CHAPITRE 3
NAÏSSA
La journée touche enfin à sa fin.
Il est un peu plus de quinze heures lorsque nous franchissons les grilles de l'université. La lumière de l'après-midi s'est adoucie, enveloppant le campus d'une chaleur dorée presque agréable. L'air est encore chargé de poussière et de chaleur, et les voix des étudiants se mêlent dans un brouhaha constant fait de rires, de discussions et de moteurs qui démarrent déjà au loin.
Nous marchons toutes les quatre en direction du parking, nos pas synchronisés sans vraiment y penser. Comme toujours, les conversations reprennent naturellement, légères, presque insouciantes après une longue journée de cours.
Melissa soupire en ajustant son sac sur son épaule, visiblement épuisée.
— Franchement, cette semaine commence mal... je suis déjà fatiguée.
Fanta lâche un petit rire en secouant la tête.
— On est Mardi seulement, respire un peu.
— Justement ! Si je suis comme ça aujourd'hui, vendredi je serai morte.
Alya intervient immédiatement, avec cette énergie qui ne la quitte jamais vraiment.
— Bon, en parlant de vendredi... on sort.
Sa phrase est lancée comme une évidence, presque comme un ordre.
Je tourne légèrement la tête vers elle, intriguée.
— On sort où ?
— Dans un vrai endroit. Un truc chic, pas vos petites soirées improvisées.
Melissa lève les yeux au ciel en souriant.
— Madame veut du standing maintenant.
Fanta renchérit, amusée :
— Faut que ça bouge. Je veux danser. Je m'en fiche tant que je danse.
Je les observe en silence quelques secondes, un léger sourire au coin des lèvres.
— Je verrai si je peux me libérer, dis-je finalement.
Alya me lance un regard insistant.
— Tu vas te libérer.
Je ne réponds pas.
Mais au fond de moi... je sais déjà.
Nous arrivons dans le parking.
La chaleur du bitume remonte immédiatement, plus lourde, presque étouffante. Les voitures brillent sous le soleil, certaines imposantes, d'autres plus modestes. Les portières claquent, les moteurs ronronnent, et l'espace résonne d'un mélange de sons métalliques et de conversations animées.
C'est là que je la vois.
Mon regard s'arrête. Mon pas ralentit légèrement.
Marissa.
Bien sûr.
Comme si cette journée n'était pas encore assez longue.
Adossée à une voiture, entourée de deux filles, elle discute avec une nonchalance calculée. Mais dès que ses yeux croisent les miens, je comprends immédiatement.
Elle m'a vue.
Et elle ne compte pas m'éviter.
Un soupir silencieux traverse mon esprit.
Pas aujourd'hui...Mais évidemment.
Il faut toujours que je tombe sur elle. Elle se redresse. Et elle avance vers nous.
Je sens mon corps se tendre sans même m'en rendre compte. Cette réaction est devenue presque instinctive avec le temps. Marissa... c'est le genre de personne qui laisse une trace. Une mauvaise. Persistante.
On se connaît depuis toujours. Nous avons fait les mêmes écoles, les mêmes classes parfois, les mêmes couloirs. Et à chaque étape, elle trouvait un moyen de me provoquer, de m'humilier, de me pousser à bout. Les mots, les regards, les remarques... et parfois même les mains.
On ne s'est jamais supportées.
Et ça n'a jamais changé.
Elle se détache de la voiture et avance vers nous avec cette assurance arrogante qui la caractérise. Son sourire est déjà en place, faux, calculé, presque irritant.
Elle s'arrête devant moi.
Son regard me parcourt lentement, de haut en bas, sans aucune discrétion.
— Tiens... Naïssa.
Sa voix est douce. Trop douce.
Je la fixe, sans sourire. Je la regarde simplement. Froidement.
— Marissa.
Le silence s'installe aussitôt, lourd, palpable. Mes amies cessent presque de respirer à côté de moi, conscientes que quelque chose est en train de se jouer.
Elle croise les bras, penche légèrement la tête.
— Toujours aussi... visible à ce que je vois.
Je laisse passer une seconde. Je penche légèrement la tête.
Puis je réponds, calmement :
— Et toi toujours aussi concentrée sur moi.
Un léger rire nerveux s'échappe derrière moi, mais je ne détourne pas les yeux.
Le sien se durcit légèrement.
— Disons que c'est difficile de ne pas remarquer quelqu'un dont tout le monde parle.
Je sens le sous-entendu glisser dans ses mots.
Je le reconnais. Je le connais. Je l'accepte même.
Un sourire étire lentement mes lèvres.
