Chapitre 4 – Le groupe de soutien 

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L’air nocturne était poisseux. Étienne et David restèrent un instant devant le bâtiment : un bloc de béton aux murs lépreux, dont l’enseigne s’effaçait.

— Ça pue le traquenard, souffla David.

Ils poussèrent la porte vitrée qui grimaça sous l’effet du vent. À l'intérieur, un hall plongé dans la pénombre menait à la salle principale. Une dizaine de silhouettes y étaient assises en cercle sous une lumière crue. Des visages creusés, des regards fuyants. Un homme triturait un mouchoir jusqu'à le réduire en lambeaux.

Soudain, Victor Renard entra. Sa présence sembla aspirer l’oxygène de la pièce. Il balaya la salle d’un regard calculé avant de s'arrêter sur les deux policiers.

— Bonsoir à tous. Nous avons des invités ce soir.

Il s’installa, imperturbable.

— Commençons.

Les témoignages fusèrent, d’abord hésitants, puis fiévreux. Insomnies, crises de panique, terreurs nocturnes... Mais un détail revenait, comme une litanie : la sensation d’être observé.

— Ça ne part jamais… murmura un homme aux yeux injectés de sang. Ça regarde.

— Vous parlez de quoi, exactement ? intervint David.

L’homme tourna lentement la tête vers Étienne. Un sourire nerveux tordit ses lèvres.

— Vous le savez déjà.

Un frisson glacial remonta l’échine de Larue. La séance s'effondra brusquement. Des patients se levèrent, fuyant la pièce sans un mot. David tapa sur l’épaule d’Étienne.

— Putain, on fout le camp.

Étienne fit un pas. Puis un vertige le frappa. Une douleur vrilla sa tempe et la réalité bascula. Un flash. Un couloir gris. Une respiration sifflante, trop près de son oreille. Un mot chuchoté qu’il ne comprit pas.

Il rouvrit les yeux, haletant. Il était toujours dans la salle. David le regardait, inquiet.

— Étienne ? T’es blanc comme un cadavre.

— Juste… le stress, mentit-il.

Son regard glissa vers le tableau blanc. Une phrase y était désormais inscrite en lettres fraîches, tracées d'une main tremblante : NE. REGARDE. PAS. Personne n’avait approché le tableau.

Soudain, nouveau saut dans le temps. Sans transition, Étienne se retrouva assis dans la voiture de patrouille. Il cligna des paupières, incapable de se souvenir d'être sorti du bâtiment ou d'avoir traversé le parking. Un morceau de sa mémoire venait d'être effacé.

David alluma le moteur, brisant le silence.

— Hé, t’es sûr que ça va ?

— Juste fatigué, murmura Étienne, la voix rauque.

Alors que la voiture s'élançait sous les réverbères, Étienne tourna la tête vers la vitre latérale. Son reflet l'attendait. Mais pendant une fraction de seconde, le reflet ne suivit pas son mouvement. La silhouette dans le verre resta fixe, les pupilles dilatées, comme une copie indépendante qui venait de prendre conscience qu'elle était observée.

Étienne détourna les yeux brusquement, le cœur battant à tout rompre.

Lorsqu'ils arrivèrent devant son immeuble, David ne posa pas de questions, se contentant d'un sobre : Essaie de dormir.

Étienne monta chez lui. Mais en franchissant le seuil, il sut. L'enquête n'était plus sur le trottoir. Quelque chose était entré avec lui.

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