Chapitre 13

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Katani eut juste le temps d’apercevoir un dernier éclat ambré dans la pupille de Rafa avant que Laïfa n’apparaisse.

Quatre paires d’yeux aux couleurs de feux malicieux se posèrent sur elle. Une joie enfantine et sauvage naquit au creux de son plexus. Elle la laissa monter jusqu’à ce qu’elle chauffe son visage, qu’elle l’éclaire d’un grand sourire. Après ce long voyage dur et périlleux, elle la savoura avec délectation.

Même si les enjeux la dépassaient encore, elle ne garda à cet instant que le bonheur pur et simple de réaliser son rêve de petite fille. Elle allait enfin tutoyer les cieux avec ces êtres qu’elle aimait tant.

  • C’est pour de vrai cette fois, murmura-t-elle en observant le Laïggos. Je peux m’approcher Rafa ?
  • Oui, sans précipitation, petit chat sauvage.

La jeune fille fit quelques pas mesurés vers la majestueuse créature qui ne la quittait pas du regard. Elles se trouvèrent bientôt presque nez-à-nez.

  • Salut à toi, Laïfa, dit doucement la princesse en inclinant la tête presqu’à toucher le large front du Laïggos. Sache que je mesure l’immense privilège que toi et Rafa m’autorisiez à partager vos chevauchées. C’est un honneur pour moi.

Quand Katani sentit le contact du museau massif sur son front, elle parvint à contrôler sa surprise et resta immobile. Laïfa émit un grondement grave et doux dont la vibration se propagea comme une vague, dans tout le corps de la jeune fille. Puis l’imposante créature se redressa pour se tourner Rafa.

  • Nous sommes heureux et honorés que toi, Reine-Sorcière Katani, souhaite être notre compagne de voyage, traduisit-il d’un ton grave.

Elle lui sourit, malgré les larmes d’émotions qui perlaient à ses yeux.

  • Quelle est notre destination, Votre Altesse ? poursuivit l’Ardent.
  • Je ne veux pas que tu m’appelles comme ça. Pas toi, au moins quand nous sommes tous les deux.
  • Entendu.
  • Allons à la Cité. Je dois parler à ma sœur.

Rafa hocha la tête tout en l’invitant à monter sur Laïfa. Katani, bien qu’impressionnée et émue, cessa de tergiverser et se hissa sur l’encolure du Laïggos.

Un instant plus tard, Rafa prenait place derrière elle. Elle suivit son exemple quand il empoigna les poils de la créature magique.

Laïfa marcha de son pas souple jusqu’au mur de la caverne puis se retourna pour lever la tête vers l’embouchure à son sommet.

  • Prête ?
  • Et comment !

Aussitôt, le laïggos s’élança à une vitesse vertigineuse. Après quelques foulées, elle exécuta un gigantesque bond. Ils volaient presqu’à la verticale vers la sortie. Si vite que Katani imagina qu’ils pourraient percuter la voûte céleste. Pourtant, à peine sortis, Laïfa rétablit souplement sa position pour survoler le sol sous leur pied alors elle découvrit un sol si brillant et si lisse qu’ils se reflétaient tous les trois dedans.

  • Les Terres-miroirs ? Comment avons-nous pu nous retrouver si loin du Dévoreur ? s’écria Katani en essayant malgré la vitesse de repérer le gigantesque volcan.
  • Regarde droit devant, lui intima Rafa en joignant le geste à la parole.

Pendant que Laifa descendait vers le sol, Katani aperçut au loin, le cratère en éruption. Le laïggos atterrit souplement pour accélerer encore. Katani se laissa gagner par l’ivresse de la course. Le vent fouettait son visage et emportait ses cheveux. Son corps épousait celui de Laïfa. Dans son dos, la présence rassurante de Rafa la protégeait du froid et rendait cette cavalcade encore plus merveilleuse.

Un cri de joie sauvage jaillit de la gorge de Katani tandis qu’arrivés au bout du plateau miroir, Laïfa plongeait en piqué dans les airs.

Ils passèrent telle une comète au-dessus du grand volcan où se jetaient toujours des dizaines de jeunes ardents puis, ils continuèrent leur route.

Katani, grisée par la vitesse, dévorait son pays des yeux. Bientôt ils quittèrent les montagnes. La princesse apercevait déjà au loin les vastes prairies de la région du Tertre.

  • Rafa !

Celui-ci mit les mains sur les siennes.

  • On va descendre ! Accroche-toi, répondit-il avant même qu’elle n’ait eu le temps de poser la question.

Dès qu’ils eurent passer le piémont, il tint parole. Laïfa ralentit à peine en amorçant son atterrissage. Katani s’agrippa de toutes ses forces au Laïggos tandis que le sol se rapprochait. La jeune fille avait vu ses deux compagnons de voyage effectuer cette manœuvre à de multiples reprises pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de redouter le crash. Au dernier moment, elle cria en fermant les yeux.

Elle ne sentit presque pas l’impact tandis que le grand rire de Rafa résonnait à ses oreilles. Quand elle rouvrit les yeux, ils filaient comme le vent dans les hautes herbes d’une immense prairie.

