05h02
Sa sueur tombe en grosses gouttes sur le sol en pierre.
Ses mains serrent la lanière de son large tablier en cuir.
Il saisit une paire de gants épais et l’enfile.
D’un geste ferme, il attrape la lame d’une épée usée et la plonge dans les flammes du bas fourneau.
Un crépitement vif résonne au contact.
— Cette lame est vraiment affaiblie…
Sa voix graveleuse envahit la vaste salle.
— Il sera difficile de la restaurer plus longtemps.
Après un moment, sa main la retire vivement et la dépose sur l’enclume.
Il commence à la marteler avec vigueur et force.
Un bruit sourd emplit toute la pièce à chaque fois que le marteau cogne.
Le métal encore rouge projette de petites étincelles.
— La pierre, c’est la base.
Son ton rauque résonne avec virulence.
— Ensuite vient le fer.
Sa voix a un effet chantant.
— Avec acharnement, il faut s’entraîner. Le feu ne se maîtrise pas, tu dois le dompter !
Ce n’est pas un ami, ne lui fais pas confiance.
Forger, c’est la vie, tu crées un miracle, mais ne te réjouis pas, car apprendre, il te faudra.
N’est pas forgeron qui veut, ce n’est pas une passion, c’est un dévouement.
Oublie tout le reste, seule la forge compte, et si tu manques d’attention…
Tu en subiras les conséquences, impardonnables !
Après une dernière résonance métallique, il plonge la lame dans le seau d’huile près de l’enclume.
Un sifflement aigu suivi d’un brouillard de fumée envahit alors la forge.
— Une bonne trempe est toujours obligatoire.
Il extrait le métal et l’essuie avec un chiffon, puis saisit une pierre blanche sur l’établi.
D’un geste rapide, ses doigts la font glisser à un angle précis de quarante-cinq degrés.
— Elle reste usée… Je doute qu’elle tienne plus d’un mois, mais c’est déjà mieux.
Quelques minutes s’écoulent encore avant qu’il ne s’arrête.
Il observe son visage buriné dans le reflet de la lame.
Son regard bleu céruléen est inébranlable, et ses cheveux sont grisonnants.
Une cicatrice se reflète sur sa joue gauche, sous l’œil, jusque au bas de son menton.
— Le tranchant reste bon ! Maintenant, je peux continuer à travailler sur mes autres commandes.
Son regard se pose sur la garde de l’épée et il pousse un soupire.
— Ou pas… Elle est bien plus usée que je ne le pensais. Pourtant, Michel en prend vraiment soin.
Sa main droite frotte sa jambe qui est d’une dureté inhabituelle.
Bien qu’il existe une connexion sensorielle, aucun muscle ou tissu ne semble présent.
Je t’en dois une, Alaric, sans toi…
Eh bien, me voilà devenu nostalgique.
Ses sensations s’effacent et mes perceptions se connectent aux sens de Linda.

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