Tagurxch.

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le 24 du mois de Nouz

Au point du jour, le Capitaine était rentré dans sa cabine ivre mort en compagnie d'Anne.

Les brises de l’harmattan qui depuis quatre jours nous favorisaient ayant continué à souffler, la galère Magistrale-Ihomie se couvrit de toute ses toiles et nous dîmes adieu à ces eaux dangereusement peuplées. Nous nous dirigions sur Diniethe et son plateau aride.

Mais avant, nous devions jeter l’ancre à Tagurxch qui mérite une mention spéciale ; car c'est une ville bien sympathique, enfouie sous une végétation luxuriante. Amandiers, palmiers de toutes espèces, manguiers, tamariniers, orangers, pommiers du désert, citronniers, sont plantés si drus que leurs branches se mêlent s’entremêlent et font avec leurs feuilles, leurs fleurs et leurs fruits un désordre coloré et parfumé du plus délicieux effet.

A Tagurxch, plus de cases en adobe, mais des habitations de style sudiste, en galets et pierre ponce, avec des toits plats peints à la chaux, de charmant moucharabieh en bois de cèdre, sculptés et ouvragés comme de la fine dentelle.

Sur les hauteurs et au milieu de parcs silencieux, quelques résidences qui sont en blocs de marbre rouge tranchaient agréablement avec la couleur blanche des autres maisons.

Le souk bordait le fleuve, bien que vaste, ses allées étaient étroites, protégées des ardeurs du soleil par des nattes de roseaux. Il était occupé par une foule de marchands volubiles, égayé par l’affluence des badauds qui venaient là soit pour acheter soit pour causer de leurs affaires, ils s'y promenaient et laissaient le temps passer devant un kawa ou un tché en fumant la pipe à eau. Leurs habits, pour la plupart, étaient riches et raffinés ; tout enfin, dans cette petite ville, respirait le bonheur et l'aisance. Même les esclaves avaient l’air heureux de leur sort. Outre les denrées nécessaires à l'existence, ainsi que toutes sortes de marchandises exotiques dont Tagurxch était le comptoir pour toute la contrée, cette ville possédait plusieurs industries qui en accroissaient le revenu ; car c'est là que se fabriquaient, en énormes quantités, les masques de cérémonies et de mascarades qui comptaient beaucoup pour les habitants de ces vastes régions, une autre de leur industrie qui avait fait la renommée de cette ville était les dolia, ces jarres énormes en terre cuite. On les expédiait de Tagurxch dans toute la Haute-vallée et jusque dans le pays de Samaël, et par d'autres voies encore jusque dans l’empire Dominien. Tagurxch tirait encore d’importants revenus de ses filatures, dont les draps de batiste étaient rangés dans les dolia pour leur long voyage.

C'est aussi à Tagurxch, que toutes les marchandises arrivant de la mer acquittaient les droits de douane, les navires qui remontaient ou descendaient le fleuve y étaient également inspectés pour savoir ce qu'ils transportaient.

***

le 26 de Nouz.

La Magistrale-Ihomie devait décharger une cargaison de sel et de lingots de bronze.

Au port, il n'y avait plus d'esclaves disponibles pour débarquer les marchandises avant au moins six jours. Alors, pour gagner du temps, et pour la première fois depuis le départ de la galère, certaines des rameuses furent libérées de leur bancs.

Yumi et Saavati faisaient partie de ce lot. Mais elles n’échangèrent la cadène* du banc de nage que pour être attelées à un chariot.

Avec l’assentiment du capitaine Arcadi, les autorités portuaires utilisaient les pauvres filles comme elles l’entendaient. Et entre le déchargement et le chargement de nouvelles marchandises, il s’écoulerait deux bonnes semaines. Elles seraient en permanence enchaînées à un chariot qu'elles devraient tirer toute la journée entre les quais et les entrepôts du souk.

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