Assignation

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Claudine

Voilà, le grand cirque est lancé. Les protagonistes ont accepté l’idée, un peu parce qu’ils n’avaient pas le choix. Tout d’abord, le maire a fermement protesté : hors de question. C’était son dernier mot, mais il ne parvenait pas à ébranler la détermination de Jeanne. Il a cherché à se lever, mais à ce moment-là, c'est une autre dame qui a pris la parole, l’obligeant à se retourner.

— En quoi ça consisterait exactement, ce procès ?

Elle était jolie, cette dame. Ses cheveux n’étaient pas blancs, mais d’un blond élégant, bien coiffé. Elle avait une rondeur dans le visage qui indiquait la gentille grand-mère, et une vivacité dans le regard qui la rajeunissait. Sarah a expliqué

— Tout d’abord, si nous avons votre accord, nous allons fixer une date pour commencer les débats.

Un vague soulagement parcourt la salle, comme si apprendre que tout ne commencerait pas immédiatement rendait la perspective moins effrayante.

— En attendant cette date, nous procèderons à l’instruction de l’affaire. Ce sont avant tout Claudine et Isba (elle nous désigne l’une et l’autre d’un geste du bras) qui s’en chargeront, en leur qualité d’avocates désignées de l’accusation et de la défense. Elles auront avec vous des entretiens individuels pour déterminer ce qui s’est passé.

Les frissons sont revenus, le soulagement a fait long feu. S’il faut parler, en plus, raconter ce qu’on a gardé pour soi pendant cinquante ans… Personne n’était vraiment chaud. En même temps, on était déjà allés trop loin dans l’exposition des modalités pratiques pour que le maire puisse encore quitter la salle d’un air offensé. En bref, on était bien embêtés.

C’est la femme du maire qui a tranché :

— C’est d’accord pour moi.

C’était la première fois que j’entendais sa voix, et à en juger par le regard ahuri de son mari, cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas non plus résonné à ses oreilles.

Chacun est reparti chez soi en trottinant, on a gardé les coordonnées pour organiser les entretiens. Je reviens le week-end prochain pour interroger Jean et Madeleine. Isba va commencer tout simplement par Jeanne, et noter scrupuleusement tous les souvenirs qu’elle ne nous a pas encore racontés. Connaissant la capacité de ma mère à vous noyer sous ses paroles, je plains ma fille ; mais elle l’a voulu.

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