Chapitre 19 : Ambassade (2)

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Certains points à retravailler je pense. J’ai galérer à le sortir celui-ci. Tempo sûrement trop lent ou même peut être chapitre inutile. Hâte d’avoir vos avis.

Dimanche 27 juillet - 10h21 :

Lieutenant-Colonel Durand :

Le voilà donc ? Le fameux Julien Garin ? Le gendarme français, recouvert de sang, que l'on voit tourner sur les réseaux sociaux ? Celui qui, selon les rapports, a combattu, sauvé des civils dont le diplomate, MORIYAMA Takeshi, et aussi... tué pour sauver la jeune fille derrière lui.

Je jette un rapide coup d'œil à la jeune fille qui, je l'ai vu, a légèrement sursauté lorsque les mains de Garin ont claqué contre ses cuisses. Elle ne quitte pas ce dernier du regard.

L'ambassade, située non loin de l'apparition du Portail, avait été rapidement mise au courant. Paris également.

Sacrebleu... j'ai encore du mal à y croire.

Hier, en début de soirée, l'ambassadrice m'a convoqué dans son bureau en urgence. Elle m'a informé qu'elle avait reçu deux appels urgents : l'un de la DGGN, l'autre du Quai d'Orsay. Un gendarme en permission au Japon aurait activement participé à la sauvegarde de l'intégrité physique de civils japonais lors de l'attaque. Mais, ce qui a surtout fait crisser des dents les hautes sphères, c'est la notion de neutralisation d'un adversaire sur le sol japonais. Et qu'un diplomate japonais se trouvait mêlé à tout ça.

Un ressortissant français qui tue à l'étranger peut rapidement évoluer en incident diplomatique. Encore plus quand ce dernier a le double statut de force de l'ordre et de militaire en tant que gendarme. Que l'acte soit justifié ou non, Paris comme l'institution ne voient que les conséquences.

Mme Le Grapier m'a promptement demandé de rechercher des informations sur un dénommé Julien Garin.

Grâce aux différents fichiers mis à la disposition des forces de l'ordre sur l'intranet gendarmerie, il ne m'a pas fallu longtemps pour retrouver les coordonnées téléphoniques personnelles du gendarme.

Lors de mes recherches, plusieurs appels, probablement de Paris, ont déferlé dans le bureau de l'ambassadrice lui demandant des retours et des résultats rapides, accentuant davantage son agacement et son impatience.

J'ai transmis les informations à M. Deschamps, secrétaire de l'ambassadrice, qui s'est empressé d'appeler. Une fois. Pas de réponse. Une seconde fois. Même résultat. Ce qui a eu le don d'exaspérer les deux.

Lorsque, pour la troisième fois, le secrétaire tente de rappeler, il est interrompu par un énième appel de Paris l'enjoignant à consulter les dernières remontées.

Ce fut avec stupéfaction que nous regardions la fameuse vidéo amateur où l'on voit un occidental, en panique, recouvert de sang et armé d'une épée ensanglantée, se saisir d'une jeune fille pour la mettre à l'abri en compagnie d'un policier japonais.

Son combat désespéré contre une créature humanoïde.

Le moment où il a projeté un autre soldat ennemi qui poursuivait un vieil homme visiblement blessé au bras.

On l'a vu bousculer sans ménagement ce dernier pour le traîner dans une ruelle. Parler et faire des signes à d'autres civils pour qu'ils suivent le mouvement, avant de faire face à l'assaillant qu'il avait projeté juste avant.

On a tout vu mais... il manque quelque chose. Les deux adversaires n'ont pas été tués par lui. Ils ont été abattus depuis la ruelle.

Le sang présent sur les vêtements de Garin au début de la vidéo, couplé avec les renseignements que nous avions en notre possession, ne laisse place à aucun doute.

M. Deschamps, insistant, a tenté une nouvelle fois d'appeler l'homme. La tonalité d'attente s'est arrêtée brusquement. Il a lancé un regard furieux vers l'ambassadrice.

