Retour aux sources

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Shizuku s’était assise sur le banc de son ancien collège. Celui précisément où elle avait partagé avec Yuko les paroles de terre natale. Ce souvenir la fit sourire, et en appela d’autres à sa mémoire.

Elle observait les élèves jouer au baseball, quand la brise printanière vint porter à ses pieds une fiche de lecture. Elle se pencha vers le sol et l’attrapa du bout de ses doigts usés. En la lisant, elle s’amusa de voir son nom et celui de Seiji, l’un au-dessus de l’autre. Étonnant que depuis toutes ses années, il n’y ait eu que deux noms derrières les leurs.

Seiji… Seiji Amasawa. Ce nom et ce prénom faisait écho à un temps révolu. Qu’était-il devenu ? était-il encore en Italie ou avait-il prit le chemin d’étude ?

Elle ne l’avait plus revu après sa deuxième année de lycée. Lorsqu’elle se rendait encore dans la boutique de monsieur Nishi, le grand-père de Seiji, elle avait appris que ce dernier était à Crémone. Malheureuse, après être entrée à la faculté de lettre, elle avait purement et simplement oublié le passé. Elle avait mis son tout premier roman dans une boîte fermé au monde et avait recouvert cette boîte de multiple autre boîte, qui elles aussi décelaient de mondes oniriques plus ou moins achevé.

Le temps et la société avait voulu quand sortant de la fac, elle trouve un travail dans la finance, comme bureaucrate. Ses rêves de romans avaient subitement disparu comme son enfant intérieur qu’elle avait pourtant si bien choyé.

Mais voilà. Dix ans avaient passé depuis qu’elle avait fait le choix de fermé les yeux à son cœur. Celui-ci mécontent, s’était réveillé un beau matin d’hiver. Le gel devenue flaque avait réanimé Shizuku. Après moulte effort pour rentrer dans la danse, elle avait bien été obligé de se désillusionner. Son père lui avait pourtant bien dit qu’elle ne parviendrait pas à se ranger.

« Tu es un électron libre, ma fille. Tu l’as toujours été. ».

Shizuku avait donc accepté d’avoir perdu dix ans de son temps dans un travail qui, certes la nourrissait et lui garantissait un toit sur la tête, mais qui ne la stimulait pas.

Ainsi, et depuis le début du printemps, elle enchainait les petits boulots, s’offrant plus de temps pour rouvrir les mondes qu’elle avait enfermé.

Elle posa la fiche de lecture sur le sac et sortie un manuscrit aux pages vieillies ainsi que son ordinateur portable. Dans le brouhaha du match de baseball, la jeune femme relut sa toute première histoire. La maturité et l’ébauche de ce conte rendrait grâce à la Shizuku adolescente qu’elle désirait retrouver. Celle qui se donnait la chance de se défier.

Tapotant les touches du clavier, elle se plongea dans l’histoire que le Baron Humbert von Gikkingen lui avait murmuré quelques décennies plutôt.

Le début de soirée coloré le ciel d’orange et de rose.

Shizuku ferma le l’écran de son ordinateur et le rangea dans son sac de cuir, avant de se lever, le regard tourner vers la fenêtre ouverte de la bibliothèque. Le rideau voleta hors de la salle, une main le rattrapa et le guida à nouveau dans l’enceinte de la pièce. Un bras se tendit et referma la fenêtre. Un homme se tenait devant, observateur. Il regardait le terrain de baseball lui aussi. Shizuku n’en crut pas ses yeux, pourtant l’homme ressemblait à son ancien ami Sugimura.

Elle ne l’avait plus revu depuis un bon moment. Depuis, la dernière rencontre des anciens élèves, neuf ans auparavant. Ils s’étaient pourtant promis de garder le contact. En songeant à garder le contact, elle repensa à Yuko qu’elle n’avait pas vu depuis deux ans. Maintenant qu’elle était de retour à Tama, elle n’avait plus d’excuse. D’ailleurs, qu’est-ce qui lui empêchait de faire un crochet chez elle ?

