Chapitre 3 – Une piste inquiétante

2 minutes de lecture

Quatorze heures. Étienne Larue se massa les tempes, tentant d’apaiser la brûlure de ses yeux. Dans son bureau saturé d’odeurs de tabac froid et de café amer, le temps semblait s'être figé. Deux victimes. Deux arrêts cardiaques. Et toujours cette marque, ➰, gravée dans la chair comme un sceau indéchiffrable.

La porte s’ouvrit. David Morel entra, l’expression plus fermée qu’à l’accoutumée.

— T’as besoin de souffler, mon vieux.

— Je soufflerai quand on aura une piste.

David s’affaissa dans la chaise en face de lui.

— Justement. La sœur de Marc Lambert est là. Elle a l'air... à cran.

Quelques minutes plus tard, ils faisaient face à Sophie Lambert dans une salle d’interrogatoire blafarde. La jeune femme serrait sa tasse de thé, les jointures blanchies.

— Mon frère avait changé, murmura-t-elle. Il ne dormait plus. Il se sentait observé. Même seul.

— Par qui ?

Elle releva les yeux. Étienne y vit une terreur brute.

— Il ne le savait pas. Mais une fois, il a recouvert tous les miroirs de son appartement. Il disait qu’il voyait quelqu’un d’autre à sa place. Quelqu'un qui n'était pas lui.

David chercha une explication rationnelle :

— Avait-il des antécédents psychiatriques ?

— Non. Marc était pragmatique. Mais les dernières semaines, il répétait qu'il devait « arrêter avant qu’il ne soit trop tard ».

— Arrêter quoi ?

— Je ne sais pas. Mais il a stoppé son traitement ce jour-là. Il voyait un psychiatre : le Dr Victor Renard.

David pianota sur son ordinateur et pivota l'écran vers Étienne. Le lien apparut, implacable : Marc Lambert et Alexandre Giraud fréquentaient le même groupe de soutien. Dirigé par le Dr Renard.

En quittant la salle, Sophie leur lança un dernier avertissement, la voix tremblante :

— Ne lui faites pas confiance. Il savait.

18h18. La clinique du Dr Renard était un bloc de béton austère, noyé dans une bruine glaciale. À l'intérieur, le hall aseptisé résonnait d'un bourdonnement électrique. Sur une photo de groupe dans le couloir, Étienne reconnut Marc Lambert. Au centre, l'homme fuyait l'objectif, le regard déjà hanté.

— Inspecteurs ?

La voix était calme, tranchante. Victor Renard se tenait dans l'encadrement d'une porte. Son bureau était à son image : clinique, dépourvu de tout objet personnel, d'une rigueur maniaque.

— Vos patients meurent, docteur, attaqua Étienne sans préambule. Lambert et Giraud.

Renard ne cilla pas. Il joignit les mains sur son bureau en bois massif.

— Troubles anxieux sévères, paranoïa, peur d’être observés. Un diagnostic classique, inspecteur.

— Ils vous ont parlé de quelque chose d’inhabituel ?

Renard esquissa un sourire qui ne toucha pas ses yeux.

— Vous me posez les mauvaises questions.

Il se pencha en avant, son regard s'ancrant dans celui d'Étienne. L'air parut s'épaissir. Un bourdonnement envahit les oreilles de Larue. Au mur, l'aiguille de l'horloge semblait vibrer sans avancer.

— Avez-vous déjà eu l’impression d’être observé, inspecteur Larue ?

— Si vous savez quelque chose, c'est le moment, trancha David.

— Je vous le dirai quand vous serez prêt à entendre la réponse. j’ai des patients à voir.

Sur cette phrase sibylline, Renard les congédia. Mais une fois dans la voiture, les inspecteurs virent le médecin sortir discrètement par une porte latérale et s'engouffrer dans un taxi.

— Il nous a dit qu'il avait d'autres consultations ici, nota David.

— Suis-le.

Le taxi les mena dans des ruelles anciennes jusqu'à un bâtiment anonyme : « Centre de soutien et réhabilitation psychologique ». C’était là que se réunissait le groupe de Lambert et Giraud. Renard entra. David coupa le moteur.

— On entre ?

Étienne hocha lentement la tête.

— On entre.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire David J ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0