Encore une tentative... directement mis sur messagerie.

« Il est conscient de ce qu'il fait, ou quoi ? » avait dit le secrétaire, excédé.

C'est dans cette atmosphère tendue que Moriyama Takeshi, le vieil homme et diplomate japonais bousculé sur la vidéo, nous a rendu visite.

Congédié, je n'ai pas assisté à la suite de l'entretien.

Moriyama est resté entre nos murs jusqu'à maintenant. Il a pris le parti de Garin — plaidant activement en sa faveur face à l'ambassadrice.

Dans la matinée, j'étais présent dans le bureau de l'ambassadrice lorsque Garin a enfin rappelé et qu'il a finement remis à sa place un Deschamps penaud en présence de l'ambassadrice. D'ailleurs, ça m'a surpris de sa part. Selon son dossier et ses notations que j'ai pu lire sur l'intranet, il est indiqué par ses différents supérieurs qu'il est plutôt timide, discret et renfermé sur lui-même. Au bout de plus de dix ans au sein de l'institution, ce trait semble s'améliorer petit à petit, mais... je ne pensais pas que c’était à se point là. En revanche, à ce moment-là, j'ai cru voir la commissure des lèvres de Moriyama se lever légèrement.

Et, maintenant, le voilà devant moi. Son dossier ne mentait pas. Je vois ses hésitations. Ses yeux fuyants. Son pas de recul lorsque je lui ai fait ma remarque sur sa présentation. Il n'est pas à l'aise. J'élève à peine la voix et il semble déjà en difficulté. Pourtant, l'espace d'un instant, son regard a changé. Il est devenu plus déterminé. Comme si... un trauma, ou un événement brutal, l'avait brusquement fait mûrir. Ou alors, c'est la situation qui a fait ressortir ce qu'il avait toujours en lui. Son comportement semble, en partie, confirmer les rapports que nous avons reçus. Une chose est sûre, maintenant : il ne fuit plus — il m'observe franchement.

Du coin de l'œil, je remarque Soussa retenir son sérieux à grand-peine. Il a l'air d'apprécier le nouveau venu.

D’un ton grave et sec, j’ordonne :

« Garin, repos ! »

Julien :

Mu par l'habitude, j'écarte les jambes à largeur d'épaules en mettant mon poing droit dans ma main gauche derrière mon dos. Position réglementaire du repos.

Sans le vouloir, je retenais mon souffle. Ma mise au repos me détend quelque peu. Pourtant, je n'esquisse aucun mouvement. Le lieutenant-colonel non plus d'ailleurs.

Allons vieux briscard... tu ne m'auras pas cette fois-ci. C'est au plus haut gradé de tendre la main en premier, non ?

Je retiens un sourire :

L'un de ceux qui aime bien « casser du nouveau » m'a déjà fait le coup lors de mes premiers jours à l'escadron. Et ce n'était qu'un adjudant-chef. J'ai eu le malheur de tendre ma main en premier... aïe... erreur. Il ne s'était pas gêné pour me remettre à ma place devant tout le monde.

J’ai l’impression d’entendre l’homme à la peau sombre... Soussa, je crois ?... étouffer un rire.

Mon imagination ?

Au bout de quelques secondes qui me paraissent interminables, l’homme aux cheveux grisonnants tend son bras.

Non sans une légère hésitation, je tends la mienne pour échanger une poignée de main virile avec Durand.

À peine nos doigts se sont-ils séparés que mon souffle se coupe brusquement lorsque je sens, sur mon épaule blessée, une tape d'une force inouïe, suivie d'un rire bienveillant.

S'il me dit quelque chose, je ne l'entends pas. Je râle de douleur en me tenant l'épaule par réflexe et en titubant. Je dis en serrant les dents :

« Putain ! Mais quel con, c'est pas vrai ! »

Je ne comprends pas les paroles de Yuki. Mais j'ai l'impression d'y déceler de la colère dans sa voix. Je discerne un baka dans tout ce charabia.