— Je préfère ça... à être totalement insignifiante.
Son regard vacille une fraction de seconde. C'est léger. Mais suffisant.
Elle fait un pas de plus vers moi, réduisant la distance entre nous.
— Certaines réputations ne sont pas enviables.
Sa voix s'est légèrement durcie.
Je penche la tête, l'observant avec une lenteur calculée.
—Pourtant... certaines personnes donneraient tout pour être à ma place.
Je marque une pause. Puis je m'approche à mon tour.
Et cette fois, je frappe.
— Surtout quand on parle de récupérer ce que d'autres ont perdu.
Elle fronce les sourcils, immédiatement sur la défensive.
— De quoi tu parles ?
Je la regarde droit dans les yeux. Je sais exactement où frapper. Et je n'hésite pas.
— Ilyass.
Le silence tombe brutalement. Je vois son visage se figer, juste une seconde.
Une seconde de trop.
— Ah... lui.
Elle essaie de rester détachée. Mais moi, j'ai déjà gagné.
Je m'approche encore légèrement, ma voix devenant plus basse, plus intime.
— Il va très bien, d'ailleurs.
Ses doigts se crispent imperceptiblement contre ses bras.
Je le vois. Je continue.
— Tu sais ce qui est intéressant ?
Elle ne répond pas.
Elle attend.
— C'est qu'il n'a jamais été aussi... accro.
Ses mâchoires se serrent. La colère monte. Réelle. Visible.
— Fais attention, Naïssa. Fais attention à ce que tu dis.
Mais je ne m'arrête pas.
— Il me veut tout le temps... je murmure presque. C'est devenu... épuisant.
Son regard s'embrase. Ses mâchoires se serrent. Je vois la colère monter. La vraie. Pas celle qu'elle joue mais celle qui brûle.
— T'es vraiment pathétique. Lance t-elle colérique.
Je souris. Lentement.
— Peut-être.
Je me penche légèrement vers elle.
— Mais c'est avec moi qu'il est maintenant.
Le silence devient lourd. Presque étouffant. Même l'air semble suspendu entre nous.
Je sens mon cœur battre plus vite, l'adrénaline circuler dans mes veines, familière, presque grisante. Ce genre d'affrontement... je le connais. Je sais comment ça fonctionne. Où appuyer. Quand s'arrêter.
Et surtout...Je sais que j'ai touché juste.
Marissa me fixe encore quelques secondes, le regard chargé de haine contenue. Puis elle recule légèrement, comme si elle reprenait le contrôle de la situation.
— Profite... finit-elle par dire d'une voix basse. Ça ne dure jamais.
Je hausse doucement les épaules.
— On verra.
Je ne lui laisse pas le temps de répondre davantage.
Je me détourne.
— On y va.
Mes amies me suivent immédiatement. Je marche sans me retourner.
Mais à l'intérieur... Tout est encore en mouvement.
La colère. La satisfaction.
Et cette certitude étrange, presque instinctive... Que cette histoire entre elle et moi...Est loin d'être terminée.
Le silence nous accompagne quelques secondes après que nous nous soyons éloignées de Marissa. Un silence étrange, chargé, encore imprégné de la tension de l'instant. Le bruit du parking revient progressivement autour de nous — moteurs qui démarrent, portières qui claquent, voix qui s'élèvent — mais dans notre petit cercle, quelque chose reste suspendu.
Fanta est la première à briser ce calme.
Elle laisse échapper un souffle agacé, passant une main dans ses cheveux avant de secouer la tête avec une expression mêlant dégoût et incompréhension.
— Franchement... je me demande encore comment mon frère a pu sortir avec une fille pareille.
Sa voix est sincère, presque outrée. Elle jette un regard dans la direction où Marissa se trouvait encore quelques secondes plus tôt, comme si rien que le fait d'y penser la dérangeait.
Melissa réagit immédiatement, sans même cacher son exaspération.
— Non mais elle est insupportable cette fille. Depuis tout à l'heure, j'ai envie de lui dire ses quatre vérités.
Je laisse échapper un léger souffle, croisant brièvement les bras.
— Elle n'a pas changé, dis-je calmement. Toujours aussi... toxique.
Le mot reste en suspens un instant.
Puis j'ajoute, sans détour :
— Je la déteste.
Le silence revient, mais cette fois plus léger, presque complice. Elles savent. Elles ont vu. Elles ont compris.
Alya penche légèrement la tête, un petit sourire en coin.
— En tout cas... tu l'as bien remise à sa place.
Je hausse légèrement les épaules, comme si ce n'était rien.
— Elle l'a cherché.
