Chapitre 13 - La Vérité Interdite

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L’air du commissariat était saturé d’une odeur de poussière et de tabac froid qui semblait dater d'une autre époque. Chaque battement de son cœur cognait contre ses tempes comme un avertissement.

David ne le regardait pas. Il triait des dossiers avec une régularité de métronome.

— On a une scène, finit-il par dire sans lever les yeux. Rue Lambert. Encore le même immeuble.

Le sang d'Étienne se figea.

— Quoi ? Encore ? Mais... on y était cette nuit, David.

David s'arrêta. Lentement, il releva la tête. Son regard était d'une neutralité désarmante.

— De quoi tu parles, Étienne ? On n'est pas sortis du bureau depuis hier soir. Tu as dormi sur ton dossier pendant trois heures.

Étienne sentit le sol se dérober. Ce n'était pas une blague de collègue. David n'avait aucune lueur d'amusement dans les yeux. Juste une pitié polie.

— J'y étais, David. Le sang, l'odeur de moisi, le type au bonnet... Je peux encore sentir le froid de l'appart sur ma peau.

David soupira. Il contourna le bureau et posa une main sur l'épaule d'Étienne. Sa paume était anormalement chaude.

— Tu es à bout. La fatigue... ton cerveau essaie de combler les trous. Tu n'as jamais mis les pieds là-bas. C'est la première fois qu'on ouvre ce dossier.

— C'est impossible, hoqueta Étienne.

— Qu'est-ce qui est le plus probable ? Que la réalité se répète, ou que tu sois en train de craquer ?

La question resta suspendue. David ne le lâchait pas du regard. C'était un regard de prédateur déguisé en ami. Une bienveillance étouffante.

— Tu l'as déjà fait, Étienne. Tu t'es déjà inventé des souvenirs pour ne pas affronter le vide. Ce n'est pas la première fois que tu nous fais ça.

Pas la première fois. Le monde autour d'Étienne se mit à vibrer légèrement, comme une image dont les contours deviennent flous à force d'être fixés. Sa propre mémoire lui sembla soudain être un tas de cendres qu'un courant d'air pouvait balayer.

— C'est Renard qui s'inquiète, reprit David d'une voix plus basse, presque un murmure de conspirateur. Il t'attend dans dix minutes. On va régler ça. Comme d'habitude.

Comme d'habitude. Cette petite phrase fut plus violente qu'une gifle. Elle suggérait une routine de la folie, une spirale dans laquelle Étienne tournait depuis bien plus longtemps qu'il ne le pensait.

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