J'entends le sous-brigadier aux yeux vifs enguirlander son collègue, qui a lâché un « Oups ! » penaud suite à son geste.

« Bordel, Soss ! C'est toujours la même chose. Tu ne peux pas t'en empêcher, à la fin ! Combien de fois je te l'ai dit. Tu as une force de buffle. »

« Mais je n'ai pas mis de force, je t'assure, La Corneille. » En revanche, il ne mène pas large sous les remontrances de Yuki qui continue à pester contre lui. La différence de carrure entre le géant à la peau sombre et la petite adolescente japonaise rend la scène totalement absurde. Il hoche la tête à chacune de ses paroles.

Avec un sourire victorieux, Soss réplique à Boucan :

« Ah, tu vois ! Tu as entendu la petite ! Il est blessé à l'épaule droite. Je n'ai pas appuyé. »

Soss croise les bras comme s'il avait donné un argument totalement imparable.

La Corneille se prend la tête d'un air désespéré avant de dire :

« Si tu écoutais au briefing, tu aurais su que notre invité est blessé à l'épaule droite et au... », il regarde Durand pour voir un signe de confirmation, «... au bas du dos. Mais non, comme d'habitude... »

« Oui bah... au moins on a la preuve formelle qu’il est vraiment bles... »

La voix grave de Durand claque dans l’air :

« Ça suffit maintenant ! Arrêtez de vous donner en spectacle. Boucan, raccompagnez donc nos deux employés japonais à la garde de l'entrée. Soussa, la moindre des choses est de s'excuser. Et vous, » le lieutenant-colonel me fixe de ses yeux gris, « arrêtez donc de faire votre chochotte et suivez-moi. On a assez fait attendre Mme l'Ambassadrice. »

Le ton de sa voix suffit à calmer tout le monde. Sans attendre, Durand tourne les talons pour que je le suive.

J'entends Soss chuchoter à Boucan avec un léger ricanement :

« Toujours à en faire trop, notre cher Colonel. Toujours aussi coincé du cul les gendarmes. Surtout les officiers. Pas vrai, Julien ? Je peux t'appeler Julien ? Et désolé pour ton épaule. J'avais totalement oublié l'histoire de la blessure. »

Avant de partir avec les deux agents de sécurité japonais, Boucan répond tout bas à son collègue :

« Je ne te le fais pas dire, Soss. Ils sont plus cool chez nous. »

Je pouffe de rire sans le vouloir en tournant mon épaule endolorie.

La bonne vieille rivalité entre la Gendarmerie Nationale et la Police Nationale n’est pas près de s’arrêter, me dis-je.

Je dis rapidement sur le même ton :

« La police est toujours aussi désinvolte à ce que je vois. Mais... pour les officiers, je ne peux que vous rejoin — »

« Garin ! »

Je m'empresse d'emboîter le pas du lieutenant-colonel qui me semble de plus en plus de mauvaise humeur. Boucan part de son côté avec les deux agents japonais. Celui au comportement hautain me lance un regard noir en s'éloignant.

Soussa qui me suit de près me chuchote d’une voix rassurante :

« Ne le prends pas pour toi. Il est bourru de premier abord, mais il est juste. »

J’hoche la tête en essayant de garder un visage neutre malgré les affres de mes doutes qui font rage dans ma tête.

