09h31
Ses mains entrent dans l’eau froide de la petite mare qui longe le sentier.
Ses doigts se serrent et elle remonte le liquide vers son visage épuisé en le frottant d’un geste vif.
— Allez, on continue ! Il reste environ deux heures de marche.
La forte voix de Karl résonne non loin, tout comme le bruit de son pied agité claquant sur la pierre.
Assise sur une souche derrière Shana, Émi soupire longuement.
— Sérieux !
Son regard encore un peu endormi, Shana l’observe un court instant sans réagir.
— On ne peut pas faire une pause plus longue ?
La voix plaintive d’Émi est aiguë et son visage affiche un air contrarié.
Alain s’approche lentement de sa sœur et lui tend une gourde.
Émi boit rapidement et l’eau coule un peu le long de son menton.
Depuis une zone empourprée dans les herbes, Karl, scrute l’horizon.
— Non ! On avance ! Il y a une rivière plus loin, on s’arrêtera là-bas !
Alain regarde Émi soupiré encore une fois en rangeant la gourde.
— Attends, je vais prendre tes affaires.
Elle se lève d’un petit bond et sautille légèrement en souriant.
— Cool ! Merci !
Un court interlude me laisse réfléchir.
Ces changements brusquent sont parfois un peu confus…
De plus, il reste complexe de tout analyser.
Cependant, cela ne gêne sûrement pas le Chishiki qui m’a créé.
Alors que la marche reprend, Émi se montre plus joyeuse.
— Je me sens plus légère, enfin une vraie balade.
Le visage de Shana montre une légère contrariété.
— Garde au moins ton bâton, tu ne peux pas lancer de sort sans.
Encore l’une de mes réflexions…
Il me semble que Mirina effectuait des recherches au sujet de l’ERA.
Shana regarde Émi prendre un ton rieur, alors qu’elle marche à reculons.
— T’inquiète pas ! Alain me le rendra en cas de problème.
En soupirant, Shana tourne son regard sur Karl, qui marche loin devant.
— Il y a peu de chance que les bandits aient emprunté ce chemin.
— Et moi, je suis certain d’être sur la bonne route !
Malgré le ton ferme de Karl, Shana reste calme, bien qu’intérieur sa frustration me soit perceptible.
— Je ne vois aucune empreinte.
— La guilde a fourni les informations.
— Tu sais, elle peut se tromper. Personne n’est infaillible.
Karl crache rapidement au sol et s’arrête brusquement pour se tourner vers Shana.
— C’est ridicule ! La guilde est toujours fiable, inutile d’en discuter !
Alain se rapproche de Shana avec des pas feutrés et lui lance un léger sourire en coin.
— Est-ce que c’est vrai ?
— Oui, la guilde regroupe les informations…
Shana marque une courte pause, ses paupières clignent une fraction de seconde sous la fatigue.
— Elles sont parfois erronées, factices ou mal transmises.
— Personne ne vérifie ?
— Des personnes sont affectées à cette tâche…
Karl reprend une marche rapidement sans se retourner.
Avec plus de légèreté, Shana fait de même en observant attentivement le périmètre.
— Aucune information n’est jamais certaine.
Les yeux d’Alain fixent la poitrine de Shana, mais elle décide d’ignorer le regard du jeune homme.
— Entre le temps de transmission et celui d’arrivée, les choses évoluent.
— Je comprends ! Ceux qu’on cherche ont eu le temps de se déplacer.
Émi intervient soudain en se collant à Shana et passe son bras sous celui de la jeune femme.
— Dans ce cas, on devrait prendre le temps de chercher un autre chemin.
— Exact, mais la règle des aventuriers pour éviter les discordes est de suivre le chef de groupe.
Une règle ! Cela m’évoque un souvenir assez ancien d’un homme qui m’a dit un jour :
Ne partage jamais le savoir avec les ignorants, c’est un pouvoir dangereux.
Impossible de me rappeler son nom, mais c’était un Chishiki, comme moi.
Il parlait du danger lié à la mauvaise utilisation du savoir.
Ceux qui ne comprennent pas que la connaissance est l’une des armes les plus puissantes.
Le savoir adopte plusieurs formes.
Déclaratif, procédurale, conditionnel, cognitif, émotionnel, spirituel, culturel, pratique, tacite.
Cependant, certains sont plus dangereux que d’autres, l’histoire le prouve.
Cela me rappelle d’ailleurs que Mirina pouvait être dangereuse, elle n’hésitait pas.
Ses expériences dans tous les domaines l’amusaient, mais elle avait conscience de chaque risque.
Alors que mes réflexions m’accaparent, Shana baille, secoue la tête, ses yeux clignent vivement.
Elle soupire fortement en s’extrayant du bras d’Émi.
Je n’arrive vraiment pas à me réveiller correctement…
Je ne vais pas avoir le choix.
Shana attrape dans son sac une petite bouteille remplie d’un liquide noir.
Elle boit d’une traite en se pinçant le nez.
Le goût du café froid et amer lui donne la nausée.
C’est vraiment pas bon, déjà que je n’aime pas ça chaud.
Ses sensations s’effacent et mes perceptions se connectent aux sens de Mizuki.

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