Fanta laisse échapper un petit rire, encore un peu tendu mais amusé malgré tout.
— Le coup de "il est accro"... franchement Naïssa...
Elle secoue la tête en souriant.
— T'as été violente.
Un léger sourire étire mes lèvres.
— J'ai juste dit la vérité.
Melissa éclate de rire.
— Ah ça... pour le coup, elle ne s'en remettra pas tout de suite.
Je ne réponds pas, mais au fond de moi, je sais qu'elle a raison. J'ai vu son regard. Cette seconde de trop. Celle qui trahit tout.
Et ça...C'est le genre de victoire que je n'oublie pas.
Le moment se dissipe doucement. La tension laisse place à quelque chose de plus léger. Plus habituel.
Fanta sort ses clés de voiture.
— Bon... moi je file. J'ai un truc à faire avant de rentrer.
Melissa fait de même, en soupirant.
— Pareil, je suis morte.
Alya ouvre déjà sa voiture. Je les regarde tour à tour.
— À demain.
— À demain, répond Melissa en me lançant un petit sourire.
Fanta s'approche de moi une seconde et me lance, à mi-voix :
— Fais attention quand même.
Je la regarde, intriguée.
Elle ne développe pas.
Elle se contente de hausser légèrement les épaules avant de se détourner.
— Allez, salut.
Elle monte dans sa voiture.
Melissa aussi.
Les moteurs démarrent presque en même temps, et en quelques secondes, elles quittent le parking, chacune dans une direction différente.
Il ne reste plus qu'Alya et moi.
Je me tourne vers elle.
— Tu me déposes ?
Elle sourit.
— Évidemment.
Je contourne la voiture et m'installe côté passager. L'intérieur est propre, élégant, avec cette odeur légère de parfum qui lui ressemble.
La portière se referme. Le monde extérieur devient plus lointain.
Elle démarre. Et la voiture quitte doucement le parking, nous emportant loin de cette journée...
Mais pas de tout ce qu'elle a laissé derrière elle.
...
La voiture d'Alya s'arrête doucement devant le Sea Plaza. Le moteur s'éteint, et un court silence s'installe avant que je ne détache ma ceinture. Le bâtiment se dresse devant nous, imposant et brillant sous la lumière de l'après-midi, ses vitres reflétant le mouvement constant des passants. À cette heure, le centre commercial est encore vivant, animé, traversé par des silhouettes pressées et d'autres plus détendues.
Alya tourne la tête vers moi avec un petit sourire.
— Bon courage.
Je souffle légèrement, déjà fatiguée avant même de commencer.
— Merci... je vais en avoir besoin.
Je descends de la voiture, referme la portière et lui fais un dernier signe de la main avant qu'elle ne reparte. L'air extérieur est chaud, presque lourd, mais je traverse rapidement l'entrée du centre commercial pour retrouver la fraîcheur intérieure.
Comme d'habitude, je prends l'ascenseur. Les portes s'ouvrent dans un léger son métallique et je m'y glisse seule. À l'intérieur, le silence est presque total, seulement perturbé par le bourdonnement doux de la descente. Les parois brillantes me renvoient mon reflet, et j'ajuste machinalement une mèche de cheveux, vérifie mon apparence, mon maintien.
Quand les portes s'ouvrent au rez-de-chaussée, je sors immédiatement.
Le couloir du centre commercial s'étend devant moi, large et lumineux, bordé de boutiques élégantes. L'air est frais, parfumé, et la musique d'ambiance flotte doucement au-dessus des voix. Je marche sans me presser, habituée à ce décor, habituée surtout aux regards.
Comme toujours, ils sont là.
Les hommes qui me suivent du regard, parfois trop longtemps. Les femmes qui observent avec une forme de jugement silencieux. Je n'y réagis plus. Je traverse simplement l'espace comme si tout cela était normal, comme si cela faisait partie du décor.
Je salue les employés que je croise d'un simple signe de tête.
— Bonjour.
— Bonjour Naïssa.
Les voix sont polies, mais les regards restent accrochés à moi quelques secondes de trop.
J'arrive enfin devant la boutique. Je pousse la porte et entre dans l'espace parfaitement agencé, où Viviane et Nafi sont déjà présentes. Elles lèvent la tête en même temps.
— Salut, dit Viviane.
— Enfin arrivée, bonjour Naïssa. Ajoute Nafi avec un petit sourire.
Je les rejoins au comptoir, déposant mes affaires avant de repartir brièvement vers la réserve pour ranger mon sac dans mon casier. Quand je reviens, Viviane est déjà en train de vérifier quelques documents tandis que Nafi termine une tâche sur l'ordinateur.
