Deuxième round

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Perdu dans le noir, j’erre. Puis j’y vois une lumière qui m’aveugle. De celle-ci, cette à peine, si je vis ce bras aussi long qu’un python se rapprocher de moi insidieusement. De cette lueur s’extirpa une forme, dont l’origine me fit aussitôt repenser à la créature de mon précédent cauchemar, sauf que cette fois, elle possède des bras à la forme de serpents gluants et visqueux, comme de la bave de crapaud. Je voulus fuir. Réveille-toi, me dis-je. Mais rien à faire, j’étais comme figé par sa vile présence. Puis, je distinguai, à l’intérieur de ses orbites, des billes de la taille de berlons colorées d’un rouge écarlate. Je voulus affronter ma peur et avancer pour lui envoyer un coup bien placé. Mais rien à faire encore, j’étais comme hypnotisé, médusé par son regard rempli de haine et de vice. J’essayai de me défaire de son étreinte, de son emprise. Mais je ne parvenais pas, car elle était bien trop forte, bien trop maléfique. Quand, cette forme horrible se rapprocha, je ressentis, soudain, l’odeur fétide de cette vieille crasseuse s’infiltrer dans mes narines et je sentis alors, qu’elle voulait plus : s’emparer de mon âme. Je mis alors à paniquer et je voulu prier, crier à l’aider, mais aucun son ne put sortir de ma bouche. Quand un bip résonna à plusieurs reprises comme pour m’aider à fuir.

J’ouvris les yeux et me relevai de mon canapé, en nage et en stress. Enfin et dès que j’eus compris que j’étais réveillé, je fus soulagé. Face à moi se déroulait sur l’écran de télé la vieille version du clown. Putain de Ça de merde ! me suis-je-dis ! Puis, j’attendis de nouveau ce bip et je vis le O5. Les condés ?! Mais non, quelle heure il est ? 15 h 15. Je pris ma sacoche et je partis aussitôt en direction du Bouscat.

Perdu dans mes pensées, je roulais avec en tête l’image de cette Monstresse. Face à moi le feu était rouge. Je serre les dents comme le font les hommes forts et je balaye cette femme démoniaque de mes pensées, en accélérant au vert, faisant crisser les pneus. Je passe devant l’autoécole, Tivoli. Cela me fait repenser à la journée où j’ai passé mon permis et où je l’ai eu. J’avais conduit comme une vieille mamie stressée en tenant ferme mon volant.

Je me rappelle encore la tête de l’inspecteur, un motard bedonnant au crâne chauve, et il me l’a validé. Merci Davidson. Puis, je regarde mon compteur et je donne un bon coup de frein, car ma vitesse est de vingt kilomètres par heure au-dessus de la moyenne et hop, un bon coup frein. Peu de temps après, je vois un jeune en vélo me passer presque sous le nez. Comment dire, je ralentis et le laisse passer.

Ouf ! Je l’ai échappé belle ! Merci, Tivoli ! Enfin, devant la gendarmerie, j’arrête le contact, tire le frein à main et j’ouvre la portière qui grince maintenant comme une vieille porte. À peine posé le pied au sol que je la vois, l’adjudante. Elle me sourit. Je me dis à ce moment que cela ne devait pas être trop grave. Donc, je lui rends, même si je crois qu’il ressemblait plus à un rictus qu’à un sourire. Enfin et je m’approche d’elle :

— Rebonjour ! Alors, on oublie l’heure ?

Je lui répondis d’un ton franc et direct.

— Je me suis endormi !

— Je m’en suis doutée, c’est pour cela que je vous ai appelé.

Je me suis, soudain, détendu, alors que je déteste les gendarmes hommes ou femmes, peu importe. Mais elle, c’est bizarre ! Enfin, je rentrai dans le poste. La porte se ferme, m’enfermant avec elle dans le poulailler.

La porte de la gendarmerie s’ouvre.

— Au revoir, monsieur Saad et faites attention à vous !

— Ouais, ouais, merci ! Au revoir.

