L’enfant du désordre
On dit de lui qu’il est têtu, un fardeau de poussière, une chambre en ruine, un monde à l’envers, un miroir fêlé où personne ne veut se voir. Ils rient, ils grondent, ils condamnent, mais lui se tait ou s’emporte. Pris dans la brume d’un geste qu’il ne comprend pas, parfois volontaire, parfois étranger à lui-même.
Il voudrait être comme eux, ces silhouettes droites et lisses, ces statues qui s’appellent parfaites et qui marchent sans trébucher sous le poids du regard. Mais son pas à lui est autre, sa route s’étrangle dans un cercle, un cercle de honte, de refus, d’échecs, on le rejette autant qu’on le retient.
Mais Est-ce là un crime d’être difforme à l’intérieur, de porter comme héritage une tâche obscure gravée sans choix, une salissure ancestrale qu’on nomme faute, tord ou malédiction ? Non, ce n’est pas une erreur de la nature, ni un rebut jeté par hasard.
C’est un esprit savant égaré, perdu dans les ruelles de sa propre pensée. Tel Diogène, cynique des poubelles sacrées, Il cherche, sous les néons glacés de la solitude, non pas la propreté des corps mais celle de l’âme, non pas l’ordre des chambres mais celui du monde. Et si jusqu’à ce jour il y erre encore, sous les jugements qui collent comme la boue, c’est qu’il apprend à se laver d’une eau que nul autre n’a goûtée.
Car de son chaos naît une vérité brute et tout aussi cru que l’hypocrisie humaine : c’est que La dignité ne réside pas dans le rangement des draps, mais parfois dans la révolte momentané et silencieuse d’un être en quête de repère propre à lui, en commençant par devenir celui qui ose être impur aux yeux des purs.
Fred kenny fotso

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