Aujourd'hui c'est Viviane que je relève. Elle finit par attraper son sac, fatiguée.
— Je vous laisse, j'ai fini pour aujourd'hui.
— Bonne soirée, réponds-je simplement.
— Bon courage, ajoute Nafi en souriant.
La porte se referme derrière elle et la boutique devient un peu plus calme.
Le silence est court.
Très court.
Parce que la porte s'ouvre à nouveau brusquement.
Et cette fois, l'atmosphère change immédiatement.
Madame Diack. La patronne entre.
Une femme d'une cinquantaine d'années, élégante et parfaitement soignée. Son allure est stricte, contrôlée, presque intimidante. Son tailleur est impeccable, ses bijoux discrets mais clairement coûteux, et sa présence impose un respect immédiat. Pourtant, son regard, lui, est froid.
Elle ne perd pas de temps. Elle s'avance directement vers le comptoir et pose des dossiers avec agacement.
— Qu'est-ce que c'est que ça ?
Sa voix claque dans la boutique.
Nafi et moi nous redressons instinctivement.
Elle ouvre les documents sans attendre, feuilletant rapidement les pages.
— Les chiffres ne correspondent pas. J'ai commandé un nombre précis de sacs Hermès et ce que je vois ici ne correspond absolument pas.
Nafi tente de répondre, mais elle est coupée immédiatement.
— Madame, nous avons enregistré exactement ce que nous avons reçu—
— Je ne veux pas d'explications inutiles.
Le silence tombe brutalement. Je reste droite. Calme.
Mais à l'intérieur... je sens déjà la tension monter.
Elle feuillette les papiers avec agacement.
— J'ai commandé un certain nombre de pièces. Ce que vous avez enregistré est inférieur. Où sont passés les autres ?
Son regard se pose sur moi.
Directement. Comme si j'étais la responsable évidente.
— Naïssa ?
Je soutiens son regard.
— Nous avons compté et enregistré uniquement ce qui a été livré, madame.
Ma voix est posée. Professionnelle.
Mais elle ne l'écoute déjà plus.
— C'est inadmissible ! s'emporte-t-elle en reposant violemment les feuilles sur le comptoir.
Le bruit résonne dans toute la boutique.
Je sens mon cœur accélérer légèrement.
Dans ma tête, tout est clair.
Ce n'est pas nous le problème. Ce sont les fournisseurs.
Mais je ne dis rien. Parce que je sais. Je sais que ça ne servira à rien.
— Vous êtes incapables de faire un simple inventaire correctement ! continue-t-elle, sa voix montant d'un cran.
Nafi baisse légèrement les yeux.
Moi, je reste immobile. Droite. Silencieuse.
Son regard se tourne vers nous, dur, accusateur.
Je reste calme, mais intérieurement, la tension monte. Je sais exactement ce qui s'est passé. Les livraisons ne correspondent pas à la commande initiale, mais ce n'est pas notre erreur. Nous avons simplement enregistré ce que nous avons reçu.
Je pourrais le dire. Mais cette femme n'écoute jamais rien.
La patronne continue de s'énerver, sa voix devenant plus forte, remplissant tout l'espace. Elle parle de manque de rigueur, d'incompétence, de responsabilités mal assumées. Chaque mot est plus dur que le précédent, et pourtant nous restons là, immobiles, à encaisser.
Je serre légèrement la mâchoire.
Pas parce que je ne comprends pas.
Mais parce que je comprends trop bien.
Elle ne cherche pas une explication. Elle cherche un responsable. Et nous sommes là.
Finalement, elle jette les documents sur le comptoir avec force.
— Réglez ça immédiatement.
Puis elle se détourne et quitte la boutique sans un mot de plus.
La porte se referme dans un claquement sec.
Et le silence retombe.
Comment sommes nous sensés régler ça ? Nous ne sommes que des vendeuses. Il n'est pas de notre ressort de vérifier la cargaison.
Je reste immobile quelques secondes, fixant encore les papiers comme si la réponse allait apparaître dessus. Puis je laisse échapper un souffle lent, presque fatigué. Mon corps se détend légèrement, mais ma tension intérieure, elle, ne redescend pas.
— Sérieusement... quelle journée.
Ma voix est basse, contrôlée, mais chargée.
Je me tourne légèrement vers Nafi.
— D'abord Marissa... et maintenant elle.
Je secoue légèrement la tête, le regard dur.
— C'est clairement la pire journée de ma vie.
Et pour la première fois depuis le début de la journée...Je n'ai même plus envie de sourire.