Je marche vers ma Ford en soufflant : finalement, ce n’était trois fois rien, simple formalité. Je regarde mon téléphone, seize heures. Tiens, je vais passer chez Miguel, histoire de changer ! Et puis, cela me fera pas mal de boire un pot entre amis ! Car aujourd’hui, entre le nez cassé et les flics, j’ai besoin de décompresser. Je roule, direction Mérignac. Et cette fois-ci, étrangement, je me sens mieux, moins nerveux, moins colérique et agressif sur la route. De toute manière, j’ai le temps, car il ne termine son travail qu’à partir de dix-sept heure trente.

Enfin devant sa porte, je sonne. Je patiente un peu et je re-sonne en me disant : j’aurais peut-être dû l’appeler avant. Bon, finalement, je repasserai et pas à l’improviste. Je descends donc, de son immeuble et repars. Je regarde l’heure sur mon téléphone qui affiche : dix-sept heure quarante-cinq. Bon, j’en assez, je rentre. Et puis, j’ai faim, tant pis pour le café et de toute manière, j’en ai chez moi. De nouveau dans ma Ford, je me retrouve encore devant un feu rouge. J’attends et je vois sur le trottoir d’en face une vieille mamie dont les cheveux gris sont coiffés comme ceux de la reine mère, en train de trainer son cabas rempli de courses.

À cet instant, je me suis mis à penser à ma grand-mère. Paix à son âme, me dis-je. Puis le feu passe au vert et je tourne à gauche. Je déteste les heures de pointe, et je recommence à jurer de plus belle. Enfin, ce n’est qu’à la Place Florale que je parviens à me défaire de la circulation, derrière un bus ou il y a marqué en chiffres : 35. Comment dire, je souffle, car il était lent. Mais je reste patient, serre le volant et modère mon allure. Enfin, je parviens par je ne sais quel moyen chez moi sans avoir eu à forcer le passage.

Cela me fait penser que la prochaine fois, je ne mettrais pas la charrue avant les bœufs et prévoirai davantage au lieu d’improviser. Je m’affale sur le canapé tout en me disant. « Putain de vie ! » Et pour couronner le tout, je n’ai plus faim. Je prends la télécommande, allume mon petit écran plat et, je zappe machinalement, comme si j’étais en train de zapper ma propre vie. Quand, je tombe sur une chaine de musique où un vieux son me replonge dans de vieux souvenirs.

La isla Bonita

Blonde presque platine, coiffée court, mais stylé pour l’époque. Je me souvienais d’elle. Une fille dont je n’arrivais jamais à me rappeler le nom. Une ex, enfin presque disons que notre flirte n’avait duré qu’une petite soirée. J’avais posé mes mains sur sa poitrine. Cette époque où j’étais bien trop peu affirmé pour en jouir… Qu’importe !

Je regardais le clip de Madonna à essayer de reconstruire mes souvenirs même si fort lointains. Il faut croire que j’aimais tellement zapper que j’en étais réduit à repenser ma propre vie. Dans cette soirée, j’avais bien fumé et aussi bien bu. Dommage, car j’avais bien peur d’en avoir perdu le meilleur. Enfin et quand je voyais Madonna se dandiner dans sa robe rouge dans une ruelle de clochards qui je pense avait dû être payé pour céder leur place à la belle, je regardais mon téléphone pour chercher une échappatoire à mon célibat. Je fis défiler les contacts, mais je n’y voyais rien.

Etais-je vraiment tombé bien bas pour faire de tels cauchemars ? Quoiqu’il en soit, je pose mon portable sur la table basse écœuré et songe même à vouloir partir loin. Très loin de ce monde, peut-être que de l’autre côté il y aurait quelqu’un pour me tendre la main. Puis, je vis le jour décliner dans mon studio exposé plein nord. Comment dire ? J’avais eu un coup de blues, le genre à vous faire déplier le canapé pour s’allonger et fuir cette réalité. Le tout bercé par une chaine où il s’exprimait de vieux Hits que j’avais refoulé dans mon inconscient depuis bien trop longtemps. Puis avant de dormir j’avais eu une pensée : pourquoi ne pas m’inscrire sur un site de rencontre ? Je m’endormis avec cette idée qui avant de sombrer me semblait ridicule.

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