La fin du livre.

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Je ne pouvais que le suivre, et encore, je peinais à le faire, je n'étais qu'un Humain, et lui, un Prima. Je n'avais rien à faire là, mais il m'avait fait confiance pour l'accompagner durant son jour le plus sombre. Le Professeur... Ce nom sonnait faux aujourd'hui, je crus voir un guerrier, son pas assuré et ferme, son regard déterminer, j'eus le sentiment de voir un Spartiate qui avançait au combat. Un homme qui s'apprêtait à commettre le plus terrible des crimes pour ce en quoi il croyait. Était-ce là, la destinée du Professeur ? Était-ce sa vraie nature ? Je refusais d'y croire, et je m'y refuse encore aujourd'hui. Il est un être bon, un être généreux, pas un combattant, jamais je ne l'avais vus dégainer une arme.
À la hâte, il montait les escaliers de la Première Tour, il me raconta par le passé qu'elle était la première construction de son peuple. Il disait qu'ils l'avaient bâtie pour observer l'Univers au loin, qu'elle était là pour s'assurer que tout avance dans l'ordre, qu'ils étaient déjà à cette époque, les Gardiens d'un Univers naissant. Que pouvait-il bien penser ? Je le connais depuis longtemps maintenant, mais je ne peux toujours pas le dire. Le Professeur, dit souvent que les Humains sont le dernier des mystères, et que parmi eux, les femmes sont les êtres les plus mystérieux de la création. Mais d'après moi, et d'après beaucoup de mes amis, rien n'est plus mystérieux que son esprit. Que pouvait-il bien penser alors qu'il gravissait les marches de ce bâtiment ? Tant de questions qui resteraient sûrement sans réponse.
Le sommet de La Tour. L'ascension m'avait paru durer une éternité, et tout ça pour ne voir qu'une grande salle dans laquelle... Brûlé ? Un brasier, c'est étrange. Le feu est là, ça ne fait aucun doute, mais pas un seul craquement, les bûches brûlent, sans se consumer, les flammes bougent, dans une sorte de boucle, les mêmes mouvements, en permanence. Il m'avait bien dit que ce monde existait hors des lois de la physique, mais là, c'était autre chose. Rien ne ressemblait à quoi que ce soit que je connaisse, tout s'écoulait dans un ordre étrange. Autour des flammes, en cercle, discutant dans une langue que je ne comprenais pas, Les Prima, certainement les plus anciens d'entre eux, sûrement leurs dirigeants. Ils semblaient attendre Le Professeur, et avant même qu'il n'entre, leurs yeux étaient déjà posés sur lui.