...
Il est déjà vingt heures passées quand la boutique finit enfin de se vider.
La fermeture officielle était prévue à vingt heures précises, mais une dernière vente a prolongé notre service de près de vingt minutes. Un client indécis, des essayages répétés, des conseils, des allers-retours... et finalement, une caisse à boucler dans la précipitation d'une fin de journée déjà trop longue.
L'air à l'intérieur de la boutique est devenu plus calme, presque vide de toute énergie. Les lumières sont plus froides maintenant, les surfaces brillent encore, mais tout semble déjà endormi.
Nous enchaînons les gestes mécaniques : fermeture des caisses, vérification des derniers tickets, rangement rapide du comptoir. Le cliquetis discret des tiroirs caisse, le bip des machines, puis le silence progressif qui reprend sa place.
Nafi éteint les dernières lampes une à une. La lumière baisse doucement, plongeant la boutique dans une ambiance plus feutrée, presque intime. Ensemble, nous vérifions une dernière fois que tout est en ordre avant de nous diriger vers la sortie.
L'ascenseur nous avale sans un mot. Le trajet est silencieux, marqué uniquement par la fatigue visible sur nos visages. Quand les portes s'ouvrent enfin, l'air extérieur du centre commercial nous enveloppe immédiatement.
Nous sortons.
La nuit est tombée.
Devant l'entrée, le parking est illuminé par les lampadaires, les reflets des voitures et les néons du centre commercial. L'atmosphère est plus calme, mais toujours vivante.
Et c'est là que je la vois.
Une BMW i7 M70 grise est garée juste devant l'entrée. Élégante, massive, parfaitement silencieuse même à l'arrêt. La carrosserie capte la lumière ambiante avec une brillance subtile, presque liquide. Tout dans cette voiture respire le luxe moderne, la puissance maîtrisée.
Nafi s'arrête net.
— Wow... c'est quoi cette voiture ?
Elle s'approche légèrement, fascinée.
— C'est une BMW ça ? C'est magnifique...
Je ne réponds pas. Je la reconnais déjà. Avant même qu'il ne sorte.
La portière conducteur s'ouvre.
Et Ilyass apparaît.
Je souffle immédiatement, à peine audible, plus par agacement que surprise.
— Il ne manquait plus que lui...
Il sort de la voiture avec une aisance naturelle. Grand, élégant, vêtu d'un ensemble blanc oversize parfaitement stylé, chemise fluide, pantalon assorti, chaussures impeccables. Sa montre capte la lumière dès qu'il ajuste son poignet. Tout en lui respire le luxe maîtrisé, sans effort apparent.
Nafi, elle, ne cache pas son admiration.
— Waouh... il est vraiment beau celui-là...
Je lui lance un regard rapide, presque fatigué.
— Oui oui, concentre-toi.
Ilyass ne tarde pas à nous repérer. Il s'avance vers nous sans hésitation, son regard directement fixé sur moi. Je n'ai même pas le temps de soupirer correctement qu'il est déjà devant moi.
Et avant que je ne dise quoi que ce soit, il m'attire contre lui.
Ses bras m'enveloppent immédiatement. Chaleur familière.
— Tu m'as manqué bébé, murmure-t-il.
Je reste un instant raide dans ses bras avant de relâcher légèrement la tension.
— Qu'est-ce que tu fais là ?
Il recule juste assez pour me regarder.
— Je suis venu te chercher pour qu'on sorte s'amuser.
Je fronce légèrement les sourcils.
— Je suis fatiguée.
Il sourit doucement, comme si ma fatigue ne changeait rien.
— Justement. Je vais te changer les idées.
Je détourne légèrement le regard, déjà lasse.
— Je n'ai pas vraiment envie de sortir.
Il ne insiste pas agressivement. Il baisse un peu la voix, plus doux.
— Alors je reste avec toi. On va juste... se détendre.
Un silence s'installe. Je le regarde quelques secondes.
Et finalement...Je soupire.
— D'accord.
Pas parce que je suis convaincue.
Mais parce que je n'ai plus l'énergie de discuter.
Je me tourne vers Nafi.
— Bonne soirée.
Elle sourit encore, un peu distraite.
— Bonne soirée... et amuse-toi bien hein !
Je ne réponds pas.
Ilyass attrape doucement ma main et m'entraîne avec lui vers la voiture.
Autour de nous, quelques employés du centre commercial sortent également. Certains ralentissent, observent discrètement la scène. La voiture, lui, moi, lui... tout attire les regards. Curieux. Silencieux. Intrusifs.
