Chapitre 7 - Les dossiers effacés

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Étienne expira lentement, tentant de desserrer l'étau qui lui broyait la poitrine. Rationalise. Tu es épuisé. Mais son instinct de flic, ce vieux muscle qui ne l'avait jamais trahi, hurlait au sabotage.

Il devait en avoir le cœur net. D’un geste sec, il ouvrit son ordinateur et interrogea la base de données. Marc Delattre. Ses doigts tremblaient sur les touches. L’écran chargea une seconde, puis afficha un résultat blanc, chirurgical : Aucun résultat.

Il recommença. Date, adresse, mode opératoire. Rien. Le meurtre de la nuit dernière avait été aspiré par le vide.

— Putain… murmura-t-il.

Il se souvenait de tout : l’odeur de renfermé, la moquette poisseuse, la marque ➰ sous le sternum de Delattre. Ce n'était pas un rêve. Les rêves n'ont pas d'odeur de whisky bon marché.

Il se leva brusquement, son siège raclant le sol. Il marcha vers le bureau de David.

— David. Tape « Marc Delattre » sur ton poste.

David haussa un sourcil, mais s'exécuta.

— Rien. T’es sûr du nom ?

— Bien sûr que je suis sûr ! C’est le mort de cette nuit !

David se redressa, son regard changeant imperceptiblement. Une lueur de pitié ou de méfiance ?

— Étienne… il n’y a eu aucune intervention cette nuit. Regarde la liste.

Il pivota son écran. La liste était vide. Étienne sentit le sol tanguer. Les lettres sur l'écran semblaient onduler, comme si la réalité elle-même n'était qu'une projection mal réglée.

Sans un mot, il se dirigea vers le bureau du commissaire Dupraz. Il poussa la porte sans frapper. Dupraz leva les yeux de ses dossiers, son visage marqué par des décennies de cynisme.

— Vous avez l’air soucieux, inspecteur.

— Marc Delattre, lâcha Étienne. La victime de cette nuit.

Dupraz cligna des yeux. Une fraction de seconde trop lentement.

— Qui ça ? Inspecteur… il n’y a jamais eu de meurtre.

La phrase résonna comme une condamnation. Étienne fixa son supérieur. Ce n'était pas un mensonge politique, ni une erreur administrative. Dupraz le pensait vraiment. Pour le reste du monde, Marc Delattre n'était jamais mort.

Une nausée violente lui tordit l'estomac. Étienne recula, sortit du bureau et traversa le couloir comme un automate. Les bruits du commissariat lui parurent étouffés, lointains, comme s'il marchait sous l'eau.

Une fois sur le trottoir, l’air glacial le frappa. Son téléphone vibra. Un numéro masqué. Un seul message : « Vous ne vous souvenez pas. Pas encore. »

Un frisson électrique lui parcourut la nuque. Il se retourna brusquement, cherchant un visage, un reflet, une ombre. Rien. Juste la foule anonyme qui pressait le pas sous la pluie.

Il monta dans sa voiture. Il ne pouvait plus rester ici, au milieu de ces collègues qui le regardaient comme un fou. Il devait retourner à l'appartement. Pas pour chercher des indices, mais pour toucher les murs, sentir la moquette, prouver à ses sens que sa mémoire n'était pas un terrain de fiction.

Il devait retourner là où Marc Delattre était mort, même si, pour le reste de l'univers, cet homme était sans doute encore en train de respirer.

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