Chapitre 1 - Partie 3 : La colline

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La maison dormait. Sa mère s’était couchée tôt, épuisée par le voyage. Dans la cuisine, la vaisselle séchait comme des coquillages rangés. Sur la terrasse, la chaise longue grinçait doucement sous le souffle de la nuit.

Mélissa, elle, ne dormait pas. Elle attendait.

Elle avait glissé un gilet sur ses épaules, enfilé ses sandales, puis s’était faufilée dehors comme on passe un seuil de rêve.

La rue n’était plus la même. Le jour la faisait bavarde, pleine de cris et de moteurs ; la nuit la rendait fragile, presque timide. Les façades blanches semblaient retenir leur souffle, les bougainvilliers pendus aux balcons ressemblaient à des draperies d’un théâtre abandonné. Une lampe clignotait, paresseuse, au coin d’une ruelle.

Elle avança. Le silence n’était jamais complet : un chien aboya au loin, des grillons découpaient l’air en morceaux égaux, et la mer battait ses flancs comme un tambour patient. Mais tout paraissait voilé, comme si Corfou s’était changé en coulisse d’elle-même.

Au détour d’un muret couvert de vigne, elle l’aperçut.

L’abeille.

La même, minuscule braise d’or dans le noir. Elle tournait lentement au-dessus d’un sentier, suspendue comme une lampe. Quand Mélissa fit un pas, elle avança. Quand Mélissa hésita, elle revint tournoyer autour d’elle, insistant.

Alors l’enfant suivit.

Le chemin montait, bordé d’herbes sèches qui chuchotaient à chaque pas. Les oliviers dressaient leurs troncs torsadés comme des vieillards en prière. Leurs feuilles, sous la lune, luisaient d’un argent tremblant. L’air sentait la résine et la pierre chaude qui se refroidit.

À mesure qu’elle montait, Mélissa sentit son cœur battre plus fort, mais ce n’était pas seulement l’effort. C’était comme si elle s’approchait d’un lieu qui savait déjà son nom.

Enfin, le sentier déboucha sur une esplanade. Les herbes s’écartaient, et là, au milieu, des blocs de pierre se dressaient. Trois colonnes tronquées, une frise effondrée, des marches rongées par le temps. C’était un temple, brisé, oublié, mais qui gardait dans ses pierres une respiration.

L’abeille se posa au centre, sur une dalle fissurée. Elle ne bougea plus.

Mélissa sentit un frisson courir dans sa peau. Elle n’avait plus froid, mais ses doigts tremblaient comme si quelque chose, dans la terre même, battait sous eux.

Elle fit un pas. Puis un autre.

Le silence épaissit, dense comme une eau profonde.

Alors elle comprit : ce n’était pas une ruine.

C’était une porte.

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