06h17
Il semble que mes perceptions soient connectées aux sensations de Shana.
Un craquement sur une branche la fait sursauter et ses paupières s’ouvrent rapidement.
— Je me suis endormie…
Ses index glissent sous ses yeux, puis ses mains passent sur son visage.
Son souffle sort dans un long soupire avant que son regard ne scrute la forêt environnante.
Quelques oiseaux chantent dans leurs nids pendant que la brise fait bouger les feuilles des arbres.
Non loin, un sanglier renifle le sol avant de le gratter ardemment et des marcassins l’imitent.
Plus loin sur la droite, une biche dévore goulûment de jeunes pousses.
Sur sa gauche, un renard se faufile dans un buisson.
Il tient entre ses crocs serrés un lièvre ensanglanté.
Les braises crépitent, ses paupières se ferment, puis se rouvrent brusquement.
J’ai encore failli m’endormir…
D’un geste ferme, elle se pince le bras, puis approche ses mains du feu.
Au moins, je ne suis pas en plein rêve.
Les secondes s’écoulent lentement et son estomac gargouille doucement.
Maman a sûrement déjà ouvert le restaurant…
Sa langue glisse sur ses lèvres.
Ses petits plats délicieux doivent déjà mitonner sur les fourneaux…
Elle mordille doucement sa lèvre inférieure.
J’aimerais être avec elle comme autrefois pour cuisiner joyeusement…
Soudain, sa tête bascule machinalement de droite à gauche.
Non ! Ma priorité reste de retrouver papa.
Malgré les gens endormis à ses côtés, elle continue d’observer en silence la forêt.
Je ne peux pas me laisser distraire, le danger peut arriver n’importe quand.
Un souvenir me revient, même si Shana n’a jamais vécu à Hanakaze.
Elle est encore petite, autour d’elle une vaste cuisine, sa mère prépare avec soin de nombreux plats.
Shana observe du haut de son tabouret.
— Prépare cinq grammes de sel, trois de sucre et deux millilitres d’huile d’olive.
La voix de sa mère est ferme.
Shana tire la balance et attrape deux petites coupelle qu’elle pèse et remplit.
Elle saisit ensuite un verre mesureur et verse l’huile.
— Parfait, commence à éplucher les taternias.
Shana descend de son tabouret et s’installe sur la table.
Couteau en mains, ses gestes sont lents, mais précis.
Ses sensations s’effacent et mes perceptions se connectent à celles d’Etsuko.

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