Dans l’obscurité, cette étendue plate paraissait infinie. La perspective d’un voyage sans fin la ramena à son état de fatigue. Elle était épuisée. Elle remarqua que ses mains crispées dans la chaude fourrure de Laïfa, tremblaient. Un frisson parcourut son corps courbaturé. Sortie de l’euphorie, elle commençait à percevoir le froid de la nuit.

  • Encore deux petites heures, Katani et nous pourrons nous reposer. Tu pourras tenir bon ?
  • Tu me rattraperas si je m’endors ? tenta-t-elle de plaisanter.

Les deux mains de l’Ardent pressèrent les siennes. L’air autour d’elle se réchauffa aussitôt.

  • Bien sûr. Tu peux t’appuyer sur moi, si tu veux.

Elle ne se fit pas prier. Les yeux levés vers le ciel piqué d’étoiles, elle se laissa bercer par le pas souple de Laïfa.

Elle était à deux doigts de s’assoupir quand Rafa pointa du doigt une petite lueur à leur droite.

  • C’est un village du Tertre, lui dit-il. Nous y serons très vite.

Quelques instants plus tard, l’apparition d’un hameau de petites maisons lui donna raison. Aucune lumière ne brillait à leurs fenêtres.

  • Rafa, soit c’est désert, soit ils dorment tous.
  • Pas tous. Allons au hall des guérisseurs, il y a toujours une veille. D’abord, nous devons descendre, Laïfa pourrait les effrayer. Nous irons à pied.

Katani ne répliqua rien se rendant compte de la véracité des propos du Dévoreur : elle ne connaissait rien à son pays en dehors de la Cité.

Elle se laissa glisser au sol à la suite de Rafa. Laïfa disparut sans un bruit. Katani tenta de défroisser un peu sa cape et sa robe puis de dompter un peu sa chevelure en désordre avant de donner le bras à Rafa.

Ils s’avancèrent silencieusement entre les petites maisons. Le croc paraissait savoir où il allait.

Ils débouchèrent sur une grande place au bout de laquelle se dressait un grand bâtiment rectangulaire surplombé d’une tour en haut de laquelle une grande flamme brillait. Katani devina que c’était la lueur qu’ils avaient aperçu au loin. Certaines fenêtres du bâtiment étaient aussi éclairées.

Rafa se dirigea sans hésiter vers la grande porte centrale. Il entra sans frapper. Ils pénétrèrent dans une vaste pièce aux murs bordés de chaises mais aussi percés de nombreux couloirs dont les trajectoires se perdaient dans l’ombre. L’atmosphère y était calme et silencieuse. On entendait seulement le léger grattement de la plume d’une dame qui se tenait derrière un comptoir qui formait comme une île de lumière dans la pénombre des lieux. La dame, penchée sur ses écrits, leva la tête à leur entrée. Rafa entraîna Katani à sa suite. L’hôtesse les observa attentivement pendant qu’ils s’approchaient d’elle. Elle n’avait l’air nullement effrayée, ni étonnée de voir débarquer deux inconnus au milieu de la nuit.

  • Bonsoir madame, la salua Rafa en arrivant à sa hauteur. Nous venons pour vous demander l’hospitalité pour la nuit.
  • Bonsoir jeunes gens, vous m’avez l’air d’avoir fait un long voyage semé d’embûches. Connaissez-vous les règles d’accueil d’accueil des Maisons des Veilleurs ? Jeune homme…
  • Je suis un croc de la Reine, l’interrompit-il.
  • Pouvez-vous me montrer le sceau qui en atteste ?

Alors que Rafa niait de la tête, Katani s’avança, son aura se déployant autour de ses mains. Elle avait étudié le symbole complexe qui signait le lien entre les crocs ardents et leur reine il y a bien longtemps pourtant, à peine leur hôtesse l’avait-elle évoqué qu’il était apparu de manière très nette dans son esprit. Tout comme la danse gestuelle qui permettait son apparition.

Elle l’exécuta comme prise par une sorte de transe. Quand elle s’arrêta, le sceau royal flottait dans les airs, sous les yeux éberlués de la dame au comptoir.

  • Comment est-ce possible ? balbutia cette dernière.
  • Je suis Katani, la seconde Reine-Sorcière, sœur de notre Souveraine.

Aussitôt, la dame se redressa pour porter sa main à son cœur puis incliner la tête.

  • C’est un grand honneur de vous recevoir, Votre Altesse.

La jeune fille hocha la tête.

  • Nous avons grand besoin de nous reposer…
  • Oui mais… protesta l’hôtesse.
  • Katani, murmura Rafa qui s’était penché vers son oreille. Nous devons d’abord rencontrer une maguérisseuse. C’est un rituel obligatoire.
  • Oh, voulez-vous bien aller quérir la maguérisseuse au plus vite ? reprit Katani.
  • J’y vais de ce pas. Je n’en ai pas pour longtemps mais, vous pouvez vous asseoir en attendant, répondit la dame avant de quitter son comptoir.

Elle se dirigea vers le fond du grand hall d’un pas rapide puis, en sortit par une petite porte à l’arrière non sans avoir jetés plusieurs coups d’œil stupéfaits à Katani.

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