Et puis, au fond, ne reste qu’à regarder dedans
DÉCOR URBAIN
Une avenue.
Goudron lisse, peinture rafraîchie le mois dernier, les bouches d’égouts en peine au passage des citadins pressés. Sur un côté, s’essouffle en sens unique, une comme tant d’autres, la voie résidentielle.
La ruelle ; présentement, celle qui nous intéresse. Des maisons alignées, donc. Alignées comme le veut le plan d’urbanisme. Bien faites et entretenues, aux jardins ébaudissant dont l’ombre des feuillus regrette de s’imposer aux brins d’herbe raccourcis. On y passe de l’une à l’autre, soumis à l’ordre que le code exige, aussi s’essayer à l’inverse n’écueille qu’amendes juteuses.
Une échappée de pavés d’antan s’enfonce vers le fond des fourrés que le goudron a oublié. Un taillis de ronce, un mur piquant. Qui sait qu’un vieux puits hantise l’entrée sauvage ? L’habitant d’avant. Et celui d’après, probablement.
À nouveau des maisons alignées. Bien faites et entretenues, aux jardins ébaudissant dont l’ombre des feuillus regrette de s’imposer aux brins d’herbe raccourcis. Règle oblige, on y passe de l’une à l’autre, soumis à l’ordre que le code exige, aussi s’essayer à l’inverse n’écueille qu’amendes juteuses. Sur un côté et d’un souffle, comme avec les autres ailleurs, on se presse la bouche ouverte, on évite d’étirer la peinture fraîche sur le goudron lisse. Retour sur l’avenue.
DES CORPS CITADINS
Le jardin s’étend en retenue docile. Rien ne dépasse. Sinon la patience des cerisiers, disposés selon un accord tacite que nul plan n’avait formalisé. Ils occupent sans envahir. Trompeurs les troncs pâles, striés de cicatrices anciennes, s'élèvent avec l’assertion succincte propre aux sciés qui savent le temps long. Au printemps, ils consentent à fleurir le rose au pâle, si clair qu’exister effleure l’envie de caresser l’herbe en romance. Se laisser hâler, halés par le vent passant de bise en bise, et ainsi, les ombres aussi ne longent jamais pleines les dessins que personne ne songe jamais suivre.
Sauf, de la maison, à peine et seulement, où chaque chose ombrage assez longtemps pour être remarquée avant de sombrer. À l’orchidée, s’effiliette et fane, douairière du caveau depuis que son reflet prend avance sur ses gestes. À l’heure qu'il est, la silhouette fâne derrière les carreaux.
Rien ne manque, rien n’a été déplacé. Conforme à la veille, la cuisine accueille la lumière sans sourcille. Une tasse repose sur le plan de travail. Vide. À côté, le sachet de thé demeure attaché à son fil de papier, encore sec. La trace circulaire sous la porcelaine, or, mouille déjà le bois sans bavure, appliquée, nette. Assez ancienne pour avoir séché. Assez récente pour ne pas avoir été oubliée.
Et le temps cesse, et puis les traits passent. L’amour comme les étoiles jamais ne s’efface.
Demain, la jolie fleur ira voir l’herbe des autres carrés.

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