la galère Magistrale-Ihomie.

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0 Blob, mon démiurge, toi qui m'as redonné la vie, accorde-moi aussi la grâce de louer le lion Samaël, noble et vaillant allier, prudent et renommé, élu par les hordes du désert et jugé digne du titre de Saigneur des Seigneurs.

Celui qui a l'âme d'un lion des montagnes et à qui un étendard est dû, pour l'audace et le cœur qu'il a dans le corps. Il n'attache aucun prix à sa vie, et il n'a cure ni des Nations, ni des Messiens avec leurs cornus.

Les flèches, les boucliers, les lances des ennemis, il n'en fait pas plus de cas que le charpentier de ses clous ; mais, comme un aigle, il fond sur les adversaires, et il les tue. Celui que son marteau atteint, il lui ôte la vie.

***

2 du mois de Nouz.

Moi Teixó j’entreprends la mise à jour de mon journal de bord "Oracle" pour la Guilde Souveraine.

Ce jour j’ai loué le service de la galère Magistrale-Ihomie de type mégadromon pour le service de Samaël en vue de récolter une cargaison de cocons d’araignées afin de modifier la qualité du verroi de Ligéris.

Mes deux esclaves Antje et Chiendri m’accompagnent elles sont en quelque sorte ma garde rapprochée ainsi que mes servantes.

***

Le 8 de Nouz.

Le capitaine Arcadi a enfin fini d’armer son bâtiment, tant en rameuses qu’en vivres et marchandises. J’ai une cabine spacieuse à la poupe, un gavon* comme ils disent à bord. Mes esclaves me servent bien et semblent heureuses de leur sort.

***

Saavati et Yumi étaient tenues en laisse, leurs bras étaient attachés dans le dos, personne ne leur parlait, de ce qu’elles avaient compris, c’est qu’encore une fois elles avaient été vendues. Elles n’avaient eu droit à aucune explication, ce qui était normal vue qu’elle n’étaient que des marchandises parmi tant d’autre. Pour leurs gardes tout semblait normal. Elles avaient quitté la cage de la soute de l’oneraria pour ce quai. Elles ne savaient pas que leur précédent propriétaire les avait perdues au jeu la nuit dernière. Maintenant elles suivaient servilement leur escorte.

Ils atteignirent finalement un quai où était amarrée un gros mégadromon, là des gardes les conduisirent par une échelle de coupée sur la poupe du pont principal, et on leur riveta des chaînes aux bracelets de chevilles et aux poignets, on leur raccourcit la chaine qui reliait leurs colliers de bronze, on leurs rasa à nouveau la tête et le pubis. Le plus douloureux restait à venir, une nouvelle marque au fer rouge, elles étaient dorénavant le matricule 26 et 27, car c’était marqué sur le front et sur la nuque, l’épaule droite et le pubis reçurent l’empreinte ardente d’un fer dont le pictogramme représentait une rame. Cela voulait bien dire ce que cela voulait dire. On les fit descendre sur l’espale*

  • Trouvez à ces chiennes une place sur un banc de nage ! gronda l’argousin en chef. Il est grand temps qu’elles rentabilisent ce qu’elles nous ont couté.

Les matelots se hâtèrent de se conformer à cet ordre, ils marchèrent dans l'allée entre les lignes d'esclaves sales et maigres à la tête rasée qui maniaient les rames. On les bouscula jusqu’au banc qui serait leur place. Les esclaves affectées aux avirons étaient assises, silencieuses, attendant de naviguer.

  • C'est chez vous maintenant, un gardien énorme et laid leurs avait dit cela avec un méchant sourire. C'était lui qui donnait le rythme, il le criait à l’esclave enchaînée au tambour qui se trouvait au bout de la passerelle. Cette chaîne est attachée à ta partenaire, de sorte que vous ne tentiez rien de stupide ... un argousin va vous passer pour riveter votre cheville à la chaine centrale.

Pour les esclaves enchaînées aux avirons, c’était un cauchemar permanent : la chaleur et l’humidité intenses, la saleté, la sueur mêlée au sang des coups de fouet, la faim, la soif, les viols à répétition… Et puis cette cruelle punition pour les esclaves qui ne montraient pas assez de zèle pour ramer… vingt coups du fouet rouge, attachée au mât. Cela elles l’apprendraient bien assez tôt.

***

Le 9 du même mois

Le commandant en uniforme était à la poupe sur le tabernacle*, c'était le présage d’un départ imminent.

Neuf heures sur le cadran ; la cloche du bord retentit à la volée, chassant tous les derniers portefaix.

Le nocher* criait ses ordres. On avait déféri*les gumes*, et serper le fer*.

  • En avant partout...

Les timoniers et leurs aides sont à la barre les mains cramponnées au timoun*, l'œil sur le commandant...