Shizuku avait appris de sa mère, Asako, que Yuko était fraichement divorcée. Une histoire banale de tromperie. Son mari été parti avec la fille de la voisine, laissant Yuko seule avec deux petits. Sato, six ans et Nakama quatre ans.

L’homme a la fenêtre disparue.

Shizuku sourit.

Elle se rappelait le jour où elle avait fait les entremetteuses. Pouvait-elle avoir l’espoir de s’amuser à cela encore à son âge ?

La fois où elle avait rencontré Sugimura, il était célibataire. L’était-il encore ?

Son sourire creusa ses joues plus fines qu’à l’époque de ses quatorze ans.

Pour le savoir, il fallait qu’elle le rencontre.

D’un pas amusé et assuré, elle se rendit dans le bâtiment où se situait la bibliothèque.

Elle monta les escaliers, caressant les rampes, retrouvant le souvenir de ses amies de la chorale et de la foule d’élèves qui déambulaient dans les couloirs avec divers babillages.

La jeune femme se planta devant l’entrée de la bibliothèque et parée de son plus beau et grand sourire, surprit l’homme qui venait d’en sortir.

—Je savais bien que c’était toi. Sugimura, l’âge t’aurait-il donné goût à la lecture ?

—Tsukishima ? C’est toi ?

L’homme écarquilla les yeux, profondément étonné par cette rencontre.

—Si on m’avait dit que je te rencontrais ici ! ça fait longtemps ! T’n’as pas changé.

—Je te retourne le compliment. Toujours ramasseur de balle ? le railla-t-elle.

—Bêtasse. Ah ! C’était le bon vieux temps. J’t’avoue que je signerais tout de suite pour redevenir un simple ramasseur de balle. Et toi, toujours pas de roman en perceptif ?

—Peut-être bien que si. Le temps nous le dira.

—Toujours célibataire, dit-il en remarquant l’absence d’alliance.

—On ne se refait pas.

—Personne n’est assez bien pour mademoiselle.

—Va donc savoir. Mais je peux te retourner la remarque.

Elle pointa la doigt vers l’annulaire de son ami de collège.

—Tu m’as eu. Je me suis fiancée, il y a trois ans, mais nous étions trop différents, on a préféré rester bons amis. Des nouvelles des anciens ?

—Tu me le demandes ? Tu sais, je n’ai pas gardé le contact. Ma vie ne me donnait pas beaucoup de temps pour ces choses-là.

—Je vois… Et Yuko ?

En le disant, ses joues s’empourprèrent un peu et il vint tortiller ses doigts comme un enfant.

—Yuko… Je ne l’ai pas vu depuis un moment. Je vais rattraper le temps.

—Mais Tu ne vies pas de l’autre côté de Tokyo ?

—Plus maintenant. Je suis de retour chez papa et maman. J’ai démissionné de mon poste. Trop de corvées pas assez d’épanouissement.

—Je comprends, assura-t-il en haussant les sourcils et en hochant la tête. On devrait se faire une soirée un de ses jours.

Sugimura lui tandis une carte.

Elle s’en saisit et la contempla.

—Je ne peux pas y croire ! Toi ! Tu es bibliothécaire ?

—Etonnant, n’est-ce pas ? Je travaille dans la bibliothèque qui vient d’ouvrir à l’entrée de la ville. Avant, je bossais à la bibliothèque centrale. J’avais envie de nouveauté.

—La centrale ? Mon père y travaille encore. Seiya Tsukichima ? Tu connais ?

—Je n’ai jamais fait attention. Était-il dans les archives ?

—Il était au classement, maintenant, il est secrétaire à la bibliothèque.

—Ça ne me dit rien. On a dû se passer à côté tout ce temps.

—Maintenant que je m’en souviens, avant, tu étais herboriste, non ?

—On ne peut rien te cacher, miss rêveuse. L’entreprise a fait faillite il y a sept ans. C’est à ce moment-là que j’ai voulu changer de branche.

Sugimura se tourna vers les fenêtres du couloir nostalgique du temps qui passe.

—J’ai fait une donation de livre à l’école. La bibliothécaire a rit en empilant mon carton sur ceux d’un certain monsieur Amasawa. Elle a dit qu’elle pouvait dès à présent ce construire un château de livres.