Mais je ne m'en occupe pas.
Je monte dans la BMW avec lui. La porte se referme. Et la nuit commence à nous engloutir.
La voiture traverse les rues de Dakar dans un silence confortable, avant de quitter progressivement l'agitation du centre pour rejoindre les Almadies. Plus on avance, plus l'air semble différent, plus ouvert, plus léger. La route longe bientôt le littoral, et l'océan apparaît par fragments entre les bâtiments.
Quand il se gare enfin devant l'immeuble, je reste une seconde immobile.
L'endroit est impressionnant.
Un grand bâtiment moderne, élancé, parfaitement éclairé, qui domine le quartier. Dix étages de verre et de béton élégant, avec une architecture qui respire le luxe discret mais assumé. Et tout en haut... le dernier niveau.
Le penthouse.
Je descends de la voiture et relève légèrement la tête.
— C'est vraiment... magnifique ici, dis-je simplement.
Ilyass me rejoint, clé en main.
— Tu dis ça à chaque fois que tu viens.
— Parce que c'est vrai.
Il sourit légèrement sans répondre, puis m'entraîne à l'intérieur.
L'ascenseur privé monte dans un silence presque irréel. Les chiffres défilent lentement, et je sens la ville s'éloigner à chaque étage. Quand les portes s'ouvrent enfin, nous arrivons directement dans le penthouse.
L'espace est immense.
Minimaliste mais luxueux, avec de grandes baies vitrées qui donnent une vue directe sur l'océan. La lumière de la ville se reflète sur l'eau au loin, créant un paysage presque irréel. Le salon est ouvert, moderne, dominé par des tons neutres, du bois clair et des touches de design haut de gamme. Tout est parfaitement rangé, parfaitement pensé.
Trop parfait, presque.
Nous nous installons dans le salon sans parler immédiatement. Ilyass va directement vers le meuble à boissons et sort une bouteille de vin rouge. Il la débouche avec calme, puis sert deux verres qu'il dépose sur la table basse.
Je m'assois sur le canapé, observant distraitement la vue à travers la vitre.
— Tu fais toujours des trucs aussi sophistiqués ? je demande avec un léger sourire.
— Seulement quand je reçois quelqu'un d'important.
Je tourne la tête vers lui.
— Et je suis quoi exactement ?
Il me tend un verre.
— Une distraction nécessaire.
Je lève légèrement les yeux au ciel en prenant le verre.
— Très flatteur.
Nous trinquons doucement.
Le vin est riche, légèrement amer, agréable. Le silence se détend peu à peu, laissant place à une conversation plus naturelle.
Il commence à parler de sa journée.
Son passage au siège de la banque familiale, les réunions, les décisions, les chiffres, les discussions avec les cadres. Sa voix est calme, posée, habituée à ce monde-là.
Je l'écoute à moitié, jouant légèrement avec mon verre.
— Et toi ? demande-t-il finalement.
Je soupire légèrement avant de répondre.
— Une journée catastrophique.
Il fronce légèrement les sourcils.
— À ce point ?
Je repose mon verre.
— Marissa.
Son regard change légèrement.
Je continue.
— Et ensuite ma patronne qui décide de me hurler dessus pour une erreur de stock qui n'est même pas de notre faute.
Je fais une pause.
— Donc oui... journée horrible.
Il ne répond pas immédiatement. Il me regarde simplement, silencieux.
Puis il se rapproche légèrement.
Son bras passe doucement derrière moi, sans brusquerie.
— Tu devrais arrêter de porter tout ça seule.
Je le regarde.
— Et faire quoi à la place ?
Son regard descend légèrement, puis revient au mien.
— Me laisser m'en occuper.
Je reste silencieuse quelques secondes.
L'atmosphère change subtilement. Plus lente. Plus dense.
Il se rapproche encore un peu.
Assez pour que je sente sa présence, son parfum, sa chaleur.
— Je suis là pour toi, Naïssa.
Sa voix est plus basse maintenant. Plus proche.
— Je peux te soulager de ça.
Je soutiens son regard.
Mon cœur bat un peu plus fort, sans que je le contrôle vraiment. Le vin, la fatigue, la journée... tout se mélange.
Je ne recule pas.
Il lève légèrement la main, effleure mon bras, puis mon épaule. Un geste lent, maîtrisé, qui ne force rien mais ne laisse pas vraiment d'espace non plus.
Et cette fois...Je ne l'arrête pas.
Nos visages se rapprochent naturellement, comme attirés par quelque chose de déjà installé entre nous depuis longtemps. La tension change, devient plus lourde, plus intime, presque inévitable.
