La note du jour
Tu lis ces lignes, donc tu es en vie.
C’est une évidence si simple qu’elle en devient presque invisible. Pourtant, prends un instant : es-tu certain de comprendre ce que cela implique ?
Car être en vie, ce n’est pas seulement respirer. C’est aussi, nécessairement, être en train de mourir.
Ne détourne pas les yeux trop vite. Reste ici.
La mort n’est pas cet événement lointain que tu places à la fin de ton histoire, comme une conclusion gênante que l’on préfère ne pas écrire. Elle est déjà là, silencieuse, à l’œuvre dans chaque seconde qui passe.
Ainsi, tu vieillis pendant que tu lis. Tes cellules se transforment. Quelque chose en toi disparaît, pendant qu’autre chose apparaît.
Alors dis-moi : à quel moment exact commences-tu à mourir ?
Peut-être répondrais-tu : « plus tard ».
Mais ce “plus tard” n’est-il pas une invention commode pour protéger ton présent ?
René Descartes aurait douté de ce genre d’évidence. Il aurait posé la question autrement : que peux-tu affirmer avec certitude, ici et maintenant ? Certainement pas que la mort est éloignée. Seulement qu’elle est inévitable et déjà engagée.
Mais toi, qu’en fais-tu ?
Vis-tu comme si tu allais mourir, ou comme si cette idée ne te concernait pas encore ?
Ne réponds pas trop vite.
Observe ta manière d’attendre.
D’attendre un moment idéal, une version future de toi-même, une autorisation implicite d’exister pleinement.
Et si cette attente était une forme discrète de refus ?
Refus de voir que le temps ne s’accumule pas : il s’épuise.
Martin Heidegger parlait d’un être humain qui se fuit lui-même en évitant de penser sa fin. Non pas par lâcheté, mais par habitude. Ce qui veut dire qu’on remplit le silence, on s’occupe, on reporte.
Mais toi, ici maintenant, peux-tu rester quelques secondes sans fuir ?
Imagine que ta vie n’est pas une ligne infinie, mais une réserve limitée dont tu ignores la quantité restante. Chaque décision devient alors différente. Chaque hésitation prend un poids nouveau.
Ce n’est pas une menace mais une précision.
Car la mort ne vient pas seulement retirer la vie. Elle lui donne une forme.
Sans fin, il n’y aurait ni urgence, ni choix véritable, ni valeur accordée à l’instant. Tout pourrait être remis à plus tard, indéfiniment.
Alors, paradoxalement, ce que tu crains est peut-être ce qui rend tout le reste possible.
Mais attention : comprendre cela intellectuellement ne suffit pas.
La vraie question est ailleurs.
Si tu avais cette certitude absolue que ton temps est limité, qu’est-ce qui changerait réellement ?
Tes priorités ?, tes relations ?, ton rapport à toi-même ?, ou bien continuerais-tu exactement comme avant ?
Sois honnête. Le texte ne peut pas répondre à ta place. Il peut seulement te guider pour que tu sache que la mort n’est pas un sujet abstrait, c’est un miroir.
Et ce que tu y vois ne dépend pas d’elle, mais de toi.
Alors peut-être que le problème n’est pas la mort en elle-même. Mais la manière dont tu choisis ou refuses de vivre en sachant qu’elle existe.
Et maintenant que tu as lu jusqu’ici, tu ne peux plus dire que tu n’y avais pas pensé. La question reste ouverte :
Qu’est-ce que tu fais de ton temps, à partir de maintenant ?
Fred kenny fotso

Annotations
Versions