12h17
La corde de son arc est tendue à l’extrême et ses bras se crispent sous l’effort.
Son visage est empli d’une tristesse profonde et silencieuse.
Ses yeux fixent un point distinct, noyés dans un mélange d’épuisement et de douleur muette.
Son souffle court retient sa rage et son désespoir, tandis qu’elle maîtrise un léger tremblement.
Les grikans sont vraiment des monstres qui n’ont aucun respect !
Ses doigts se relâchent et sa flèche file pendant qu’elle scrute la zone.
La poitrine du grikan dansant sur le corps de Karl se retrouve perforée. Il s’écroule brutalement.
Non loin, d’autres maintiennent fermement Émi au sol et déchirent violemment ses vêtements.
— Non ! Lâchez-moi !
Elle sanglote en essayant de se débattre, mais les griffes tranchent lentement sa peau.
— Je ne veux pas ces trucs en moi !
Les grikans rient sans la moindre pitié, savourant cruellement sa douleur.
Saleté de monstres !
Une flèche vient perforer le crâne de celui qui est le plus proche d’Émi.
Les autres se retournent aussitôt, dans l’indifférence et ricanement.
Sa main touche son carquois, mais ses doigts rencontrent le vide.
Ce n’est pas vrai… Où sont mes flèches !
J’ai dû en perdre en esquivant tout à l’heure.
Grigs perfore le cœur d’Émi avec son épée sans le moindre avertissement.
— Espèce de salopard !
Shana hurle, tandis que leur rire dédaigneux et acerbe résonne dans l’air.
— Ar preg luacha, ett nea ed gro sei.
Je préfère l’archère, elle a de gros seins.
Les grikans ricanent joyeusement et leurs yeux brillent d’un plaisir sadique.
— Grig, Grag, nor aer pend luacha ed atasu.
Grig, Grag, nous allons prendre l’archère de force.
La voix de Grigs est bestiale, ses yeux affichent du mépris.
— Ett ene pok pak rett nea not piga.
Elle ne pourra pas résister à notre puissance.
Celle de Grag est puissante et grasse.
Sans reculer, Shana se tient debout en les observant s’approcher avec avidité.
Leurs pas sont lents, ils font grincer leurs dents pointues, leurs griffes acérées frottent les rochers.
— Grigs, nor aer fi vika ru fi sout.
Grigs, nous allons la violer et la soumettre.
L’intonation de Grig est sèche, pleine de haine.
Un grikan sur sa gauche rit fortement tout en tambourinant sur sa poitrine velue.
— Nor aer fi petsu ru fi poss.
Nous allons la pénétrer et la posséder.
Un autre proche de lui poursuit en sautant sur un rocher.
— Ett erit not prio, not esta.
Elle sera notre propriété, notre esclave.
Un troisième se rapproche de Shana par-derrière et saisit ses mains.
— Ett erit not zou, not troé.
Elle sera notre jouet, notre trophée.
Alors qu’ils approchent, elle les observe avec un regard empli de haine.
Ses mains tremblent, ses muscles se tendent, sa gorge est sèche.
Ce n’est pas vrai… Je ne l’ai pas vu venir… Je…
Le vent agite ses longs cheveux, mais son corps semble paralysé.
Le grikan derrière elle la met à genoux. Elle fixe la lame ensanglantée de Grigs qui goutte encore.
Une odeur âcre emplit ses narines, tandis que le Kariss se tient devant elle.
Il passe ses doigts griffus sans appuyer sur le visage de Shana.
De petites rougeurs se forment, mais aucun saignement.
— Maudit grikans ! Même si je dois y passer, je vais me battre jusqu’au bout.
Elle hurle, ses sourcils sont contractés, sa bouche sèche.
Les battements de son cœur s’accélèrent encore.
Malgré sa détermination, l’urine coule le long de sa jambe.
Cependant, elle ne réagit pas et les fixe avec un regard noir. Grigs sourit cruellement.
— Ar ga ceet uma poar mota.
Je veux cette humaine pour moi.
C’est étrange, mais il est important pour moi qu’elle s’en sorte… Non, ce n’est pas mon rôle.
Un souvenir me revient, lointain. Shana, encore petite, est dans une grande cour.
La corde de son arc est tendue et un homme se tient à ses côtés.
Il pose sa grande main dans les cheveux de Shana.
— Ne respire pas.
La flèche part… Elle se plante dans le bord blanc de la cible.
— Pourquoi je n’y arrive pas, papa ?
— Il ne faut pas respirer quand tu tires, cela fait bouger ton corps.
— C’est dur de ne pas respirer…
— En effet, cela demande de l’entraînement, mais rien ne te force à pratiquer.
— Non, moi aussi je veux être forte comme toi.
— Dans ce cas, le bain s’impose, la tête sous l’eau t’obligera à bloquer ta respiration.
Derrière eux, une femme s’approche et pose ses mains sur ses hanches.
— Essaie de ne pas noyer notre fille, Alaric !
— Ce n’est pas mon objectif, elle est trop talentueuse pour cela.
— Évidement, elle tient de sa mère, grand nigaud.
— En effet, c’est indéniable
— Toujours aussi imperturbable.
Ses sensations s’effacent et mes perceptions se connectent aux sens de Yuki.

Annotations
Versions