Malgré le ton pressant de l'officier, je m'arrête quelques instants avant de jeter un œil derrière moi en entendant le bruissement d'un sac plastique. Immobile, avec le regard fuyant, Yuki se frotte nerveusement les mains, semblant indécise. Avec une moue rassurante, je balbutie en japonais :

« Yuki-chan, ensemble. »

J'appuie mes paroles en liant mes doigts afin de les tirer de part et d'autre, comme pour illustrer des liens solides, avant de tendre ma main vers elle et de rajouter :

« Ça va. »

Les joues de Yuki rosissent tandis que les coins de sa bouche remontent timidement avant de m'attraper la main après une brève hésitation. À ma hauteur, elle me dit à mi-voix :

« Oui, oniichan, ensemble. »

À la suite de Durand et en compagnie de Soussa, nous entrons dans l'ambassade. Ce dernier finit par dire :

« Oniichan, hein ? Plutôt curieux qu'une adolescente japonaise s'attache comme ça à un occidental jusqu'à lui donner ce titre. Surtout quand celui-ci est un trentenaire. Et le chan ? Je me doute que... les événements d'hier n'y sont pas étrangers, n'est-ce pas ? »

Je garde le silence en analysant l'intérieur de l'ambassade avec curiosité. Un hall d'accueil sobre, avec une zone d'attente composée de plusieurs fauteuils noirs rembourrés. Les grandes baies vitrées laissent passer la lumière naturelle du soleil, illuminant les drapeaux japonais et tricolore croisés au-dessus du comptoir en bois sombre déserté de ses employées en ce dimanche matin. Pourtant, ce qui attire mon attention, ce sont deux étranges sculptures semblant représenter des silhouettes féminines... enfin... je crois ? Je n'arrive pas à comprendre cette œuvre.

L'art, ce n'est vraiment pas mon truc.

Attiré par cette bizarrerie, je m'approche du panneau explicatif, écrit en français et en japonais, que je lis succinctement. Ce serait l'œuvre d'un dénommé Robert Couturier, intitulée Les Arts et La Vie Champêtre. Yuki semble apprécier davantage, le regard parcourant les moindres détails des œuvres.

Avec une expression moqueuse, je réponds d’une voix taquine à Soussa qui semblait avoir abandonné l'idée d'avoir une réaction de ma part :

« Allons, Soss... je peux t'appeler Soss ? Ne me dis pas que tu cherches la confirmation d'une telle évidence quand même ? »

En haussant les épaules, l'homme à la peau sombre reprend avec une légère hésitation dans la voix :

« Bien sûr que non !... Une telle évidence. »

Je pince les lèvres pour retenir un rire. Avant que Durand ne perde patience, je presse doucement la main de Yuki qui me semble toujours anxieuse. Soussa, qui a également dû le remarquer, échange en japonais avec la jeune fille. Je ne saisis pas tout le vocabulaire mais, au ton de sa voix, je ressens toute sa bienveillance. Cela me ravit de voir Yuki perdre de sa raideur à mesure que l'échange avance. Pourtant, au fond de moi, je ne peux m'empêcher de ressentir une légère frustration de ne pas pouvoir le faire moi-même.

Les couloirs de l'ambassade sont parsemés d'œuvres d'inspiration française et japonaise. Des portes closes sont disséminées à intervalles réguliers, derrière lesquelles le monde se négocie avant d’emprunter un large escalier qui mène dans les étages supérieurs.

Yuki et Soussa continuent d'échanger avec une légèreté que je leur envie. Je finis par lâcher la main de la jeune fille, qui me regarde avec étonnement, avant de lui ébouriffer brièvement les cheveux pour la rassurer.

Avec un soupir d'encouragement, je presse légèrement le pas pour me porter à la hauteur de Durand. Hésitant, je demande :

« Mon Colonel, je... »

« Garin, pourquoi avez-vous amené cette jeune fille avec vous ? Quel intérêt ? Vous avez besoin de vous cacher derrière elle pour vous donner du courage ? » assène le lieutenant-colonel de sa voix rocailleuse.

Il s'arrête et plonge ses yeux gris dans les miens, dans l'attente d'une réponse.

Cette attaque directe me laisse pantois plusieurs secondes.