—Monsieur Amasawa tu dis. De la clinique Amasawa ou…

—Je n’ai pas demandé. Peut-être était-ce Seiji ou son frère… Son père. Ce n’est pas rare que les Amasawa offre des ouvrages.

—Je vois.

Shizuku pencha la tête à son tour vers les arbres qui entouraient l’établissement.

—Bon, on se revoit pour boire un coup et parler du bon vieux temps, lança-t-elle.

Sugimuro rit et accepta avec plaisir.

—Passe à la bibliothèque de temps en temps, nous avons souvent des nouveautés.

—J’n’y manquerais pas.

—Et, dans le cas où cela t’intéresse, une de mes collègues va bien partir en congé maternité. Si ça t’intéresse de bosser là-bas, la place ne va pas tarder à se libérer.

—Sérieusement ?

—Je peux t’organiser un rendez-vous avec la directrice.

—J’en serais ravie.

—Ce sera un temps partiel.

—Parfait. Ça me laissera du temps libre. Merci, Yushifumi.

Sugimura entrouvrit les lèvres. Depuis qu’il connaissait Shizuku, il ne l’avait jamais entendu l’appeler par son prénom.

—À charge de revanche. Si t’as le poste, tu m’offriras un bon plat de ramen avec une bonne bière.

—Promis.

Ils se quittèrent devant le portail du collège et prirent des chemins différents.

Shizuku regarda un instant Sugimura. Son dos s’était épaissi et il avait bien doublé en taille, depuis de le collège. C’était un homme, et à vrai dire, elle l’avait constaté pendant qu’ils parlaient. Elle se surprit en posant sur lui un regard nouveau. Plus celui d’une femme que d’une adolescente. Cette différence l’amusa, alors qu’elle prenait le chemin du retour.

Derrière des collégiennes en tenue de sport, elle se rappela combien elle détestait les tours de terrains que mr. Ibiki leur imposait avant de pratiquer le basket.

Elle tourna dans une ruelle.

Le ciel se couvrait d’un voile diamanté.

A chaque fois que Shizuku basculait la tête vers l’éther, elle y retrouvait mille-et-une pierre flottante. Elle imaginait à nouveau les astéroïdes et l’aventure au côté de Baron.

Elle sentait dans ses jambes les courants ascendants. Son pantalon robe, jaune comme le pissenlit, dansait sous la brise. La caresse du tissu fit exploser de joie la jeune femme.

Et dans la rue, elle se mit à courir les bras écartés en annonçant à qui voulait bien lui accordait un regard :

—Baron, achevons cette histoire qui est la nôtre, reprenons les prémisses de nos folles aventures et retrouvant ta chère et tendre Louise, peut-être saura-t-elle nous montrer le chemin à suivre, le chemin du bonheur.

Elle rit à gorge déployée, déboulant de toute son hilarité au coin de la rue. Elle ne désaccéléra pas et continua ainsi, jusqu’à arriver à la superette. Celle-ci n’avait pas changé d’un yota depuis qu’elle avait quitté Tama.

Shizuku salua la fille de la gérant et après un tour des rayonnages posa sur le comptoir une bouteille de lait ainsi que deux boîtes de biscuits, une tablette de chocolat et des mikado saveur fraise et nougat. Elle ouvrit la glacière devant la porte et ajouta à ses achats une glace à l’eau.

En payant, la jeune femme aperçut l’étui d’un violant sur une étagère derrière le tabouret de la caissière. Le sac en main, la glace dans l’autre, elle soupira.

L’image du jeune Seiji revint dans son esprit. Était-ce de la simple nostalgie ou y avait-il l’exhalation d’un regret. Celui de ne pas avoir garder le contact. Peut-être y avait-il surtout le poids du temps qui passe et la certitude qu’elle se sentait un peu seule dans sa vie.

Après tout, Seiji était le premier garçon qui l’avait demandé en mariage. Avant qu’elle parte au lycée, Shizuku était persuadée de débuter sa vie avec lui et aussi de la finir… Voilà la promesse du premier amour. Une promesse qui tient rarement dans le temps ou qui prend un temps infini à réaliser.

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