami.
Il me dit en japonais, traduit par Takeshi :
« Watashi mo issho ni ikimasu. Aruite kaerimasu. » — Je viens avec vous. Je vous raccompagne.
Je secoue la tête de façon négative avec un sourire taquin et dis en français, retransmis par Takeshi :
« Non, reste donc avec Takeshi. Tu dois le raccompagner et voir où tu peux te rendre utile. Moi, je suis... toujours en vacances. »
Il acquiesce, résigné, mais comprend la logique.
J'incline la tête vers le jeune soldat.
« Arigatō, Kirito. » — Merci, Kirito.
Je lâche sa main et m'avance en tendant mon bras gauche vers l'arrière, main ouverte vers Yuki.
Je dis en français :
« On y va, Yuki-chan. »
Avec un large sourire, elle attrape ma main en faisant un signe d'au revoir aux autres.
Il est maintenant un peu plus de 14h00.

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