Partie 17 : Les Dieux de la Tour

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« Santé ! »

crièrent tous les anges de cette magnifique Tour qu’est la Trance.

Dans la plus prestigieuse salle de la Tour, située au 100e étage, tous célébraient la réussite du plan destiné à éviter le « Grand Tourrassement ».

Alcool, plats exquis, luxure, drogues en tout genre : les invités consommaient tout ce qui leur était proposé, sans la moindre retenue.

— Fiou ! Y a pas à dire, je remercierai jamais assez l’homme qui a inventé le sexe ! s’exclama Gustaphère en sortant d’une chambre, vêtu uniquement d’un caleçon.

Susie, sortant de la pièce voisine, l’interpella :

— Comment pouvez-vous être sûr que ce soit un homme qui en ait eu l’idée le premier, et pas une femme ?

— C’est le chasseur qui a inventé la chasse, pas le lapin.

— Seigneur…

Un invité passa la tête dans le couloir :

— Mon cher Gustaphère, notre hôte Richard vous cherche pour la séance de karaoké !

— Ooh, pile ce qu’il me fallait ! Dites-lui que j’arrive. Et préparez-moi cinq verres de scotch, de la cocaïne, et deux vierges des bas étages !

La fête battait son plein.

Une fois réunis sur scène, Richard et Gustaphère firent le spectacle en chantant « The Winner Takes It All » d’ABBA, sous les acclamations des invités. Complètement éméchés, ils improvisèrent une chorégraphie ridicule, bientôt rejoints par Susie.

— C’était incroyable, mes amis ! s’écria Richard. Dommage que notre cher Lucifer ne soit pas là pour fêter ça avec nous. J’ai essayé de le contacter, mais aucune réponse. Vous avez des nouvelles ?

La tête embrumée par l’alcool, Susie répondit en riant :

— Hein ? Mais enfin, mon cher Richard, de qui parlez-vous ?

— Vous plaisantez, j’espère ? demanda-t-il, un sourire inquiet aux lèvres. Je parle de Lucifer, notre frère ange. Le premier à avoir eu l’idée de ce plan !

— Oulah, mon cher Richard, l’alcool vous fait perdre la tête, intervint Gustaphère. Et vous rend bien modeste.

— Comment ça ?

— C’est vous, Richard. C’est vous qui avez eu l’idée. C’est vous qui nous avez alertés sur ces rats venus d’ici et d’ailleurs qui risquaient de nous remplacer.

— Exactement, ajouta Susie. Vous êtes le héros du paradis. L’ange de lumière qui nous a sauvés. Pas ce… Lucifer.

Le sourire de Richard se figea.

Malgré l’alcool et les substances, son esprit se dégrisa brutalement. Une crainte froide s’installa sur son visage.

« Pourquoi suis-je le seul à me souvenir de lui ? »

Il tenta de se raccrocher à ses souvenirs.

« Lucifer existe. Il existe. C’est un ange. Un ange qui habite au… »

Soudain, il blêmit.

— Le 66e étage…

— Le 66e étage ? répéta Susie, interloquée.

— Lucifer. Il habite au 66e étage, porte 6.

Gustaphère fronça les sourcils.

— Impossible, mon cher Richard.

— Évidemment… souffla-t-il. Le 66e étage est scellé. Plus personne n’y habite.

Une douleur fulgurante lui traversa le crâne. Son pouls s’emballa. La salle tourna autour de lui.

— Richard ? Tout va bien ?!

Les voix semblaient s’éloigner.

— Mon cher Richard, que vous arrive-t-il ?

Le monde s’éteignit.

« Lucifer ! »

« Lucifer. »

« Lucifer ? »

« Qui est Lucifer ? »

Combien de temps passa ? Impossible à dire.

Quand Richard rouvrit les yeux, il n’y avait plus rien.

Du néant à perte de vue. Du blanc, partout. Aucun sol, aucun ciel, aucune limite.

— Où est-ce que je suis… je suis mort ?

— Non. Vous ne l’êtes point.

La voix, douce et apaisante, venait de derrière lui.

Richard se retourna.

Il le vit.

Ou plutôt… ça.

Une forme presque humaine, mais impossible à définir. Ni homme, ni femme. Ou peut-être les deux à la fois. Une présence blanche, plus pure encore que le vide qui l’entourait.

Instinctivement, Richard murmura :

— D… Dieu ?

L’être eut un léger rictus.

— Pas exactement. D’un point de vue universel, je ne suis pas la « pensée primordiale ». Mais de votre point de vue, à vous, humains…

Il se désigna.

— Si vous êtes les anges de la Tour… alors nous sommes les Dieux de la Tour.

Le blanc vibra.

Le silence s’étira.

Et quelque part, très loin au-dessus des étages, quelque chose attendait que l’histoire continue, ou pour nous, qu’elle se termine… bientôt !

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