Troisième Round
Je m’envolais vers un monde dont la gravité n’avait de sens. Disons que le sol c’est le ciel. Donc je marchais dans le ciel dont la couleur marine me faisait penser que j'étais dans l’océan, mais sans eau. Je relevais la tête et revis cette fille de mon adolescence sur le toit d’un gratte-ciel qui me faisait un signe de la main en criant mon nom. Comment devais-je interpréter cela ? Comme un : Coucou, je suis là ? Ou plutôt comme un : Viens me chercher ? Ou encore : Sale connard, tu aurais dû me la mettre !
Je fus si troublé par ma propre pensée que je l’ignorasse. Puis une porte me fit soudain face. Au travers de l’encadrement j’avais vu du jour brillant, très brillant. Je me vis tourner la poignée et me faire aspirer par un autre monde plus loufoque que le premier. Disons qu’à côté Picasso c’était un rigolo, je dirais même que c’est un joueur de Duplo tant les formes étaient difformes et abstraites de leur sens véritable.
Je m’approchai d’un gros œil avec des cils proéminents qui m’avaient semblé être des bras et dont les doigts s’agitaient comme pour palper de gros nichons tout en me fixant comme un pervers sexuel. Puis, sans comprendre pourquoi, je me retrouvai devant et dans le reflet de sa pupille dilatée par l’excitation se former la vielle crasseuse qui s’était mise à rire à gorge déployée. Elle se moquait de moi comme si c’était moi le plus ridicule de nous deux.
J’avais tenté de la faire taire, mais ce fut impossible car les mains commencèrent à vouloir me peloter, à vouloir s’emparer de moi et j’entendis le timbre d’une voix robotisée résonner au loin. J’ouvris les paupières. Je fus miraculeusement sauvé d’un viol insidieux par le groupe Daft Punk dont les personnages défilaient en file indienne sur un plateau surélevé. J’étais resté allongé à cogiter devant cette boucle sans fin. Ce ne fut que plus tard, au petit matin, que je me suis défait de cet horrible rêve. Enfin décidé et déterminé en découdre avec cette démone, j’avais ouvert mon ordinateur qui prenait la poussière sur mon bureau et en voyant l’écran s’allumer, j’avais pensé haut et fort : "J’t’emmerde salope ! Tu vas voir qui de nous deux est le plus ridicule !"
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D’après la photo, elle était superbe. Elle avait même failli faire rougir ma peau mate, alors autant dire que ce n'était pas la fille de mes souvenirs. Direction place Gambetta, fait chier, à onze heures c’est toujours noir de monde. Tant pis, je me garai non loin d’un garage Renault à côté d’un hôtel dont les étoiles me font penser aux superstars tel que Black Yead Peas. Enfin et c’était toujours comme ça que je voyais les étoiles. Donc, je sortis mes écouteurs pour faire honneur à ce groupe en les écoutant et j’avançai en cadence en essayant de ne pas croiser le regarde des passants au risque de les fusiller car ce matin j'étais très nerveux, plus encore angoissé en espérant que tout allait bien se passer.
Je n’aimais pas attendre, cela me fait penser qu'étais un malade ou souffrant comme les nombreux autres qui n’avaient pas eu la chance d’avoir faire part de prudence en se brisant un os comme le tibia ou le bras ou encore comme le père dont j'avais fracturé le nez hier. D’ailleurs à cet instant, je regrette le pauvre, faudrait que je pense à m’en délivrer. Il apparait soudain dans mes pensées une autre histoire le temps que madame Fort se libère. Car mon père aimait me donner de bonnes corrections et ma mère à réussie a force de persuasion à lui faire voir une psy, mais il faut croire que cela ne lui avait pas réussi parce qu’il l’avait quitté avec. Fort heureusement pour moi, je n’avais pas de femme.
Mais avais-je vraiment le choix ? Je ne voulais plus faire marche arrière et je ne voulais plus faire ces horribles cauchemars qui me privaient de mon bonheur, mais je préférais de loin faire parler ma langue que mes poings, même si la gendarme était mignonne, je ne voulais pas la revoir et encore moins ses collègues. Alors je serais les poings et j’attendis en essayant de ne pas faire trembler ma jambe. Je n’avais pas envie que cette femme me prenne pour un toxicomane. Donc, je m'étais vu faire des trucs que j’aimais je n’aurais fait auparavant, c’est-à-dire respirer comme les femmes enceintes. Donc quand j’entendis des bruits pas se rapprocher de la porte du bureau, j’avais cessé aussitôt de respirer en baissant la tête. Et quand la porte s’ouvrit, je n’avais plus eu d’air, j’avais toujours été nul en apnée alors quand je m'étais mis à souffler cela ressemblait plus à sifflement tant j’avais contracté mes lèvres.
— Bonjour, me fit-elle avec un accent espagnol.
Je relève la tête et quand j’avais croisé ses prunelles j’avais de suite été foudroyé et j'avoue que cela ne m’était pas arrivé depuis mes vingt ans.
This love
Je crois qu’à ce moment, j’avais remonté le temps soit d’au moins quatre-mille-sept-cents nuits. J’étais dans une petite fête communautaire, il y avait foule. Je me rappelle y avoir été avec ma sœur et ma mère. Maman n’arrêtait pas de râler enfin surtout pendant le trajet de l’aller, mais étrangement au retour non. Enfin, cela devait être parce que ma sœur dormait.

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