06h20
Elle est assise au fond du canapé. Ses doigts font glisser l’aiguille dans le tissu avec rigueur.
Les coutures se forment vite et il est déjà évident qu’il s’agit d’une petite robe bleu marine.
Sur ces cuisses repose la tête d’une jeune fille a la chevelure brune mi-longue.
Yuki est tellement mignonne. Dire qu’elle aura six ans le mois prochain.
D’un regard, elle scrute les mannequins vêtus de tenues diverses qui sont alignés le long des murs.
Au centre de la pièce se trouve un comptoir central avec plusieurs bobines de fils.
Des écheveaux de laine, des ciseaux de tailleur et des patrons en papier.
Tout est rangé dans divers petits compartiments. Le bourdonnement des firins s’éloigne lentement.
J’ai le temps d’ajouter un motif floral… Un bouquet de marguerites rendrait bien
Mizuki avait l’air heureuse de recevoir mon cadeau, mais je me demande si elle l’apprécie.
Ses mouvements sont lents et méthodiques, mais elle reste attentive aux réactions de Yuki.
— Les cuisses de maman sont le meilleur oreiller du monde !
Le murmure de Yuki provoque un large sourire chez Etsuko.
Ses doigts s’arrêtent, puis sa main droite se pose dans les cheveux soyeux de sa fille.
Ils sont un peu longs, je demanderai à Annie de lui faire des couettes.
Elle est tellement mignonne ! C’est le plus beau cadeau que Kazuya m’ait fait.
Brusquement, son visage se contracte et ses sourcils se froncent.
— Pourquoi a-t-il fallu que ces horribles bandits l’assassinent !
— Maman ?
Yuki émerge doucement, surprise. Etsuko essuie une larme d’un revers de la main.
— Tout va bien, ma puce, tu peux dormir encore un peu si tu veux.
— Trop beau ton ruban.
Yuki ferme à nouveau ses paupières.
Etsuko glisse sa main dans sa tresse noire cacao et effleure son vieux ruban blanc.
Celui que Kazuya lui avait offert lors de leur première rencontre.
Ce cadeau les avait conduits dans l’étable de la ferme des Kulligan.
Sans y avoir été, ce souvenir joyeux me revient.
Des sourires échangés, les mains de Kazuya glissant dans sa longue chevelure.
Un baiser discret au détour d’une ruelle, le foin sec sur leurs peaux, des caresses douces et tendres.
De la douleur, puis de la joie. Un départ, une promesse, les pleurs… l’avoir vécu sans le vivre.
Kazuya… Si seulement tu étais encore, près de moi…
On aurait dû se dire oui, construire notre vie, rêver ensemble…
Aujourd’hui, je porte seule notre amour, notre espoir… notre petite fille.
Sache que je veillerai sur elle avec mon cœur, comme tu l’aurais fait.
Je sais que même si tu n’es plus là, mon amour pour toi ne s’éteindra jamais.
Elle sourit de nouveau en regardant le visage tout rond de Yuki.
Il m’est évident que le savoir-faire de ce village est trop avancé malgré l’absence de technologie.
Hana aurait-elle pu transmettre son savoir, après tout si elle a survécu, pourquoi pas.
Ses sensations s’effacent et mes perceptions se connectent aux sens de Mizuki.

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