Chapitre 8 - Le premier bug visible

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Une chape d’humidité étouffante s’accrochait aux façades. Étienne gara sa voiture à deux rues de l'immeuble. Ses doigts, crispés sur le volant, blanchissaient. Il ne voulait pas descendre. Tout son être lui criait de fuir cette adresse qui, officiellement, n'abritait aucun crime.

Mais il devait savoir.

Lorsqu'il mit pied à terre, l’air lui sembla plus froid, plus dense. Il balaya la rue du regard et s'immobilisa. Les bâtiments étaient là, identiques à son souvenir... et pourtant, un détail le dérangea. Les briques, les fenêtres, les balcons se répétaient avec une régularité trop parfaite, comme un motif copié-collé à l'infini. Un décor répliqué dont on aurait oublié de varier les nuances.

Le cordon de sécurité était là. Il flottait légèrement sous l’effet d’un courant d’air, mais il n'y avait aucune voiture banalisée, aucun agent en faction. Juste le silence d'un lieu abandonné par la logique.

Étienne franchit le seuil. L’intérieur baignait dans une pénombre striée par la lumière des stores. L’odeur était là, fidèle : renfermé, poussière et ce relent sucré de whisky éventé. Il avança sur le tapis épais, le cœur battant contre ses côtes comme un animal en cage.

Soudain, un grincement.

Étienne pivota. Une silhouette fugace glissa dans l'encadrement de la porte. Un mouvement trop fluide, presque évanescent.

— Hé ! Police !

Il se lança à sa poursuite. Le parquet hurla sous ses pas. La silhouette disparut dans l'escalier. Étienne bondit, dévalant les marches, le souffle court, l'adrénaline brûlant ses veines. Il déboucha dans une ruelle, aperçut l'ombre qui tournait l'angle d'un bâtiment et accéléra encore.

Il vira brusquement à gauche et s'arrêta net.

Le vertige le frappa de plein fouet. La ruelle n'était plus la même. Les murs semblaient trop hauts, s'étirant vers un ciel d'un gris anormalement plat. Mais surtout, le silence était total. Un vide acoustique absolu, comme si le son avait été coupé. La silhouette avait disparu. Il n'y avait aucune issue, aucune porte, aucun recoin où se cacher.

Le monde était en pause.

Étienne cligna des yeux, la tempe lancinante. Il sortit son téléphone pour vérifier sa position. L'écran s'alluma : 14h12.

Il resta pétrifié. Lorsqu'il était entré dans l'immeuble, il était à peine treize heures. Une heure venait de lui être volée. Un trou noir dans la trame de sa journée. Pas de souvenir de la course, pas de souvenir de la ruelle. Juste ce saut brutal d'un instant à l'autre.

Il regarda ses mains. Elles tremblaient. La certitude s'imposa à lui, froide, tranchante comme un scalpel. Ce n'était pas son cerveau qui flanchait. C'était l'environnement. Quelque chose réécrivait le scénario autour de lui, mais le montage était grossier. Il y avait des sautes d'images. Des bugs.

Il murmura, la voix étranglée par une peur qu'il ne pouvait plus nier :

— Faut que je parle à Renard…

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