Le Professeur ouvrit la bouche, et à nouveau, ses mots étaient incompréhensibles, ils avaient la sonorité d'une bande son que l'on rembobine, puis accélère, ou suis-je ?
- Prima ! Faites signe à vos hommes de descendre de leurs vaisseaux, je ne veux pas avoir à lancer une guerre contre mon peuple, mais l'équilibre de l'Univers est en jeu ! Nous devons le guider ! Ne pas le combattre !
Je ne comprenais pas ses mots, mais il était aisé de comprendre ce qu'il disait, Professeur, que faites-vous ?
- Professeur, nous avons donné du Temps, nous vous avons accordé un délai, il est passé. Vos chers Humains sont une menace pour l'équilibre dont vous parler, ils n'en font pas partie. Les Prima n'ont pas agi par respect pour vous, nous sommes restés en attente pendant trop longtemps, il est temps de sévir.
Le Professeur serrait les dents, il était enragé, j'eus l'impression que pour la première fois, il s'apprêtait à se battre à la force de ses poings. Mais il n'en fit rien, il prit une grande respiration, et se calma.
- Vous n'allez pas me laisser le choix n'est-ce pas ? Vous allez devoir m'accorder plus de Temps, et je ne vous pose pas la question. En tant que Premier, en tant que Celui qui vit Hors du Temps, et en tant que Professeur, mon autorité est indiscutable. Les Premiers se retireront de cette guerre, je suis le tuteur des Humains, pas vous, vous n'avez pas votre mot à dire.
Les hommes se crispèrent à l'écoute de ces mots. Qui êtes-vous Professeur ? La première fois où je vous ai vus, vous m'avez simplement dit que vous étiez un excentrique qui balade parmi les étoiles. Ce n'est pas le cas, pas vrai ? Vous êtes bien plus que ça. Celui qui vit Hors du Temps ? Le Premier ? Ne m'aviez-vous pas parler de votre mère ? Comment le Premier peut-il avoir une mère ? Pourquoi garder tant de secrets ? Les Prima se concertèrent, que devaient, ils faire ? Le Professeur avait donné un ordre, et il ne semblait pas vouloir changer d'avis. Mais malgré tout, les Humains gênaient l'Ordre, ils étaient devenus une menace. Le Temps filait à toute allure, et pourtant, je ne vieillissais pas, eux non plus d'ailleurs, mais je pouvais le ressentir, le Temps, il coure, il se hâte. Des centaines d'années durant, ils marmonnèrent entre eux, et moi, je restais là, à me questionner. Mon espèce est-elle si mauvaise ? Je me souvenais de mes années à l'école, de cette maîtresse et son amie qui s'était acharnée sur moi, je me souvenais de cette juge qui ignorait la loi et qui en était consciente. Je me souvenais de ma pauvre mère qui se débattait pour m'offrir la meilleure des éducations alors que son pays se démenait pour lui mener la vie dure. Je ne me souvenais pas de beaucoup de choses sympathiques en dehors de ma famille, mon peuple ne m'avait pas aidé. Au final, sans ma mère, et sans cet étrange Professeur, celui qui à travers le Temps est devenu un membre de ma famille, j'aurais été seul. Je comprends les Prima, ils ne veulent que protéger les leurs. Alors Professeur, pourquoi vous y opposé ? Vous connaissez les ténèbres du cœur Humain, vous savez à quel point nous pouvons être cruels, pourquoi nous défendre ?

- Professeur, malgré votre position, nous ne pouvons exécuter votre ordre, la mission sera menée à bien, avec, ou sans votre accord.
C'est là, que le Professeur explosa. Je ne l'avais jamais vu hurler de la sorte, il balançait des ordres à tout vas, il était furieux. Puis, plus rien, il s'était calmé. Comment ? Pourquoi ?
- Vous ne me laissez donc pas le choix. Si je ne veux pas voir la fin de cette Histoire, je n'ai qu'une seule solution.
Le Professeur dégaina sa zapette et la pointa vers les flammes. Que faites-vous Professeur ? Elles se mirent à s'agiter, des mouvements frénétiques, erratiques animèrent les flammes, que se passait-il ? À nouveau, les flammes changèrent, on croirait qu'elles se débattent, contre quoi luttent-elles ? Lentement, mais sûrement, elles se mirent à ralentir, petit à petit, il ne restait que le Professeur et moi en capacité de bouger. Pourquoi ? Les Prima eux même semblaient figé, le Temps s'était-il arrêté ? Je pensais qu'il n'avait pas d'influence ici.
- Professeur ! Qu'avez-vous fait ? Comment est-ce possible ? Demandais-je, curieux.
- J'ai emprisonné mon peuple. Durant cinq millions d'années, ils resteront ici, figés dans le Temps, me répondit-il, un air grave sur le visage.
- Mais comment ?! Le Temps n'a pas d'effet ici ! Vous me l'avez dit vous-même ! Ça n'a pas de sens !
Il ne répondit pas immédiatement, il observait l'extérieur, accoudé à l'une des nombreuses fenêtres, il observait les siens, figés, immobile, semblable en tout point à des statues de cire.
- Le Temps n'a pas d'influence, mais moi oui. Écoute-moi bien, je suis le Professeur, Celui vit Hors du Temps, Le Premier. Chez vous, je possède très nombreux noms, un ancien peuple de la Terre me nommait Chronos. Je ne suis pas qu'un gentil Alien rigolo, je suis Le Temps. À ce moment précis de l'Histoire, je n'en ai pas encore conscience, je prononce ces mots sans même savoir ce que je raconte, toutes ces choses, je les découvrirais dans le futur. Mais malgré tout ça, il y a une chose que j'ai toujours détestée, ce sont les fins. J'arrache toujours la dernière page, c'est encore une fois ce que j'ai fait. À nouveau, je ne lirais pas la fin du livre.

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