Un reflet brisé
Un reflet brisé
Je me tiens devant le miroir et je vois quelqu'un que je ne reconnais qu'à moitié. Elle est calme, elle est forte, elle a les traits tirés de la dignité. Elle sourit au bon moment. Elle est la version que j'ai inventée pour que le monde me laisse en paix.
Mais derrière la glace, la vraie moi est accroupie dans l'ombre, tremblante, cherchant de l'air. C'est un mensonge de verre qui me tient prisonnière. Plus la façade est parfaite, plus l'écart est grand, et plus je me sens seule.
Le pire n'est pas d'être seule ; c'est d'être invisible sous le poids de cette image. Si je criais, on me dirait : « Mais non, tu vas bien, regarde comme tu as réussi. » Mon cri serait annulé par mon propre reflet.
Elle ne criait pas.
Elle avait appris que l'on n'écoute pas les mots qui contredisent l'évidence.
Il est parti. Ils sont partis. Mais celui qui est parti est le témoin de mon vrai visage, celui qui connaissait la carte de mes failles. Maintenant, je dois être cette femme de glace pour survivre. Je suis emprisonnée par ma propre construction.
Le vide lourd, oppressant, n'est pas l'absence des autres, c'est l'absence de ma propre vérité. Je regarde mes mains. Elles sont belles, bien manucurées, mais elles ne sont plus capables de me tirer de là. Je suis ma propre statue, érigée pour l'éternité dans la posture de la force.

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