La fin du voyage
Je n’ai plus de mots que des restes de plainte, des échos lointains d’une vie éteinte.
J’écris dans la brume un testament fragile car demain déjà je ne serai qu’exil. J’ai tant
de fois tendu ma main vacillante, à des gens muets ou absents. J’ai poussé un cri de
détresse mais l’air ma rendu mon souffle en ivresse.
Qu’on sache au moins, si l’on garde mémoire. Que je fus vivant, traversé d’espoir. Que
j’ai connu l’aube, ses rayons dorées, puis les nuits sans fin où tout s’est brisé. Je
pardonne aux pierres qui m’ont fait tomber, au chemin sans fin qui m’ont égaré et aux
visages froids qui m’ont oublié, mais aussi pardonner moi autant !
Je laisse au silence mes songes détruits, à l’eau des rivières mes peurs inouïes, aux
flammes du temps, mes heures confondues. J’offre aux ténèbres ce qu’il reste de moi,
une âme tremblante, un souffle aux abois. Je n’ai plus de chaînes, je n’ai plus de clés.
Je n’ai que l’absence comme dernier souhait.
Si quelqu’un lumière encore se souvient, qu’elle sache qu’elle porte en elle le poids de
mes liens. Et si quelque main se tends vers l’abîme, qu’elle sache, en vain, que la
mienne s’incline. Ce n’est plus pour qu’on m’entende, mais pour qu’un jour, au bord
des cendres, un passant lise, dans mes mots cassés, le chant d’un être qui voulait
rester. Mais voici l’heure où tout s’efface, où le corps s’incline, où le temps me chasse.
Une étoile s’éteint, un regard se ferme, et je rends aux ombres ma dernière gerbe.
Alors je pars nu, mais presque apaisé, sans armes, sans cris cette fois ci, sans force
même pour lutter, sans rien. Un adieu murmuré, un dernier aveu : Je n’ai pas survécu,
mais j’ai vécu, ainsi je retourne auprès de mes ancêtres.
Fred kenny fotso

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