11h43
Sa fatigue m’accable alors qu’elle ferme les yeux d’un battement de cils rapide…
Son pied gauche percute une pierre avec force, elle rouvre ses paupières et ancre le droit au sol.
Sa respiration s’accélère, son regard se perd une fraction de seconde dans le paysage forestier.
J’ai vraiment failli chuter…
Le chemin est calme, avec une température déjà plus chaude qui avoisine les vingt degrés.
Juste quelques pas à sa droite et elle s’agenouille au bord d’une rivière, son visage se reflète…
J’ai de vilaines cernes, mais ça pourrait être pire.
— Nous ne sommes plus très loin !
La voix ferme de Karl retentit sur le sentier derrière elle.
Elle tourne un instant la tête pour l’observer en train de fixer l’horizon.
Rapidement, elle décide de l’ignorer pour se concentrer sur elle-même.
Ses mains trempent dans l’eau en formant un puits, elle les porte à son visage.
Non loin, Alain et Émi se désaltèrent bruyamment au rythme du souffle printaniers.
Après un court silence et le saut d’un lièvre, Émi regarde Shana qui se rince le cou.
— Alors, depuis quand es-tu une aventurière ?
— Bientôt un an. Neuf mois, pour être précise.
— Nous, ça fait un mois !
Sans attendre, Émi enchaîne énergiquement en sautillant avec légèreté sur l’herbe haute.
— J’ai vingt-deux ans et mon frère en a vingt.
Je suis épuisée…
Tout en tapant du pied vivement, Karl hurle avec véhémence ce qui fait fuir deux écureuils nichés.
— Bougez-vous ! On doit retrouver cette femme au plus vite !
Alors qu’un sourire étire ses lèvres, Émi passe près de Shana avec un rire taquin.
— On compte sur toi pour nous protéger, n’est-ce pas, Alain ?
— Tu as raison, mais j’espère qu’on n’aura pas à se battre !
Shana soupire, puis scrute Karl qui bougonne en fixant la légère pente descendante.
— Évidemment qu’on devra se battre, te comporte pas comme un lâche !
Il hausse encore plus le ton.
— Est-ce qu’on a une chance contre ces bandits ?
L’intonation d’Alain est tremblante alors qu’il est maintenant près de Karl.
Dans le regard et les gestes d’Émi la peur est visible, même si elle se montre enjouée.
— Bien sûr ! Shana est au rang Fer on ne craint rien.
Shana pousse un nouveau soupir tout en se relevant, son pas reste lent, mais elle se rapproche.
Émi pense que je peux résoudre tous les problèmes, mais ce n’est pas le cas.
Le groupe commence à avancer, Shana est encore à plus de trente mètres en retrait.
— Quel âge as-tu, Karl ?
La voix d’Émi est toujours aiguë.
— Vingt-quatre ans et j’ai trois mois d’expérience.
Le ton de Karl est sec, il accélère encore son pas.
Sans l’écouter, Émi se tourne de nouveau vers Shana et ralentit le sien pour se rapprocher.
— Tu es célibataire, non ?
Émi prend soudain la main de Shana, le geste est ferme, sec, légèrement douloureux.
— Tu ne cherches pas un petit ami, par hasard ?
Émi fixe Shana. Un regard insistant, perçant.
— Mon frère est célibataire et très gentil.
D’un regard, Shana fixe fermement Émi. D’un geste maîtrisé, elle retire sa main de la prise.
— Je ne le connais pas assez et reste sur tes gardes !
— Moi, je sais que vous feriez un beau couple.
— Je ne cherche pas de petit ami !
— Tu devrais y réfléchir, Alain est un homme fantastique !
— Une attaque peut surgir n’importe quand, reste attentive.
Alain se rapproche soudain de Shana par la gauche en ajustant aussi sa vitesse.
— Tu vas nous protéger, pas vrai ?
— Je ferai de mon mieux, mais je ne suis pas infaillible.
— Alors, et pour ce qui est de sortir avec mon frère ?
La voix d’Émi est dynamique, son pas de côté presque dansant.
— J’ai déjà dit non.
— D’accord, mais si tu changes d’avis, viens me voir.
— Arrêtez de jacasser, on perd du temps !
L’intonation de Karl est agressive et son pas ne ralentit jamais.
Malgré mes différents hôtes, mes sentiments restent assez neutres.
Il m’est cependant agréable de voir le monde depuis les sens de Mizuki, Michel et Shana.
En fait, chaque personne m’apportent des sensations uniques, mais…
Ils sont ceux qui ont pour le moment mes préférences.
Doucement, Alain s’approche très près de Shana et chuchote alors qu’Émi s’éloigne vers Karl.
— Désolé pour ma sœur, elle n’est pas méchante, elle voulait être danseuse.
— Ne t’en fais pas, je l’ai bien compris.
— Tu sais, on n’a pas eu une enfance facile…
Alain soupire lentement, ses épaules s’affaissent légèrement.
— Notre mère exerce une activité, disons… peu orthodoxe.
— Je comprends…
— Émi à souvent vu les activités de notre mère, du coup, elle s’est juré de trouver un mari riche.
— Ce n’est pas la solution, mais je ne critique pas.
— Moi, je compte devenir chercheur en histoire, pas sur le terrain par contre.
— J’avais compris.
— De ce que je sais de Karl, je crois que sa petite sœur souffre d’une maladie grave.
— Oui, je sais, Lili c’est le prénom qu’il répète parfois en dormant.
— Merci de te préoccuper de nous, malgré la fatigue des gardes successive.
Ses sensations s’effacent et mes perceptions se connectent aux sens de Michel.

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