Je ferme à moitié les yeux.
Et quand nos lèvres se rencontrent enfin...Tout le reste disparaît.
Le baiser s'intensifie lentement, sans brusquerie, comme s'il se construisait depuis des heures déjà. D'abord mesuré, presque hésitant, il devient plus profond, plus affirmé, jusqu'à effacer complètement la distance entre nous.
Je sens sa main glisser doucement dans mon dos, m'attirer un peu plus vers lui, sans violence, juste assez pour que tout mon corps réponde à ce mouvement. Le verre posé sur la table n'existe déjà plus dans mon esprit. Ni la ville. Ni la journée.
Il n'y a plus que lui.
Et cette sensation étrange... de fatigue qui s'efface progressivement.
Ses doigts remontent lentement, frôlant ma peau à travers le tissu, dessinant une présence rassurante et insistante à la fois. Je ne recule pas. Je ne l'arrête pas.
Au contraire.
Nos respirations se mêlent, plus courtes, plus irrégulières. Il interrompt à peine le baiser pour me regarder, comme s'il cherchait une réponse dans mon silence. Je ne parle pas. Je n'ai rien à dire à cet instant précis.
Je me contente de le regarder à mon tour.
Et c'est suffisant.
Il se lève doucement, m'attirant avec lui sans précipitation. Je le suis, instinctivement, presque sans réfléchir. La pièce semble plus silencieuse encore maintenant, comme si tout l'appartement retenait son souffle.
Ses gestes restent contrôlés, mais de plus en plus proches, de plus en plus assumés. Il effleure mon visage, descend légèrement vers mon cou, puis revient à mon regard, comme s'il attendait encore une confirmation silencieuse.
Je la lui donne sans mots.
Le reste du monde disparaît complètement derrière les grandes baies vitrées du salon. La ville, la mer, les lumières au loin... tout devient flou, secondaire.
Il me guide doucement hors du salon, sans précipitation, et la porte de la chambre principale se referme lentement derrière nous.
Le silence devient total.
Ses lèvres retrouvent les miennes sans attendre. Ensemble, on se laisse tomber sur le lit. Ses caresses s'intensifient. Il fait glisser sa main le long de mon corps jusqu'à ma taille. Saisissant le bout de mon top avant de le faire relever vers ma tête.
Ma poitrine s'offre à lui comme sur un plateau d'argent. Sa tête ne tarde pas à se frayer un chemin. Ses lèvres s'entourent autour de mon téton et prennent mon sein à pleine bouche.
Le gémissement qui m'échappe est lunaire. D'une douceur infinie sa main remonte ma jupe et se fraye un chemin entre mes cuisses. Il les ouvrent lentement pendant que je défais les boutons de sa chemise.
Quand la chemise s'ouvre progressivement, la lumière de la pièce accroche les lignes de son torse, révélant une silhouette harmonieuse, athlétique, marquée par ses muscles et ses abdominaux parfaitement alignés comme une tablette de chocolat. Rien d'exagéré, juste cette impression de force maîtrisée, de présence physique qui impose naturellement le silence autour de lui.
Mon regard s'y attarde une seconde de trop, avant de revenir à son visage. Lui, il me regarde déjà, comme s'il observait une merveille du monde.
Je vois le désir qui brule dans ses yeux. Ilyass me domine, moulant son corps contre le mien et plaquant ma poitrine contre son torse. Ma respiration se fait saccadée alors qu'une chaleur m'enveloppe, sa main parcourant ma jambe remontant vers le haut.
J'aime la sensation de l'avoir contre moi. La douceur de mon corps épousant les parties dures du sien. C'est... agréable. Plaisant.
Sa main continue de glisser sur moi jusqu'à atteindre mon sexe. Il effleure mon string en capturant à nouveau mes lèvres dans les siennes.
Je gémis dans sa bouche, désirant plus et approfondissant le baiser, écartant les jambes pour lui laisser libre accès. Il grogne, perdant toute retenue. Sa main se fait plus insistante en me caressant le clitoris avec une lenteur insupportable.
Je tremble en gémissant contre sa bouche. Ses lèvres quittent les miennes et viennent se poser au niveau de mon cou.
—Ta voix est tellement sexy putain ! Grogne t-il de sa voix rauque tout près de mon oreille.
Sa main glisse sous mon string, ses doigts descendant plus bas jusqu'à ce que l'extrémité de son majeur plonge en moi.
Ma vue se brouille et je laisse un cri de plaisir m'échapper sans retenue.
Il grogne encore une fois contre mon oreille. Je n'ai pas le temps de me remettre de cet émotion qu'un second doigt s'enfonce en moi.
