Chapitre 2 – Une deuxième victime

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Cinq jours s'étaient écoulés. Cinq jours de rapports et de nuits trop courtes. Dans son bureau, l'odeur du café froid se mêlait aux relents de vieux papier. Étienne Larue fixait le rapport d'autopsie de Marc Lambert sans vraiment le voir.

Arrêt cardiaque sans cause apparente.

Ses doigts effleuraient machinalement la photo du symbole sous le sternum. Ce nœud de chair, ➰, trop net pour être une blessure, trop précis pour être un hasard.

La porte s'ouvrit brusquement sur David Morel. Son expression, plus fermée que d'ordinaire, parlait d'elle-même.

— Prépare-toi, on en a une autre.

— Où ?

— Quartier résidentiel, en périphérie. Même profil. Même mise en scène.

Étienne se leva d'un bloc. Une victime, c'est un fait divers. Deux, c'est une signature.

Le trajet se fit dans un silence oppressant. À mesure qu’ils s’enfonçaient dans la ville, une sensation de malaise s’empara d’Étienne. Il observa un vieil homme traverser la rue avec un chien boiteux. Le rythme saccadé de l'animal résonna dans son esprit avec une précision terrifiante.

— On est déjà passés par là ? murmura-t-il.

David tourna la tête, surpris.

— Non. Pourquoi ?

— Rien. Une impression.

L’immeuble de la seconde victime était moderne, une structure de verre et de marbre. Pourtant, dès qu’il sortit de la voiture, l’air lui sembla plus épais, chargé d’une électricité invisible.

À l’intérieur, l’appartement était d’une perfection suspecte. Alexandre Giraud, trente-huit ans, architecte, gisait sur son parquet immaculé. Ses yeux dilatés fixaient le plafond, sa mâchoire était verrouillée sur un cri inachevé. Sous sa chemise défaite, la même boucle parfaite marquait sa peau : ➰.

— Même constat, soupira la légiste sans lever les yeux. Aucune trace de lutte. C’est comme si son cœur avait simplement renoncé.

Étienne parcourut la pièce. Son regard s'arrêta sur la table basse. Un livre y était ouvert. Une phrase surlignée en jaune sembla lui sauter aux yeux : « Ce que l’esprit ne peut concevoir, le corps l’exprime autrement. »

Un frisson lui parcourut l'échine. Cette phrase réveillait un souvenir flou, une voix lointaine qu'il ne parvenait pas à identifier. À côté du livre, un verre de whisky. Étienne approcha sa main et ressentit un picotement subtil, une vibration à la surface du liquide.

Un léger claquement attira son attention vers la chambre. Une fenêtre battait doucement. Avant même d'approcher, Étienne sentit la panique monter. Sur le rebord, il vit les traces. Des gouttes d'eau formant l'empreinte d'une main.

— Quelqu’un est passé par là… encore ? souffla David derrière lui.

Ce mot, encore, résonna comme un coup de tonnerre. Étienne observa les gouttelettes. Elles ne coulaient pas, ne s'évaporaient pas. Elles semblaient figées, comme imprimées dans la texture.

— On est au troisième étage, David, murmura Étienne, la voix rauque. Ça n'a rien de normal.

Il détourna les yeux, cherchant un ancrage, quelque chose de solide auquel se raccrocher.

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