09h16

3 minutes de lecture

Michel se tient debout devant le bureau. Linda, toujours assise, le fixe d’un regard attentif.

— J’ai fait un recensement sur les quinze dernières années.

Sa voix est très fluide, son genou droit frotte le bois.

Alors qu’il garde les bras croisés, elle place le livre devant lui.

Il pose ses mains sur le bureau rugueux pour lire attentivement le registre.

— Une augmentation de quarante habitants.

Le ton de Michel est calme, ses doigts frôlent le papier.

— C’est lié aux flux migratoires et aux naissances.

— Nos finances ont l’air d’augmenter.

— Exact, tout comme nos stocks alimentaires.

Michel hoche la tête avec un air pensif, il respire lentement par le nez.

— Peut-on encore améliorer ça ?

— Kenji effectue déjà un travail exemplaire.

Un large sourire se dessine sur les lèvres de Michel et un air de fierté traverse son regard.

— Tu as raison.

Il fronce légèrement les sourcils en parcourant sa page dans le registre.

— Tu as inclus sur ma fiche que j’étais qualifié pour ce travail ?

— Tu seras notre prochain chef ! Donc, tu joues un rôle crucial.

— Je vois.

Toujours pensif, Michel observe Linda et son souffle neutre frôle sa nuque.

— Comment se situe Hanakaze sur la démographie nationale ?

— Nous sommes dans la moyenne haute avec quatre-vingt-douze habitants.

Michel arque un sourcil, il se redresse et croise encore les bras.

— Tu as l’air perplexe ?

— Exact !

Elle tapote légèrement sur son bureau, son pied gauche s’agite doucement.

— Dans les prochaines années et avec des remparts la population pourrait vite doubler.

Linda soupire, en ferment les yeux l’espace d’une seconde.

— Une augmentation de cette ampleur exigera plus de ressources et de bâti.

Elle fixe Michel avec un regard hésitant.

— Il est évident que la dynamique du village changera.

Il hoche la tête, puis passe une main dans son cou avec nervosité.

— En effet, la cohésion risque de s’effriter.

— Ce n’est pas un simple risque.

Linda ferme un court instant ses paupières.

— Pardonne ma curiosité, mais… Pourrais-tu me parler de ta mère ?

— Selon papa, elle était attentive, chaleureuse et souriante.

— C’est dommage que nous l’ayons perdue.

Un souvenir me revient alors que le silence entre eux est pesant.

Il remonte à quelques mois avant la naissance de Michel…

Émilie fixe Matthew dans les yeux avec fermenté.

— Tu comptes fuir comme un lâche, papa ?

— Tu ne comprends pas, ce village est perdu. Je ne veux pas mourir pour un lieu.

Émilie fronce les sourcils et avance d’un pas ferme.

Son index se pose sur la poitrine de Matthew et le repousse légèrement.

— Alors fuis comme le lâche que tu es.

— Ne sois pas bête, viens avec moi.

— Jamais ! Ce village est le mien, c’est ma maison, je ne l’abandonnerai pas.

Matthew recule d’un pas.

— Tu penses vraiment que cet homme va réussir à arrêter un leruria ?

— Je ne sais pas, personne ne peut le prévoir… mais pour autant, je ne reculerai pas.

Matthew serre son poing, il fixe le regard d’Émilie.

— Si…

— Je t’aime, papa, mais ce village aura toujours ma priorité.

— Tu ne dois rien à personne !

— Au contraire, je leur dois tout. Sans ceux qui ont recueilli et sauver maman, je ne serais pas née.

— Sans moi non…

— En effet, sans toi non plus, mais on n’abandonne jamais ce que l’on aime !

Me revoici dans l’instant présent.

Après un sourire un peu triste, Michel reprend un ton neutre.

— Qu’en est-il de la sécurité des villages avec une population similaire ?

— Un garde pour dix habitants, mais on en a deux fois plus !

— Peux-tu me parler de ton village natal ? Hakari, il me semble.

— Exact !

Linda marque une légère pause en réajustant ses lunettes.

— Il est situé à treize kilomètres à l’est de Hanakaze.

— Comment se porte-t-il ?

— Selon mes dernières infos, il est inhabité en raison de sa mauvaise gestion.

— C’est dommage.

Michel soupir avant de sourire.

— En tout cas, ton recensement est très précis avec tous ces détails.

— Ces données sont à titre informatif, n’en profite pas trop.

— Promis, je ne regarderais pas ta fiche.

Ce registre me permet d’identifier chaque villageois avec précision.

Cependant, ses informations sont déjà présentes dans ma mémoire sémantique.

Hana… Kaze… Il devient évident que c’est elle mon observatrice.

Ses sensations s’effacent et mes perceptions se connectent aux sens d’Annie.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Vous aimez lire MirinaIshiki ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0