Instantanément, j'ondule mes hanches me frottant à ses doigts. Il les retire jusqu'à la fin avant de les enfoncer de nouveau en moi.
Le mouvement se répète encore et encore. Il me baise avec ses doigts. Une frénésie bouleversante m'anime le corps. Mes ongles se plantent dans la peau de son dos massif.
Des gémissements rauques, longues jaillissent de ma gorge.
—Tu es toute mouillée. J'ai envie de te goûter. Me murmure t-il à l'oreille.
Ses mots sont suivis d'un mouvement de recul. Il descend, sa tête se positionne entre mes cuisses et saisit mon clitoris à pleine bouche.
Je pousse un cri, le son de ma voix change de tonalité, alors qu'un immense plaisir me consume de l'intérieur. Je me frotte sans vergogne contre sa bouche. Sa langue semble vouloir avaler mon clitoris pendant que ses doigts s'enfoncent au plus profond de moi me laissant porter par des vagues sans fin.
Mon dos se crambe violemment. Ma tête se jette en arrière et mes yeux se révulsent de façon incontrôlée. J'ai l'impression d'avoir des étoiles autour de ma tête.
Je n'en peux plus.
—Ilyass ! Soufflais d'une voix à peine audible.
Ses yeux se lèvent sur moi. Sa respiration est lourde. Son regard brulant.
—Prends moi. J'ajoute haletante mais visiblement affamée pour plus.
Sans attendre, il se redresse doucement. Son pantalon se baisse dans le même mouvement.
Sa grosse verge pointe vers moi comme s'il attendait ce moment toute sa vie. Son pénis se frotte à mon intimité dans un mouvement sensuel calculé.
Une fois bien mouillé, il s'introduit en moi profondément.
Un son rauque sort du plus profond de sa gorge. Dans ce même temps un cri de douleur s'échappe de mes lèvres.
Je n'ai pas le temps de me plaindre. Il commence le mouvement de va et vient en moi. La douleur laisse rapidement place à du pure plaisir.
Le bonheur à l'état brute. Il se penche vers moi et plonge son regard dans le mien. Il enchaîne les coups de reins. Il est doux. Il est tendre. Il est sensuel.
Il est...
Orrhhh terriblement ennuyeux.
Le problème avec Ilyass c'est qu'il est plus doué aux préliminaires qu'aux rapports sexuels.
Il est affectueux, délicat beaucoup trop attentionné. Beaucoup trop...Moue.
Mes envies me quittent presque instantanément.
Ah ! C'est pour ça que j'évite nos moments en solo. Il me chauffe trop pour ensuite ne pas me satisfaire.
C'est toujours le même schéma, toujours la même position. Toujours le même comportement.
Je dois encore faire semblant bordel.
—Ilyass ! Plus vite s'il te plaît. Soufflais-je en simulant un gémissement qui fait instantanément briller ses yeux.
Il sourit satisfait de la demande alors que j'ai juste hâte que ça se termine.
Evidemment il s'exécute. Il n'est pas brutal mais sa cadence s'améliore. Il prend mes lèvres dans les tiennes pendant que son sexe me percute avec douceur.
Je joue le jeu. Je fais semblant de hurler en l'encourageant à aller à aller plus vite.
Ce fut un allègement total de le voir se retirer de moi pour déverser sa semence sur ma cuisse.
Enfin !
Il me caresse tendrement le visage en déposant un bisou sur mon front. Son regard est rempli de fierté et d'amour.
Je lui adresse un léger sourire, encore suspendue dans cette bulle étrange où le temps semble s'être arrêté. Puis je me lève doucement, récupérant mes esprits, avant de me diriger vers la salle de bain.
L'air y est plus frais, plus calme. La lumière blanche tranche avec la chaleur du reste de l'appartement. Je ferme la porte derrière moi et reste un instant immobile, face au miroir. Mon reflet me regarde, différent. Plus apaisé... ou peut-être simplement ailleurs.
Je tourne le robinet, laissant l'eau couler quelques secondes avant d'y entrer. La chaleur me détend immédiatement, glissant sur ma peau, emportant avec elle les tensions accumulées de la journée. Marissa. La patronne. Les regards. Les remarques. Tout semble s'effacer lentement sous le bruit régulier de l'eau.
« J'aime l'amour fulgurant, impossible, au-dessus de tout, impitoyable, intransigeant. Je ne pardonne pas à l'amour qui compromise, qui s'arrange, qui descend sur terre et obéit aux lois idiotes de notre société. »
Katherine Pancol

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