La terminale
Je me souviens encore, de cette tendance collégienne de l’interdit. On croyait que le
temps resterait figé, que les fous rires suspendus dans les couloirs seraient des
pierres gravées pour toujours. Mais la cloche n’a sonné qu’une dernière fois, et
chacun a pris son sac, son rêve et sa fuite. Et comme dans une cage où le rêve ne dure
plus que le seuil, l’on finit par dire adieu sans savoir le dire...
Comme un sujet gênant qu’on refusait d’entamer, une ruelle aux lampes éteintes où
les promesses d’éternité se sont dissolver dans l’air sec avec leurs démarches, leurs
obligations, leur départ vers des villes étrangères. Au moins, on s’attache encore par
bribes, et moi, par rébellion muette d’oubli et d’absence de cette famille de jeunesse,
car je sais qui nous étions et cela suffit pour garder notre monde en bandoulière.
Or, la distance a des griffes qu’aucune volonté n’use. Ils partent donc tous conquérir
le monde, à la poursuite de la gloire, pour bâtir leur nom. Alors je dois ranger mes
peurs, j’ouvre ma fenêtre sur demain, et je laisse la vie composer la suite. Que leurs
vies soient grandes et brillantes, que leurs noms s’inscrivent en haut des affiches, ma
mémoire leur tient tête, fidèle et obstinée.
Ainsi je ferme la porte derrière eux, non pas par colère mais pour retenir un peu de
ce qui reste. Les voix s’éloignent, les sacs s’abaissent et la cour de récré redevient
grande et vide, comme une page qu’on froisse avant de la ranger. Je garde en poche
leurs rires fragiles et innocents en papiers, et j’apprends à vivre avec ce vide qui me
ressemble à présent : le détachement.
Fred kenny fotso

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