Comme à mon habitude face à une haute autorité, je baisse les yeux. Des gouttes de sueur commencent à perler sur mon front pendant que je tente de bafouiller une réponse qui refuse de sortir clairement. À mon grand agacement, je dois suivre le même processus mental qu'avant pour enfin me reprendre et oser le regarder en face. Sous les regards de Soussa et Yuki — curieux pour l'un, anxieuse pour la seconde — je déclare d'une voix que je tente difficilement de garder neutre :

« L'une des... l'une des raisons pour laquelle je suis convoqué ici est... euh... » je marque une pause, expire lentement avant d'inspirer pendant que j'essuie mon front et me redresse, « à la suite de mon appel au gradé de permanence à l'escadron de Calais, on m'a ordonné de faire un compte rendu. Avant les appels répétés, » je ne parviens pas à retenir un léger agacement dans ma voix sur ce dernier mot, « de l'ambassade, j'avais déjà prévu de me présenter pour le rédiger. Et je me doute que, suite aux vidéos qui tournent dans les médias, je vais devoir m'expliquer. De plus, je pense que cela ne vous aura pas échappé : cette jeune fille, Yuki, est également présente sur la vidéo. Vous aurez donc un deuxième point de vue extérieur au mien sur le déroulement des événements. D'autant plus qu'elle était là dès le début de mon intervention. Contrairement à votre deuxième témoin. »

Malgré le visage impassible de Durand, j'ai l'impression de voir une lueur de surprise dans son regard. Il enchaîne d’une voix contrôlée :

« Deuxième témoin ? Que voulez-vous dire par là ? »

Je lâche avec plus d’assurance :

« Mon Colonel... Je parle bien évidemment de Takeshi-san. »

Durand semble tiquer sur la familiarité avec laquelle je parle du diplomate japonais.

« Mais comment avez-vous— » une exclamation de surprise derrière moi coupe la parole du lieutenant-colonel qui, à en juger par la tête qu'il arbore, n'a pas l'habitude de ce genre d'affront.

« Takeshi-san ? Takeshi-san est là ? » dit-elle avec entrain.

Je lui avais volontairement caché cette information pour lui en faire la surprise. Lorsque je me tourne vers elle avec une moue satisfaite, m'attendant à une mine réjouie, je déchante brusquement en voyant son froncement de sourcils, ses lèvres pincées et ses mains sur ses hanches. Soss, à côté d'elle, a le visage d'une personne qui semble avoir fait une boulette. Il ne me faut pas longtemps pour déduire ce qui s'est passé :

Ça me paraissait bizarre qu'elle saisisse avec exactitude que Takeshi est présent. Le Soss m'a mis dans la sauce, on dirait.

Venant de la part de Yuki, je comprends un « Pourquoi ? » suivi d'autres mots que je ne saisis pas, mais qui veulent sûrement dire : « Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? »

« Oups, je crois que j'ai fait une boulette », marmonne Soussa de son côté.

J'entends également un claquement de langue venant de l'officier derrière moi. Cette situation, avec mon état de fatigue et mes blessures qui me lancent en continu, amenuisent, je le sens, de plus en plus ma patience.

Lassé, je parviens à détendre mes traits pour détendre Yuki avant de répondre au brigadier-chef d'une voix que je peine à maintenir neutre et détachée :

« Eh bien... on dirait que tu m'as mis dans de beaux draps en traduisant d'initiative, hein ? Alors... autant continuer avec ma justif... »

« Nous n'avons pas le temps pour cela », tonne le lieutenant-colonel.

Dos à Durand, mon visage se crispe quelques instants. Ce qui, apparemment, n'échappe pas à la jeune fille, qui semble penaude devant la réaction de ce dernier, et à l'homme à la peau sombre qui me font face.

Putain ! Ils vont tous commencer à me gonfler. Entre ceux qui me prennent de haut, ceux qui me disent quoi faire alors que bordel... ils étaient où eux ? Ils ont vécu l'apparition du Portail ? Ils ont vécu la charge et les attaques de ces enfoirés de monstres volants ou de ces trucs qui ressemblaient à des gobelins ? Julien... calme.