Les gumes* sont retombées sur le pont, un léger frémissement se produit les trépidations de la course des pas sur le tillac, premier soupir du colosse qui s'ébranle. Puis, le mouvement se régularise, comme le bruit cadencé des avirons du faux pont qui frappent l’eau, et la Magistrale-Ihomie, en route pour le Delta, glisse majestueusement au milieu d'une forêt de mâts de navires de toutes sortes, de toutes provenances, de toutes couleurs.

En peu de temps, nous doublons la pointe de la jeté et le phare qui protège le port de Samira contre les vagues du large.

La ville blanche commence à s’abaisser lentement derrière nous. On dirait que le port franc glisse dans la mer pour y sombrer.

En même temps que l'horizon se déploie... Peu à peu la ligne de terre s'amincit, et, à travers un fin voile de brume, il n'apparaît bientôt plus qu’une mince ligne qui comme un trait légèrement teinté de Violet sépare l'azur clair du ciel du sombre bleu des flots.

Accoudé au bastingage de la dunette, je me laisse aller aux rêves inséparables du départ...

***

Le 14 du mois

C’était l'après-midi de son sixième jour sur le banc de nage. Le soleil frappait impitoyablement les corps en sueur des iŭga*. Pour Saavati, son coup de soleil qui s'aggravait de plus en plus tendait sa peau à un tel point que la simple ondulation de ses muscles devenait douloureuse et que chaque coup de fouet qui s’abattait sur son dos avait désormais le gout de la morsure d'un fer à marquer. Cruellement assoiffées, les iŭga attendaient avec impatience la pause de la mi-après-midi, un des rares moments où le cycéon* et les rations d’eau seraient distribués.

Mais avec leur entrée dans le Delta, ses courants contraires et la terre en vue, le capitaine retarda leur petite pause, et, la leur fit gagner à la dure.

  • Troisième allure, vogue à plein, ordonna-t-il avec une allégresse diabolique dans les yeux.

Le tambour fut martelé à un rythme effréné, le fisquet* du comite* et des sous-comes vrillaient les tympans. Haletantes et gémissantes, les iŭga de la galère devaient augmenter leur vitesse de nage à un niveau éreintant, tandis que le fouet parlait puissamment, agissant à gauche et à droite, poussant les esclaves à moitié évanouies au bord de la syncope.

Ces pauvres femmes et filles étaient condamnées à passer le reste de leur vie enchaînées aux rangées des avirons de l'un des plus lourds mégadromons, qui transportait d'énormes quantités de lingots de bronze, en direction de l’intérieur des terres où ils seraient vendus.

Etant en quelque sorte l’affréteur du navire je me devais de contrôler l’état des galériennes. Ici pas un seul Bonivoglie*, que des iŭga, c’était moins chèr pour l’entretient et cela diminuait les risques de mutinerie. Mais quand même ces malheureuses rament durement 16 heures par jour sous le fouet, maniant les lourds avirons pour obtenir une pleine louche de cycéon d'iŭga qu’on leur verse au creux des mains, pour l’eau c’est à la louche aussi. Pour certaines, celles qui sont dans le faux pont, elles ne reverront plus jamais le soleil.
Seules les racailles occuperont les postes de surveillantes sur ces puantes galères de l'enfer, elles sont donc particulièrement sadiques.

***

Le 16.

Sous la pression de mes deux esclaves, décidément je suis trop bon. J’ai décidé de revoir la discipline et les conditions de vie des galériennes. Je ne pense pas que j’aurai trop de problèmes avec le capitaine.

Je dois aussi étudier sérieusement les araignées et leurs cocons vu que c’est le but principal de cette expédition. Samaël m’a aussi confié une mission de renseignement sur ces contrées lointaines. Enfin vu comme il me paye très bien…

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Un gavon* : Le gavon était soit la chambre où, la nuit, se retirait le capitaine, soit un local contenant le charbon ou le bois servant à la cuisine.

L’espale* espale féminin (Marine) : distance de la poupe au banc de remeurs le plus en arrière. Le pont d’une galère se divise en cinq domaines : la poupe, l’espale, l’espace de la vogue ou emplacement des bancs de nage, la conille et le tambouret.

Le nocher* : maître de manœuvre.

Déféri*les gumes* : larguer les amarres.

Serper le fer* : Relever l'ancre.

Bonivoglie* : Rameurs volontaires dont la condition, se rapprochait plus de la chiourme que de l’équipage libre.

Boujaron* : Mesure d'un seizième de litre, qui représentait dans l'ancienne marine la ration quotidienne d'eau-de-vie distribuée aux matelots.

Branles* : Hamacs désignés branles parce qu'ils bougent. Morceau de toile de 6 pieds de long et de 3 de large (1,8 m et 0,9 m) que l'on suspend par les quatre coins.

Tabernacle* : Plate-forme surélevée à l'arrière d'une galère où se tenaient le capitaine et les officiers.

Tenderolle ou marquise* : Sur les vaisseaux, tente supplémentaire que l'on établissait au-dessus d'une autre tente pour amortir l'action du soleil.

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