Le silence du témoin
Le silence du témoin
Le silence est un métal froid. Il a la densité d'une balle qui n'a pas été tirée, mais qui pèse dans ma gorge. Le jour où cela s’est produit, je me tenais là, assez près pour tendre le bras. J'ai choisi de regarder.
Mon cri, lui, est resté à l'intérieur. Il se presse contre mes côtes, exigeant de sortir, mais je lui ai construit une cellule de peur et de honte.
Moi, je continue de marcher dans la rue ensoleillée. Je réponds aux salutations. Je parle de la météo. Mon corps est un mensonge ambulant, une façade polie derrière laquelle le silence est en train de me dévorer.
Il ne parlait pas.
Il se souvenait encore de l'air qui s'était figé sur ses lèvres, des lèvres qui avaient refusé de s'ouvrir.
Eux, ils n'entendaient pas le tumulte en moi. Ils ne voyaient que l'adulte calme, le témoin sans émotion, celui qui n'a pas fait de vagues. Mais le monde a continué de tourner, et ce mouvement insouciant est la pire des injures. Car elle n’a pas crié, mais le silence qu'elle a laissé est devenu ma véritable peau. Je suis esclave de ce que je n'ai pas dit. Et le non-dit, c'est l'encre qui écrit la fin de mon histoire.
Je regarde mes mains. Elles sont vides. Elles tremblent. Si j'avais crié, si j'avais bougé, elles ne seraient pas les mains d'un fantôme.

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