Je prends une lente inspiration avant de m'accroupir face à Yuki en jetant un regard appuyé à Soussa, qui comprend et hoche légèrement la tête. Je lâche aussi calmement que je le peux, en français traduit par le brigadier-chef à l'intention de la jeune fille :

« Ne fais pas attention à ce que dit le vi... » je vois du coin de l'œil Soss faire de grands yeux. Je toussote avant de reprendre — calme-toi, merde —, « ...ce que dit l'homme derrière moi. Excuse-moi de ne pas te l'avoir dit. Je voulais te faire la surprise et puis... je n'étais pas sûr qu'il soit là. Ce n'était qu'une supposition », Soss semble avoir du mal à traduire ce terme, « suite à mon appel de ce matin. »

Avec désinvolture et en souriant, je désigne le sac plastique contenant les fournitures médicales qu'elle porte toujours à son poignet :

« Les bandages et le désinfectant, c'est pour lui. Tu pourras lui donner à ma place. »

Je me relève en grimaçant avant de me tourner vers Durand qui m’observe, l’air encore plus renfrogné.

Lieutenant-Colonel Durand :

J'observe Garin avec attention. Plus le temps avance, plus ce gendarme m'intrigue.

Le vieux, hein ? Et pourtant, malgré la pression, il préfère d'abord rassurer cette jeune fille. Ses notations indiquaient pourtant qu'il était discipliné et respectueux de la chaîne de commandement.

Je fais un signe de la tête au groupe pour que l'on reprenne notre progression, toujours pensif.

Mais, je le vois à sa manière de se tenir, à ses épaules qui se sont affaissées juste avant lorsque j'ai élevé la voix. Je l'entends aussi à sa voix, de plus en plus inégale, celle d'un homme agacé. Il est à bout de nerfs, je le sens. Il n'en manque pas beaucoup pour qu'il craque. Je me demande comment il va gérer ça.

À quelques pas du bureau de Mme Le Grapier, abruptement, je balance à l'intention de Garin derrière moi la suite de notre conversation afin de vérifier quelque chose :

« Garin ! Vous avez dit que c'est suite à votre appel que vous avez su que M. Moriyama était entre nos murs. Expliquez ! »

À mon étonnement, ce dernier me répond cette fois-ci sans signe d'hésitation :

« Lors de mon échange avec M. Deschamps, j'ai entendu la voix de Takeshi-san. Son accent est plutôt reconnaissable. »

Un bref silence. J'entends Soussa continuer de traduire les paroles à la jeune fille avant que Julien enchaîne.

« Je me doutais que le numéro qui tentait de m'appeler hier soir était sûrement l'ambassade. » Il a donc sciemment refusé de répondre et il a choisi de rappeler seulement ce matin ? « J'ai donc pensé au début que c'était grâce à Takeshi que vous aviez eu mon numéro car je le lui avais laissé avant que l'on se quitte hier. Mais, maintenant que je vous vois, je me doute que c'est vous qui avez communiqué mon numéro. »

Je perçois pourtant dans sa voix un agacement croissant et une sorte d'amertume qu'il n'avait pas au début. Ou d'effronterie peut-être ? Ou bien les deux ? Je ne saurais dire avec exactitude.

Une chose est sûre, c'est une façon de parler qui ne plaît pas. Reste à savoir si c'est délibéré. En revanche, malgré un état psychologique visiblement instable, il semble toujours en capacité de réfléchir.

Je ne rajoute rien de plus. Satisfait.

Je mets ma main sur la poignée de porte du bureau de l'ambassadrice.

Lexique :

Baka — Terme japonais signifiant « idiot », « imbécile » ou « stupide ». Utilisé comme insulte légère ou expression d'exaspération, notamment chez les jeunes. Peut être affectueux selon le contexte et le ton employé.

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