06h06
Assis, il fixe un document sur son bureau.
Soudain, un léger hoquet se fait entendre et son cou pivote vers le lit à sa droite.
Je me demande si elle attend un garçon ou une fille.
Éline soutient son ventre arrondi en chantonnant tout doucement.
Ses longs cheveux acajou glissent sur ses épaules et ses iris bleu ciel se relèvent sur son père.
Derrière elle, un tableau noir gribouillé de notes est accroché. Thomas tousse légèrement.
— Je voudrais revoir le cours que j’ai préparé pour les enfants.
— Je t’écoute.
— Combien de mois compte une année ?
— Treize !
Il hausse un sourcil.
Le rire d’Éline est léger.
— Désolée, je me suis laissée emporter.
— Au contraire ! Réponds, ça me permet d’enchaîner.
— D’accord.
— Combien y a-t-il de jours par semaine et par mois ?
— Sept jours. Vingt-huit et vingt-neuf pour le dernier.
— Cite-moi chacun des mois dans l’ordre.
— Jeva, glim, solum, luminea, flori, solari, nympha, autuma, nebulis, hierna, frostia, nieole, cyclus.
Son regard se tourne vers ses notes sur lesquels il effectue de léger ajustement.
— C’est aussi amusant que quand j’étais petite.
— Content que ça te plaise.
— Je me rappelle des quiz qu’on faisait, toi, moi et maman.
— Moi aussi.
Tu me manques, Carla, mais notre fille te ressemble tellement aujourd’hui.
— Cite-moi chacun des jours dans l’ordre.
— Lunae, martis, mercurii, jovis, veneris, solis, dimis et circulus.
— Combien de fois circulus apparaît dans une année et quelle est sa signification ?
— Une fois. C’est le festival du renouveau. Il marque la fin et le début d’une année.
— Comment gère-t-on l’année bissextile qui a lieu tous les quatre ans ?
— Circulus dure quarante-huit heures, c’est l’avènement du renouveau.
— Cite-moi les quatre saisons et le premier jour de chacune d’elles ?
— Le printemps tombe le sept solum ; l’été commence le quatorze solari…
Éline inspire légèrement en soutenant son ventre.
— L’automne démarre le vingt-un nebulis ; l’hiver le vingt-huit nieole. Il s’agit toujours d’un dimis.
— Combien de jours dans une année et d’heures pour une journée ?
— Trois cent soixante-cinq, vingt-quatre.
Thomas réajuste ses lunettes.
Il devient évident que ce calendrier est une simplification du modèle grégorien.
Ici, le principe est de limiter les modifications régulières pour maintenir une stabilité des dates.
— Cite-moi le nom du créateur de notre calendrier ?
— Noran Keltus, né avant le calendrier, mort en l’an trente-six.
Noran… Ce nom est très probablement le mien.
— Parfait, même si je sais que les enfants ne répondront pas aussi facilement.
— Tu devrais parler de la dernière chanson chantée par Mizuki au festival du Renouveau.
— Tu veux parler de « Un Allié Éternel » ?
— En effet. Cela pourrait renforcer leur motivation pour le cours.
— C’est vrai que ses chansons plaisent vraiment aux enfants.
— Dommage que ce ne soit qu’un passe-temps, son talent est indéniable.
— Ce n’est pas faux, merci de cette suggestion.
Son regard se tourne vers l’étagère à sa droite.
— On dirait que quelque chose te tracasse, Papa.
— Je me demande comment était le monde autrefois.
— Je ne sais pas comment étaient nos ancêtres, mais…
Éline se lève doucement, puis s’approche de Thomas et place ses mains sur ses épaules.
— Tu es vraiment tendu, tu sais que ce n’est pas bon pour ta santé.
— Toi aussi tu devrais te ménager ! N’oublie pas que tu attends un bébé.
— Oh, ne t’en fais pas ! Samuel me ménage déjà bien assez !
— C’est normal, c’est ton époux.
— Ne te mets pas à me couver ! Je ne suis plus une enfant.
L’intonation d’Éline augmente doucement.
Un sourire se dessine sur le visage de Thomas.
— Tu seras toujours ma fille, même après ma mort.
Elle soupire vivement.
— Pourquoi les deux hommes de ma vie pensent que je ne peux plus rien faire !
Il adopte un air sérieux.
— Je ne dis pas que tu ne peux plus rien faire, mais là, tu es enceinte de six mois.
Éline fait de même.
— Moi, ça ne me gêne pas !
— Déjà petite tu restais toujours après l’école pour nettoyer.
— La propreté est essentielle, il est naturel de nettoyer ce que l’on salit !
— Tu étais la seule à le faire, même quand ce n’était pas ton tour.
— Le ménage revient à tous, ce n’est pas une question de programme.
— Tu n’as jamais délégué tes tâches, c’est ainsi depuis la mort de ta mère.
— Je ne fais qu’assumer mes responsabilités ! Maintenant, détends-toi !
— Tu as raison, mais imagine les connaissances qu’avaient nos prédécesseurs.
— Papa, je n’échangerais aucune connaissance au monde contre notre lien.
— Tu as raison, mais l’ignorance est un crime qui nous conduit à l’échec.
— En effet, mais les sentiments sont aussi une forme de connaissance.
Éline enlace Thomas en passant ses bras sur sa poitrine.
— L’important est ta dévotion et la première règle de l’éducation.
— S’adapter aux besoins individuels et collectifs de chacun.
Ses sensations s’effacent et la chaleur d’un feu me parvient, son souffle est léger et ses yeux clos.

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