Chapitre 5 – Une visite nocturne
Une nuit d’encre pesait sur la ville. Dans son appartement plongé dans le noir, Étienne se tournait dans son lit, incapable de trouver le sommeil. L’air semblait saturé d’une humidité stagnante qui collait à sa peau, rendant chaque respiration laborieuse.
Son esprit tournait en boucle. Les visages hantés du groupe de soutien, le regard tranchant de Renard... et ce sentiment persistant d'être traqué jusque dans son intimité.
Il fixa le plafond. Les rares phares de voitures qui passaient dans la rue projetaient des ombres mouvantes sur les murs, des silhouettes distordues qui s’étiraient avant de mourir dans un coin sombre.
Soudain, un bruit.
Infime. Un craquement de bois, net, précis. Cela venait du salon. Son cœur accéléra, un réflexe primaire de survie. Il se convainquit d'abord qu'il s'agissait du parquet qui travaillait, mais l'instinct ne ment pas.
1h22.
Étienne repoussa la couverture. Pieds nus, il se glissa vers la porte. Chaque pas était calculé pour ne pas faire grincer le sol. L’obscurité lui parut soudain plus dense, presque vivante. Arrivé au salon, il s’arrêta net.
La fenêtre était entrebâillée.
Il était pourtant certain de l’avoir verrouillée avant de se coucher. Une brise glaciale s'engouffrait, agitant les rideaux comme des linceuls. Sur le rebord, il crut voir une silhouette. Une anomalie dans la trame du noir. Il cligna des yeux : la forme avait disparu.
Il s'approcha, la main tremblante. La vitre était anormalement froide, presque gelée. Son propre souffle s'y condensa et, pendant une fraction de seconde, il aperçut une empreinte de doigts, minuscule, à l'extérieur du verre.
Brusquement, il referma la fenêtre et verrouilla le loquet avec une force excessive.
— C’est la fatigue, murmura-t-il pour lui-même. Une illusion.
Il recula, mais son regard fut capté par son reflet dans la vitre. Il se figea. Le double dans le verre était identique, mais quelque chose clochait. La silhouette derrière le verre bougea avec une seconde de retard. Un décalage infime, mais terrifiant.
Puis, alors qu’Étienne restait immobile, son reflet leva lentement la main. Son visage se fendit d’un sourire tordu, comme s'il imitait l'expression humaine pour la première fois.
Étienne pivota, le souffle court. Le salon était vide. Lorsqu’il se retourna vers la vitre, son reflet était redevenu normal, imitant parfaitement ses gestes. Il se réfugia dans sa chambre, verrouillant la porte derrière lui. Comme si un morceau de bois pouvait le protéger de sa propre image.
Il s'assit sur son lit, la poitrine oppressée. Ne ferme pas les yeux. Le murmure semblait avoir glissé contre son oreille, un souffle glacé venu de nulle part.
Il ne dormit pas. La pluie commença à marteler les carreaux, dessinant des traînées qui ressemblaient à des griffures.
À 2h05, son téléphone vibra sur la table de chevet. Un cri strident dans le silence. Étienne n'eut pas besoin de décrocher pour savoir ce qu’on allait lui annoncer.
Une troisième victime. La nuit ne faisait que commencer.

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