Chapitre 6 - Une troisième victime

2 minutes de lecture

L’averse battait le bitume, rythmée par un cliquetis anarchique sur les carrosseries. Étienne Larue descendit de sa voiture, l'odeur de métal et de sang déjà au fond de la gorge. Devant lui, un immeuble anonyme, un bloc de béton rongé par l'humidité.

Troisième victime.

L’appartement baignait dans une pénombre épaisse. David n’était pas venu cette nuit-là, un détail qu'Étienne nota avec une pointe d'inquiétude. Le corps gisait au centre du salon, pétrifié dans une terreur muette.

Près de la fenêtre, Étienne interrogea un squatteur aux traits tirés.

— Y’avait un type, murmura l'homme, le regard fuyant. Il était là, et… d’un coup, plus là.

Étienne s'éloigna. Il savait ce qu'il allait trouver. Sur la table basse, un verre de whisky était parfaitement centré sur un sous-verre en cuir.

— Aucune empreinte, lâcha le technicien.

Larue s’agenouilla près du cadavre. Il écarta la chemise : la boucle ➰ était là, gravée sous le sternum, nette, sans aucune cicatrisation. Il fixa alors le reflet de son propre visage dans le liquide ambré du verre. Un clignement de paupières. Son reflet ne suivit pas. Un décalage infime.

Soudain, l’air devint épais comme du goudron. Un vertige violent le faucha. L’espace se contracta, le sol se déroba. L’obscurité l’engloutit.

— … Étienne ?

Une secousse à l’épaule. Une lumière crue lui brûla les rétines. Étienne inspira brusquement, une douleur vrillant sa tempe. L’odeur de café froid et le cliquetis des claviers remplacèrent le silence de la scène de crime.

David se tenait devant lui, une tasse à la main.

— Mec, t’as dormi ici toute la nuit ? Étienne cligna des yeux, désorienté.

— Je… Comment je suis arrivé là ? Hier, après le groupe de soutien, tu m’as ramené chez moi. David fronça les sourcils.

— Je t’ai pas ramené, Étienne. Je t’ai laissé ici. Tu voulais finir de classer les dossiers Lambert.

— C'est impossible. Et la troisième victime ? Le squatteur ? Le verre de whisky ?

Un silence pesant s'installa. David posa sa tasse, son expression oscillant entre l'agacement et une inquiétude réelle.

— De quoi tu parles ? Il n’y a pas eu de troisième victime. Aucun appel cette nuit.

Le sang d'Étienne se glaça. Il se revoyait pourtant poser ses clés, retirer ses chaussures dans son entrée. Mais l'image s'effritait, comme une photo brûlée sur les bords.

— Quand je suis arrivé ce matin, t'étais là, ajouta David. Assis. Figé. Comme si t'avais jamais quitté cette chaise.

Étienne passa une main tremblante sur son visage. Ses souvenirs étaient trop nets pour être un rêve : l'odeur de l'alcool, la texture du tapis, le reflet décalé dans le verre...

— T’es sûr que ça va ? insista David.

Étienne ne répondit pas. Son cœur cognait contre ses côtes, mais avec un rythme étrange, trop lent, comme s'il n'était plus synchronisé avec le monde. Il regarda David. Pendant une fraction de seconde, le regard de son partenaire lui parut trop perçant, presque étranger.

Si la troisième scène de crime n'avait pas eu lieu, pourquoi sentait-il encore l'odeur du whisky et du sang ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire David J ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0